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Africa CEO Forum : les leçons de Kigali

Réforme de l’Union africaine, opérationnalisation de la Zlecaf, développement des secteurs technologiques… politiques et dirigeants économiques soulignent avec emphase la nécessité de travailler ensemble pour définir une nouvelle trajectoire économique au continent.

Publiée jeudi 23 mai 2024 à 12:25:44Modifiée jeudi 23 mai 2024 à 16:41:41Temps de lecture 5 minPar EcoMatin

Le président rwandais, Paul Kagame, lors de la cérémonie d’ouverture de l’Africa CEO Forum 2024

La 11e édition de l’Africa CEO Forum (ACF), le plus grand rendez-vous annuel du secteur privé en Afrique, s’est achevée le 17 mai dernier au Convention Center de Kigali, au Rwanda, sur le thème : « Intelligence artificielle, leadership, marché commun : Comment l’Afrique peut gagner sa place à la table des puissances de demain ». Celui-ci évoque un ordre mondial en vigueur qui fait peu cas de l’Afrique, y compris lorsqu’il s’agit d’adresser des questions qui engagent directement son destin. Cette thématique souligne surtout les enjeux auxquels le continent fait face, entre mutations et défis économiques mondiaux sans précédent, et l’urgence avec laquelle l’Afrique doit désormais s’affirmer sur la scène mondiale pour peser sur les questions qui détermineront son avenir. Selon l’organisation, l’événement a mobilisé environ de 2500 dirigeants des secteurs public et privé, dont cinq chefs d’Etat, quatre chefs de gouvernement et plusieurs dizaines de ministres. Aux premières loges, le principal hôte de cet événement, le président rwandais Paul Kagame, a élaboré avec ses homologues du Kenya, William Ruto, et du Mozambique, Philipe Nyusi, sur une problématique qui lui est chère depuis quelques années : la réforme de l’Union de l’Union africaine.

Pour ces trois dirigeants, l’heure n’est plus aux tergiversations. Il faut accélérer les choses dans la perspective de remettre l’organisation panafricaine au centre du jeu en ce qui concerne les négociations commerciales internationales. Cette réforme apparaît comme une condition sine qua non si les pays africains, dans le cadre d’un bloc soudé, espèrent parvenir à établir des rapports de coopération minimalement équilibrés avec leurs partenaires économiques occidentaux, asiatiques, etc. Au-delà, l’Union africaine est appelée à devenir un véritable instrument de diplomatie dont la voix compte devant le concert des nations. Défenseur acharné de cette cause, Paul Kagame avait, lors du dernier Sommet de l’Union africaine en février dernier, fait part à ses pairs de sa frustration de n’avoir pas réussi à faire avancer suffisamment le dossier de réforme qui lui avait été confié en 2016, du fait de nombreuses pesanteurs. A l’occasion, il a passé le flambeau au Kényan William Ruto qui pilote désormais le dossier avec l’accompagnement de la Commission de l’UA.

Mécanisme d’autofinancement

En devenant ainsi le président dédié de la réforme, William Ruto qui s’affirme également comme un progressiste au sein de l’Union africaine reprend à son compte le chantier prioritaire que Kagame a échoué à faire aboutir, à savoir mettre en place un mécanisme d’autofinancement de l’organisation panafricaine, dont le fonctionnement dépend encore à 54% de financements extérieurs. La construction d’une Afrique forte passe surtout par un renforcement de l’intégration régionale. A Kigali, les dirigeants politiques et économiques du continent et leurs partenaires présents à l’Africa CEO Forum se sont tous mis d’accord sur le fait que la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) dont la mise en œuvre est effective depuis 2021, avec des résultats plus que mitigés en trois ans, est une chance unique pour stimuler le commerce intra-africain et accélérer véritablement l’industrialisation du continent. L’un des indicateurs de la faible intégration du continent, c’est qu’« aujourd’hui, les compagnies aériennes africaines ont dépassé les niveaux de 2019, mais pas sur les liaisons domestiques ni régionales », a pointé Kamil Al Awadhi, vice-président pour l’Afrique et le Moyen-Orient de l’Association internationale du transport aérien (IATA).

Réussites économiques

Dans son discours d’ouverture de la rencontre de Kigali, le vice-président de la Société financière internationale (IFC), partenaire de Jeune Afrique Media Group dans l’organisation de l’Africa CEO Forum, Makhtar Diop, a pourtant expliqué que l’un des principaux catalyseurs de l’intégration dans une région comme l’Afrique de l’Ouest a été la liberté de mouvement d’une frontière à une autre. D’un point de vue purement économique, l’accord sur la Zlecaf prévoit la levée progressive des droits de douane sur 90 % des marchandises des États parties à cet accord. Et à ce jour, environ 3/4 des pays africains l’ont ratifié. Outre la question du financement innovant qui revient comme une antienne, la problématique du développement des chaînes de valeurs locales a également tenu en haleine les dirigeants réunis dans la capitale rwandaise. « On ne doit pas produire des matières premières pour qu’elles soient transformés à l’étranger, avant de nous revenir plus chères. Nous devons au moins en partie transformer nos produits pour l’intérêt de l’Afrique », a plaidé Paul Kagame.

Une large part des discussions a également tourné autour de l’impératif catégorique de développer les secteurs technologiques, notamment au niveau des énergies renouvelables, de l’intelligence artificielle et, plus globalement, des nouvelles technologies. La délégation marocaine, qui a tenu la foire industrielle « Invest in Morocco » en marge de cette 11e édition de l’AFC, s’affirme aujourd’hui comme un fier fleuron des énergies renouvelables sur le continent. Il faudrait toutefois qu’il fasse preuve d’ouverture en matière de partage des technologies avec les autres pays africains, notamment ceux de l’Afrique subsaharienne. Le dernier Africa CEO Forum se présentait en tout comme de baliser le chemin de la construction d’un avenir économique prometteur pour le continent, s’appuyant sur des marchés en expansion rapide et sur la mise en valeur des ressources naturelles pour devenir un pilier de la transition énergétique mondiale, ainsi que pour tirer profit de l’intérêt croissant pour l’économie du divertissement sur le continent, notamment le cinéma, la musique, le sport, etc., dans un pays comme le Rwanda qui ne cesse de multiplier les réussites économiques inspirantes.

Amir Ben Yahmed, président de l’Africa CEO Forum, pense enfin que pour orienter et renforcer sa trajectoire économique, l’Afrique doit à présent accorder une priorité absolue au leadership, à la gouvernance et à la transparence. Il ne reste plus capitaliser les résultats de Kigali.

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