L’ex-directeur du pétrole de Glencore, Alex Beard et cinq autres anciens employés du groupe pétrolier étaient devant un juge du tribunal pénal de Londres (Grande Bretagne), la Crown Court de Southwark le 9 octobre, dans le cadre de l’affaire de corruption impliquant la multinationale et plusieurs membres du gouvernement, et des responsables de la SNH et de la Sonara au Cameroun, entre autres pays. Au terme d’une brève audience, la date du procès a été fixée à juin 2027. Une décision qui fait peser de sérieux doutes sur la divulgation tant attendue des noms des complices locaux de Glencore, élément clé pour le Cameroun où une plainte a été déposée par la Société Nationale des Hydrocarbures au Tribunal Criminel Spécial (TCS).
Glencore et son « droit au silence »
En effet, selon les informations d’EcoMatin, Glencore bénéficierait d’un accord passé avec le Serious Fraud Office (SFO), le bureau britannique des fraudes, qui lui confère le droit de ne pas divulguer l’identité des responsables camerounais impliqués dans cette affaire. Or, à l’inverse, le négociant suisse est également lié par un accord de plaidoyer signé avec la justice américaine l’obligeant à répondre à toutes les questions posées par les autorités chargées de l'enquête au Cameroun. Seulement, cette obligation prend fin en 2025. Ainsi, passé la fin d’année en cours, le groupe pétrolier suisse pourrait faire valoir son « droit au silence » sur les noms de ses complices camerounais. A ce propos, l’avocat camerounais Akere Muna avait déjà tiré la sonnette d’alarme : « La SNH devrait suspendre toutes relations avec Glencore en raison de leur corruption reconnue et les contraindre à révéler leurs complices Camerounais. Les coupables sont au Cameroun. Les transactions qui ont donné lieu à la corruption ont eu lieu au Cameroun ».
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Pour cet avocat, la justice camerounaise ne devrait pas attendre le verdict des tribunaux britanniques pour prendre ses responsabilités au plan local. Car 2027 est encore très loin. « Ça paraît long mais dans les normes, vu le nombre d’accusés dans cette affaire financière importante. En tout cas, en ce qui concerne la durée des procès, nous les Camerounais ne pouvons pas trop hausser le ton. En fin de compte, la responsabilité de poursuivre nos "bandits" nous revient », a réagi Me Akere Muna, au sortir de l’audience de ce 9 octobre. A la SNH, l’Administrateur Directeur Général soutient la même thèse.
Alors que l'enquête locale semble au point mort, Adolphe Moudiki a, dans un communiqué transmis à EcoMatin le 10 octobre, donné insisté pour une accélération des procédures au Cameroun afin que justice soit rendue sans attendre les résultats des tribunaux britanniques. « L’Administrateur Directeur Général de la SNH garde confiance que les complices camerounais de ces actes criminels reconnus par Glencore, seront rapidement identifiés et punis conformément aux dispositions pertinentes du Code pénal camerounais », a-t-il écrit.
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Notons que pour mémoire que l'affaire Glencore (qui touche également la Côte d'Ivoire et le Nigeria) concerne des allégations de corruption dans le secteur du négoce pétrolier. Selon les aveux du groupe, Glencore aurait versé environ 7 milliards de Fcfa en guide de pots-de-vin à des membres du gouvernement, et des responsables de la SNH et de la Sonara sur une période de 11 ans pour obtenir des avantages indus dans ses opérations pétrolières, notamment en matière d'augmentation des cargaisons, de qualité du pétrole et de dates de livraison préférentielles.
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