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2ème pont sur le Wouri: la honte

L’infrastructure qui a coûté plus de 141 milliards Fcfa est envahie par les eaux deux mois seulement après sa mise en service, du fait du bâclage par l’entreprise française Sogea Satom, des études hydrauliques et de dimensionnement nécessaires pour collecter et évacuer les déchets.

Publiée vendredi 12 avril 2019 à 21:24:01Modifiée vendredi 3 mai 2024 à 09:34:29Temps de lecture 5 minPar EcoMatin

WOURI
Fait partie du dossier: Décryptages et Analyses
Avec le barrage de retenue d’eau de Lom Pangar à l’Est, le 2ème pont sur le Wouri, à Douala dans la région du Littoral, a été présenté par le gouvernement comme l’une des plus grandes réussites du septennat 2011-2018 du président de la République, Paul Biya. Ouvert à la circulation début janvier dernier, l’ouvrage a effectivement fluidifié la circulation entre le lieudit Rond-point Deido et Banabéri, deux quartiers qu’il relie en enjambant le fleuve Wouri. Mais, le retour des pluies depuis quelques semaines est venu doucher l’euphorie des populations de la capitale économique en exposant d’inacceptables défaillances techniques sur l’infrastructure, qui provoquent de graves inondations sur sa section principale. « En effet, il est apparu que la capacité des évacuations des eaux de cet ouvrage hydraulique en raison, d’une part, de la présence de son exutoire d’une conduite d’eau de Camwater de 1200 mm et d’autre part, de son encombrement par les matériaux solides rejetés par les usagers », justifie le ministre des Travaux publics (Mintp), Emmanuel Nganou Djoumessi, dans un communiqué signé le 29 mars dernier. Un énorme scandale qui révèle en réalité que les études hydrauliques et de dimensionnement nécessaires pour collecter, évacuer ou stocker les fluides, domestiques comme industriels ont été bâclées. Si la responsabilité directe de Sogea Satom - qui est à la tête du pool d'entreprises ayant conçu et réalisé les travaux de ce pont - est directement engagée quant à cette grossière méprise, le ministre des Travaux publics, en tant que maître d’œuvre public et ingénieur de l’Etat sur tous les projets du gouvernement, doit s’expliquer sur les raisons de ce ratage sur un projet qui a coûté 141,5 milliards Fcfa. Il essaie aujourd’hui de noyer le poisson en indiquant qu’il a été demandé à l’entreprise Sogea Satom, en collaboration avec les ingénieurs du ministère des Travaux publics, d’engager les mesures correctives, dans le cadre des obligations qui lui incombent. C’est à croire que ces ingénieurs n’avaient pas été associés à la réalisation des études hydrauliques et de dimensionnement nécessaires pour collecter, évacuer ou stocker les fluides.
Chose curieuse, depuis que Nganou Djoumessi se bat comme un beau diable pour expliquer les dysfonctionnements que l’on observe sur le 2ème pont sur le Wouri, l’entreprise Sogea Satom s’est murée derrière un silence qui frise l’arrogance.
Chose curieuse, depuis que Nganou Djoumessi se bat comme un beau diable pour expliquer les dysfonctionnements que l’on observe sur le 2ème pont sur le Wouri, l’entreprise Sogea Satom s’est murée derrière un silence qui frise l’arrogance. Or, quelques jours avant la survenue des inondations, elle a dit avoir effectué des travaux de drainage sur l’ouvrage. L’autre administration publique dont la responsabilité est engagée dans le scandale du 2ème pont sur le Wouri, c’est le ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable, dont la politique en matière de gestion des déchets plastiques en catastrophique. Pour mémoire, les travaux du 2ème pont sur le Wouri, qui fait partie des projets phares du programme des « Grandes réalisations » pour lequel Paul Biya avait été réélu en 2011,  avaient été lancés par le chef de l’Etat en personne, le 14 novembre 2013. Un autre projet pourtant trop cher     Les travaux du 2ème pont sur le Wouri à Douala, financés par un prêt de l’Agence française de Développement (Afd), ont coûté 141,5 milliards Fcfa. Cet ouvrage qui mesure à peine 850 mètres de long a coûté pratiquement le même montant que le 4ème pont en cours de construction sur la lagune Ebrié à Abidjan (Côte d’Ivoire) pour un montant de 142 milliards Fcfa, et qui, lui, mesure 7,2 kilomètres. L’ouvrage moderne qui a presque les mêmes caractéristiques techniques que le nôtre, est  donc 8 fois plus long. Toujours dans la capitale économique de la Côte d’Ivoire, le 5ème pont dont les travaux ont été lancés en janvier dernier coûtera 77,7 milliards Fcfa. Il mesure 1,5 kilomètre. C’est un autre exemple qui illustre parfaitement les conclusions de la Banque mondiale selon lesquelles, au Cameroun, les projets du gouvernement coûtent 2 à 6 fois plus cher que dans les autres pays africains. L’institution de Bretton Woods s’alarmait de cette terrible réalité pour un pays qui présente un risque de surendettement élevé, dans un rapport publié en janvier dernier. On se rappelle qu’à la suite de l’appel d’offres lancé par le gouvernement pour la réalisation de ces travaux, une entreprise chinoise avait soumissionné le marché pour un montant de 93 milliards Fcfa. Le gouvernement français qui ne concevait pas que des Chinois réalisent ces travaux pour lesquels l’Afd avait débloqué les financements, avait réussi, par un tour de passe-passe, à faire gagner le marché par le conduit par Sogea Satom, et dans lequel se trouvent d’autres entreprises françaises telles que Lavigne Chevron et Eiffage. Ces sociétés qui ont fait des marges importantes sur un prêt que le Trésor public camerounais rembourse aujourd’hui, avaient ensuite sous-traité le marché aux  

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