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128 milliards de Fcfa de manque à gagner pour Eneo en 2019

Les pertes de distribution, qui se situent globalement à 32,03%, ont légèrement augmenté en 2019 de 0,97% par rapport à 2018. 1 point de rendement de distribution équivaut à 4 milliards de FCFA.

2019 restera sans doute comme une année sombre dans les annales du concessionnaire de la distribution de l’électricité au Cameroun, Energy of Cameroon (Eneo). Du moins, le rapport annuel 2019 que l’entreprise vient de rendre public dépeint une structure en proie à d’importantes difficultés techniques et commerciales. « En moins de deux ans, 500 nouveaux transformateurs de distribution ont été installés à Douala, portant le nombre total de transformateurs de la ville à 2 570 », lit-on. Ces actions ont permis d’améliorer la sécurité du réseau et la qualité de service, entraînant la baisse des interruptions et des énergies non distribuées de l’ordre de 35%.  

Les auteurs du rapport reconnaissent qu’en 2019, les durées et fréquences moyennes des interruptions des énergies non distribuées globales à Eneo (production et distribution réunies) ont augmenté par rapport à 2018 soit +6,3% globalement, et +15,9% du fait des délestages. A l’origine de ce phénomène, l’effet des branchements anarchiques (pirates) qui surchargent les équipements et des manipulations effectuées sur les compteurs et disjoncteurs. Or « le niveau de perte que génèrent les pratiques frauduleuses est très élevé. C’est un risque pour l’équilibre de tout le secteur électrique », indique le rapport.  

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Pour essayer de visualiser, expliquent les auteurs, « c’est pratiquement l’équivalent de toute la production de la centrale de Songloulou qui est perdue dans les réseaux frauduleux. » Dans le jargon des entreprises d’électricité, on mesure la performance par le rendement de distribution. « Aujourd’hui, nous perdons 30 points de rendement, au bas mot. Un point de rendement équivalant à 4 milliards de Fcfa », lit-on. En gros, cela représente un manque à gagner de 128,12 milliards de Fcfa. Ce qui menace la survie d’Eneo et du secteur.  

Selon des responsables d’Eneo, les pertes de trésorerie sur l’ensemble du système électrique représentent plus de 60 milliards de Fcfa par an. C’est largement supérieur au budget d’investissement d’Eneo pour 2020 (45,7 milliards), couvrant les besoins dans la production, la distribution, le commercial, et autres. C’est aussi l’équivalent d’au moins deux centrales solaires de 25 mégawatts, ou du raccordement au réseau électrique de plusieurs centaines de localités, ou encore l’acquisition de plus d’1 800 000 nouveaux compteurs prépayés, etc.  

Pour permettre au secteur électrique dans son ensemble de retrouver son équilibre, Eneo, le ministère de l’Eau et de l’Energie, l’agence de régulation du secteur de l’électricité ont lancé une lutte sans merci contre la fraude sur le réseau électrique. En 2019, environ 40 « barons » de la fraude ont été mis à la disposition de la justice ; un « baron » étant un acteur qui entretient un réseau d’au moins 100 ménages frauduleusement. Cette opération de normalisation a également permis la reprise de plus de 28 000 consommateurs illégaux en clients, et l’amélioration de la qualité de la facturation.  

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Menaces sur la concession d’ENEO  

Longtemps brocardé par les consommateurs pour la qualité de son service, le distributeur de l’énergie électrique au Cameroun, est désormais soumis à dix nouveaux indicateurs de performance qui prennent effet en juillet 2021. Mais au regard de ses résultats de 2019, Eneo se surpasse pour atteindre certains de ces objectifs.  

Ainsi, 2019 se termine avec le raccordement au réseau électrique de 82 129 nouvelles familles et entreprises (+1,02% par rapport à 2018). Ce qui porte le total des clients actifs à 1 360 027 soit 101 687 de plus qu’en 2018. Or l’Etat attend d’Eneo qu’il contribue à l’augmentation du taux d’accès à l’électricité en particulier dans les zones rurales et périurbaines à hauteur de 2% par an, soit 20% au terme de la concession en 2031.  

Le Saidi qui mesure la durée des interruptions que subissent les ménages sur une année et le Saifi qui mesure la fréquence des interruptions que subissent les ménages sur une année doivent également être améliorés. Mais le rapport montre une augmentation significative des délestages, de l’ordre de 16,17%, par rapport à 2018.

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Le rendement de distribution, lui, devrait passer à 77,5% à fin 2025 puis 88% à la fin de la concession. Mais en 2019, cet indicateur s’est dégradé de presque 1 point pour se situer à 67,97% contre 68,93% en 2018.  

Le taux de disponibilité des combustibles dans la centrale isolée suit la même tendance. Chaque centrale devrait disposer désormais d’un minimum de 10 jours d’autonomie en combustibles. Ce qui est loin d’être acquis. En effet, la trésorerie particulièrement tendue de l’entreprise ne lui a pas permis de s’approvisionner en carburant. Résultat, « on a moins sollicité les sources de production thermique du fait du déficit de fuel enregistré dans certaines centrales. Ce qui a entraîné des rationnements », souligne le rapport. Avant de poursuivre : « Malgré une meilleure disponibilité du matériel de branchement, les problèmes d’approvisionnement ont persisté avec un impact sur les délais de réalisation des branchements ».  

521 milliards de Fcfa à trouver sur 10 ans  

En 2019, Eneo annonce avoir réalisé 82 129 nouveaux branchements ; en hausse certes (+1,02%) mais en-deçà de la demande. Au ministère de l’Eau et de l’Energie, l’on rappelle que le système électrique camerounais est caractérisé par une demande en énergie relativement élevée qui nécessite la mise en service de nombreux ouvrages (production, transport et distribution) et donc des investissements importants suivant la courbe d’évolution de la demande.  

Les besoins d’investissements d’Eneo sur la période 2020-2031 sont estimés à 521 milliards de Fcfa (795 millions d’Euros). « Seul l’assainissement durable des finances du secteur de l’énergie permettra le retour de la confiance des investisseurs et la levée fonds nécessaires à ces investissements », prévient-on au sein de l’entreprise.

C’est pourquoi Eneo a sollicité des mesures d’accompagnement auprès du gouvernement. En attendant que ces mesures soient mises en place et compte tenu de la situation financière critique dans laquelle se trouve Eneo aujourd’hui, l’entreprise poursuit ses efforts pour améliorer ses performances opérationnelles (rendement de distribution, taux de recouvrement, réduction des pertes, etc.), rétablir les grands équilibres de ses comptes, rembourser sa dette et financer ses investissements. Non sans peine.  

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Le distributeur de l’électricité n’arrive pas encore à mobiliser l’autofinancement dont les deux principales sources sont le tarif d’électricité et le paiement des consommations de l’Etat et ses démembrements. Ainsi, l’accumulation des impayés de certains gros consommateurs a entraîné la dégradation de la situation financière d’Eneo. Cette situation a eu pour corollaire un accroissement de la dette d’Eneo vis-à-vis des entreprises de fourniture d’énergies et de combustibles pour l’approvisionnement des centrales thermiques.  

Mauvais payeurs  

Au cours du second semestre de l’année 2019, l’État du Cameroun a pu apurer partiellement sa dette tout en permettant à Eneo de continuer à assurer les approvisionnements en combustibles des Centrales. Toutefois « le montant des dettes cumulées est resté très important, plus de 180 milliards de Fcfa au 31 décembre 2019, dont 63 milliards de Fcfa pour les seules entreprises publiques et/ou à capitaux publics », lit-on dans le rapport annuel 2019. De son côté, Eneo devait aux fournisseurs d’énergies et de carburants la somme de 155 milliards de Fcfa à la même date.  

Dans le cadre des concertations conduites par le Premier ministre, le gouvernement s’est engagé à régler un premier lot de factures certifiées pour un montant total de 45 milliards de Fcfa par l’émission d’Obligations du Trésor Assimilables (OTA) permettant l’injection d’argent frais dans le secteur. « Cette opération, que nous souhaitons voir aboutir dans les meilleurs délais, permettra d’apurer partiellement les dettes des fournisseurs d’énergies et de combustibles, d’assurer l’approvisionnement régulier en combustibles et d’investir pour l’amélioration de la qualité de service », se réjouit-on du côté de la direction d’Eneo.  

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