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Accès aux financements : la Banque européenne d’investissement au secours des PME

Du 20 au 22 novembre, cette institution a discuté avec plusieurs banques et microfinances des possibilités d’un appui financier au profit des PME camerounaises.

L’ambassadeur Hans-Peter Schadek, chef de délégation de l’Union européenne (UE) au Cameroun et le chef de la représentation régionale-Afrique centrale de la Banque européenne d’investissement (BEI), Nikolaos Milianitis, ont effectué une visite de travail à Douala, du 20 au 22 novembre 2019.

Au cours de son séjour dans cette partie du pays, la délégation de l’Union européenne a eu plusieurs rencontres avec les autorités et forces vives locales, ainsi qu’avec des acteurs du secteur privé, pour un échange de vues sur des sujets d’intérêt commun concernant l’économie de la ville de Douala et celle de la région du Littoral. En parallèle, la BEI a discuté avec plusieurs banques et microfinances des possibilités d’un appui financier au profit des PME camerounaises. Et pour cause, celles-ci n’ont pas accès au financement. Mais, pourquoi ?

A cette interrogation, une réponse a été apportée par le secteur bancaire à l’occasion de la 10e édition de l’Africa Banking Forum (ABF), plateforme d’échanges sur l’économie, qui s’est tenue à Douala du 28 au 29 juin 2018 à Douala. Le secteur bancaire avait alors expliqué pourquoi les Petites et moyennes entreprises (PME) camerounaises ont du mal à trouver des financements.

Gwendoline Abunaw, directrice générale d’Ecobank Cameroun, a évoqué un « environnement réglementaire qui n’autorise pas les banques à prendre certains risques avec la PME ». « Les PME doivent savoir que les banques ne peuvent pas financer des structures qui ne présentent pas un certain nombre de garanties. Or, très souvent, ces entreprises évoluent dans l’informel. Ce qui rend difficile l’apport en financement d’une banque », avait-elle argumenté.

Pour sa part, Alphonse Nafack, DG d’Afriland First Bank a déclaré : « la PME pense qu’il suffit d’entrer dans une banque et de bénéficier d’un crédit. Elle n’a pas pris en compte le fait que, même sur le marché bancaire, le financement de la PME ne relève pas de la politique de toutes les banques ». Néanmoins, a indiqué le DG d’Afriland, les contraintes réglementaires ne doivent pas continuer d’être un obstacle pour accompagner les PME. « Nous devons trouver des solutions alternatives. Et ces solutions, elles existent. Il faut se rapprocher des bailleurs de fonds qui peuvent accorder des ressources longues pour financer les hauts de bilan des PME », a-t-il préconisé.

Malgré des initiatives publiques (une banque, Agences de promotion,…) et privées (Centre de développement des PME du Gicam), les petites entreprises restent encore confrontées au difficile accès aux financements. Et pourtant, les PME représentent officiellement 90% du tissu économique du Cameroun.

 Mortalité des PME

L’institut national de la statistique (INS) a publié un compte-rendu du deuxième recensement général des entreprises (RGE-2) sur la période 2009-2016. Ce qui a donné une photographie actualisée du tissu productif et une base complète pour la réalisation des enquêtes auprès des entreprises au Cameroun.

« À l’issue de l’appariement des bases, sur les 6 458 entreprises de départ, il apparaît que 2 316 ont cessé leur activité pendant la période intercensitaire, la quasi-totalité (environ 95%) ayant arrêté l’activité avant 2014. Ce qui permet de situer le taux global de cessation d’activités à près de 36% sur la période sous revue », écrit l’INS.

Selon l’INS, les déterminants fondamentaux de la mortalité des entreprises dans le cadre de cette étude sont : la taille de l’entreprise, le diplôme du dirigeant (ou du principal promoteur) et la forme juridique de l’entreprise. L’article a davantage mentionné le facteur le plus déterminant : la taille de l’entreprise. Elle semble être la variable qui influence le plus la mortalité. En effet, par comparaison avec les Grandes Entreprises (GE), une Moyenne Entreprise (ME) a près de 20% de risque en plus de cesser ses activités. Ce risque supplémentaire est de 31% pour une Petite Entreprise (PE) et 39% pour une TPE.

Le Littoral concentre un peu plus de 64% des unités disparues (1 495). Les régions du Centre (484), de l’Ouest (135) et du Nord-Ouest (42) suivent respectivement. En revanche, les régions de l’Est (35), de l’Adamaoua (29), du Sud-Ouest (24), du Nord (23), du Sud (21) et de l’Extrême-Nord représentent ensemble près de 8% des unités disparues.

Prêts improductifs : la peur des banquiers vis-à-vis des PME

Bien qu’il affiche des signes de résilience dans une zone CEMAC secouée par la crise des prix des matières premières, laquelle crise impacte considérablement les finances publiques et les activités économiques, le secteur bancaire camerounais, qui demeure le plus robuste de cet espace communautaire de six Etats, ne montre pas moins des signes de vulnérabilité depuis quelque temps.

La confirmation de ces difficultés déjà évoquées par certaines sources gouvernementales, vient d’être faite par le directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI), le Japonais Mitsuhiro Furusawa qui a récemment séjourné au Cameroun dans le cadre d’une évaluation du programme triennal conclu entre le gouvernement camerounais et cette institution de Bretton Woods.

« Votre secteur bancaire s’est avéré jusqu’à présent résilient face à la crise. Mais, il existe des signes de tension. La liquidité diminue et les prêts improductifs sont en hausse. Cinq banques de petites tailles et non importantes pour le système sont insolvables ; la plupart le sont depuis de nombreuses années », a diagnostiqué Mitsuhiro Furusawa dans un document intitulé « débloquer le potentiel de croissance du Cameroun ».

Même si les noms de ces banques n’ont pas été révélés, nos analyses amènent à penser à au moins trois institutions financières. Il s’agit de la Commercial Bank of Cameroon (CBC), institution bancaire récemment nationalisée, mais qui est empêtrée dans une longue procédure de restructuration et de recapitalisation débutée en 2009 ; la Banque camerounaise des Pme, dont la directrice générale n’a de cesse d’inviter l’Etat, son actionnaire unique, à y injecter des capitaux pour lui permettre de remplir efficacement ses missions ; ou encore l’institution privée NFC Bank, placée sous administration provisoire depuis quelques années par la COBAC, le gendarme du secteur bancaire dans la zone Cemac.

Les difficultés du secteur bancaire camerounais rapportées par le directeur général adjoint du FMI, incitent à penser que la décision prise en avril 2017 par la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), en vue de revitaliser les banques de la zone CEMAC, n’a eu que des effets très limités.

En effet, afin d’injecter de la liquidité dans les banques des pays de l’espace communautaire que sont le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée-Equatoriale, le Tchad et la République centrafricaine, la Banque centrale avait décidé, au sortir de son premier comité de politique monétaire de l’année en cours, de baisser de 50% les coefficients des réserves obligatoires applicables aux institutions bancaires.

Cette décision qui, selon les estimations de la Banque centrale, devait permettre de libérer entre 500 et 600 milliards de FCFA au profit des banques de la zone CEMAC, était plus salutaire pour les banques camerounaises, qui devaient engranger à elles seules plus de 20% de cette liquidité, selon une estimation d’Alphonse Nafack, Dg d’Afriland First Bank et président de la corporation des banquiers du pays.

Selon le Comité monétaire et financier national (CMFN) du Cameroun, le volume de crédits accordés aux acteurs économiques par les banques locales, au cours du premier trimestre 2017, a augmenté de 28,9% par rapport à la même période en 2016. Dans le détail, ces financements à l’économie sont passés de 2 440,9 milliards de FCFA en mars 2016 à 3 145,8 milliards de FCFA à fin mars 2017, soit une augmentation de plus de 700 milliards de FCFA, apprend-on. Cette embellie, reconnaît d’ailleurs le CMFN dans son rapport, est en partie la conséquence de la forte sollicitation des banques par l’Etat et ses démembrements, qui demeurent les principaux clients des institutions bancaires camerounaises.

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