L’industrie financière africaine change de tempo. Après plusieurs années d’expansion rapide, soutenue par des investissements massifs dans le digital, le secteur amorce désormais une phase de « croissance rationalisée ». Celle-ci se caractérise, en effet, par un recentrage sur les fondamentaux : rentabilité, efficience opérationnelle et cybersécurité. Tel est le principal enseignement de la 5ᵉ édition du Baromètre de l’industrie financière africaine, réalisée par Deloitte et l’Africa Financial Summit (AFIS) auprès de plus de 70 dirigeants issus des banques, des assurances, des fintechs, des institutions de microfinance et des marchés de capitaux.
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Dans le détail, la perspective économique à trois ans s’établit à 8/10 en 2025, en progression par rapport à 2024. Ainsi, près de trois quarts des dirigeants affichent leur optimisme, un sentiment nourri à la fois par le reflux de l’inflation et par une meilleure visibilité opérationnelle. Plus précisément, les institutions de microfinance se distinguent par le niveau de confiance le plus élevé (9/10), suivies des assureurs et des fintechs, ces dernières réajustant toutefois leurs anticipations après l’euphorie observée en 2024.
Par ailleurs, les groupes panafricains se montrent globalement plus confiants que les acteurs internationaux et ceux des marchés de capitaux, davantage exposés aux soubresauts de la conjoncture mondiale. Dans ce nouvel environnement, la rentabilité s’impose comme la priorité stratégique pour 46% des répondants. De ce fait, trois leviers structurent les plans de transformation : la performance financière, l’expérience client et la transformation digitale.
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Les indicateurs témoignent d’une amélioration progressive, traduite près de 7 acteurs sur 10 enregistrent une hausse de leur marge nette d’exploitation, tandis que plus de la moitié constatent une progression de la rentabilité des capitaux propres et des actifs. Néanmoins, cette dynamique reste contrastée. En effet, la qualité des actifs et le coût du risque demeurent sous pression. De surcroît, l’efficience opérationnelle progresse plus modestement, ce qui traduit les difficultés persistantes liées à la maîtrise des coûts, qu’il s’agisse des talents, de la conformité ou des investissements technologiques, dans un contexte plus contraint.
Dans le même temps, la cybersécurité s’affirme comme la principale source d’exposition aux risques. Plus d’une institution sur deux la classe désormais parmi ses préoccupations majeures, en nette progression. Certes, la majorité des acteurs a déjà mis en place des dispositifs de prévention et de détection. Toutefois, les capacités de remédiation restent hétérogènes.
Autrement dit, si le secteur a fortement investi dans la détection des attaques, le prochain défi consiste à bâtir une résilience robuste, appuyée sur des cadres réglementaires harmonisés. Parallèlement, les attentes se concentrent sur le renforcement de l’identification numérique et sur la lutte contre les flux financiers illicites, révélant ainsi un besoin accru de sécurisation globale des écosystèmes. Sur le front de la transformation digitale, plus d’une institution sur deux se considère désormais comme digitalement mature.
Si les fintechs conservent une longueur d’avance, les assureurs affichent toutefois la progression la plus notable, selon Deloitte et l’AFIS). Dans cette dynamique, l’intelligence artificielle est d’abord perçue comme un levier de maîtrise des risques, notamment en matière de fraude, de scoring crédit et d’optimisation des processus. À cela s’ajoutent la personnalisation des offres et le déploiement de chatbots, à la croisée de l’efficacité opérationnelle et de la conquête commerciale. En somme, le digital n’est plus un facteur différenciant, mais bien un prérequis.
Dans le prolongement de ces évolutions, Deloitte et l’AFIS soulignent que l’intégration financière progresse de manière concrète. À cet égard, le Pan-African Payment and Settlement System (PAPSS) apparaît de plus en plus opérationnel, avec des gains mesurables tant sur les coûts que sur les délais des paiements intra-africains. Dès lors, l’interopérabilité des systèmes de paiement s’impose comme la transformation structurante à conduire d’ici 2030, afin de décloisonner 1,6 milliard de comptes bancaires et mobile money et d’accélérer l’intégration des marchés.
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En parallèle, l’inclusion financière demeure un axe stratégique majeur, en particulier pour les institutions de microfinance et les fintechs. Les assureurs, quant à eux, investissent progressivement les segments encore sous-pénétrés, notamment à travers des partenariats avec les opérateurs télécoms. S’agissant des enjeux ESG, l’heure est davantage au pragmatisme : les acteurs privilégient désormais les investissements à impact mesurable, tandis que l’intégration globale des critères marque un certain ralentissement. Enfin, la parité progresse, près de la moitié des institutions étant désormais dotées de politiques dédiées.

