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Agriculture : 04 actions à résultats rapides pour la relance post-covid19

Le secteur agricole, pris au sens large du terme, fait partie des victimes de la pandémie mondiale à coronavirus. Le Ministre de l’Agriculture et du Développement Rural (Minader), Gabriel Mbairobe, l'a indiqué le 15 décembre 2020 dans le cadre de la publication des résultats de l’analyse Cadre Harmonisé d’identification des zones à risque et des populations en insécurité alimentaire et nutritionnelle au Cameroun. De cette analyse, un ménage actif agricole sur dix a été affecté par les effets négatifs de la pandémie COVID-19 forçant plus de 2,5 millions de personnes dans les dix régions à recourir à des stratégies pour assurer la sécurité alimentaire. Pendant que le pays amorce la mise en œuvre de la stratégie nationale de développement (SND30) avec un accent sur le secteur agricole, sur quels leviers activé pour la relance post-covid19 ?

La croissance annuelle moyenne dans le secteur agricole au cours de la période 2010-2018 s’est établie à 4,3% contre 4,9% prévu dans le DSCE. Sa contribution au PIB est demeurée constante autour de 14,4% à cause des contraintes exogènes (volatilité des cours) et des insuffisances internes en particulier « le faible niveau d’encadrement, le déficit persistant en matière de mécanisation et de structuration des filières, l’insuffisante mise en œuvre des actions relatives au développement de l’offre des intrants agricoles et le développement des filières de production végétale ». En plus de ces facteurs endogènes, le contexte international marqué principalement par la pandémie à coronavirus au cours de l’année 2020 n’a pas permis de poursuivre sereinement les investissements dans le secteur agricole. En pleine course vers l’agenda 2030 cumulativement avec la SND30, il est crucial pour le Cameroun d’engager les réformes pour la relance du secteur agricole.

Accroitre le financement en s’appuyant sur les PPP

Le secteur agricole (agriculture, élevage, pêche et forêt) représente 55 % des recettes d’exportation du pays, devant les hydrocarbures (30 %). Il s’agit d’un maillon essentiel pour l’économie nationale. L’agriculture seule concentre 62.0 % de la main d’œuvre active (PNUD, 2018) du Cameroun. En dépit de cette place importante pour son économie, les dépenses de l’État consacrées aux quatre principaux ministères du secteur rural ne représentent que 4,5 % des dépenses totales, loin en deçà de l’objectif de 10% fixé lors du Sommet de Maputo. Le secteur agricole accuse actuellement un déficit de financement de près de 2,5 milliards de dollars, soit 43%. Injecter de l’argent frai, sous forme de subvention devrait permettra aux petits agriculteurs et aux organisations paysannes d’avoir facilement accès aux intrants agricoles indispensables pour la relance de la production. Comme alternative à la rareté des

ressources de l’Etat, le modèle des PPP est une option digne d’intérêt pour poursuivre les investissements dans le secteur agricole. L’apport des capitaux privés permettrait au pays d’augmenter le gain d’efficacité et d’efficience dans la gestion des grands projets agricoles.

Structurer les organisations des producteurs

Selon les projections de la Banque mondiale, au Cameroun, les besoins alimentaires augmenteront d’au moins 20 % au cours des 15 prochaines années. Pour booster la production nationale, la structuration des organisations paysannes est une nécessité. La production est essentiellement l’œuvre d’exploitations familiales de petite taille. D’après le GICAM, on dénombrait à peu près 1200 Groupes d’Initiatives Communes -GIC- recensées en 2014. Une meilleure organisation des producteurs permettra au pays de maîtriser les chaînes de valeur agricoles avec des productions importantes devant lui permettre de satisfaire la demande nationale mais aussi d’écouler l’excédent sur les marchés de la sous-région grâce aux facilités de commerce induit par la mise en œuvre de la Zlecaf. Les organisations des producteurs seront de ce fait des laboratoires de la qualité et de la promotion du « Made In Cameroun » gage d’un secteur agricole compétitif à l’heure du multilatéralisme. 

Faciliter l’accès à la terre

D’après les estimations du Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural (MINADER), les terres arables sont estimées à 7,2 millions d’hectares, dont seulement 1,8 million d’hectares effectivement cultivés.Ceci notamment à cause des difficultés liées à l’accès à la terre dont le cadre juridique est caduque. Plus de 66 % de terres cultivées sont placées sous contrôle coutumier au Cameroun. Pire, seules 5 % de femmes camerounaises sont propriétaires de terre (Fondation Friedrich Hebert). Le droit coutumier reste de mise dans un contexte à dominance patriarcale dans lequel les femmes n’héritent pas de la terre et par conséquent n’ont pas de contrôle sur celle-ci. Or, les femmes représentent 70% de la main d’œuvre du pays. La relance du secteur agricole post-covid19 devrait impérativement prendre en compte la question d’accès à la terre. De ce point de vue, le prétexte et le contexte de l’organisation de «la semaine du foncier» qui s’est tenue du 25 au 29 janvier 2021 à Yaoundé, est un symbole d’espoir. Avec l’implication des chefs traditionnels, la société civile, les collectivités territoriales décentralisées, la mise en œuvre des recommandations issues de ces concertations est vitale pour la relance du secteur agricole.  

Booster la production au rythme de la croissance démographique

La disponibilité des produits alimentaires sur le marché national bien qu’en nette progression ces dernières années demeure inquiétante. Selon les données du Ministère de l’Elevage, des Pêches et des Industries Animales (MINEPIA), entre 2010 et 2018 la production de lait a connu une augmentation de 45%, passant de 154 635 tonnes en 2011 à 223 527 tonnes en 2016. La même dynamique est observée en ce qui concerne la production des œufs de table qui a connu une croissance annuelle moyenne de 7,7% entre 2011 et 2016, passant de 58 256 tonnes à 84 129 tonnes, soit une augmentation de 44%. Même tendance pour la production halieutique qui a enregistré une croissance constante entre 2011 et 2018 passant de 204 960 000 tonnes en 2011 à 368 880 000 tonnes en 2018. Cette hausse a été favorisée par de nombreuses actions menées, notamment « un meilleur contrôle de la façade maritime, la réduction de pertes post capture et le développement d’une aquaculture commerciale par l’introduction de nouvelles techniques et technologies ». Cette embellie superficielle a été freinée en 2020 à cause de la pandémie du Covid19 qui a entrainé près de 2,5 millions d’habitants en situation d’insécurité alimentaire. En 2015 déjà, le Cameroun affichait un déficit de 2,7 millions de tonnes de produits alimentaires (Les principaux produits concernés sont : Maïs, Riz, Banane plantain, Manioc, Viande Porcine, Poulet, Œufs, Poisson, Lait, Viande Bovine.). Ce constat seul suffit à prouver que le Pays non seulement ne peut plus satisfaire une demande locale sans cesse croissante, mais est loin de remplir son rôle de grenier de l’Afrique Centrale dont la demande en produits alimentaires est tout aussi en augmentation. « C’est ainsi qu’en dépit des atouts de son agriculture et de tous ses efforts, le Cameroun supporte malheureusement une dépense annuelle de 500 milliards de Francs CFA pour l’importation des denrées alimentaires diverses. Là est le paradoxe camerounais caractérisé par un potentiel agricole immense mais générant de faibles productions face à une demande croissante à la fois intérieure, extérieure et sous régionale ». Le taux de croissance annuel de la production agricole qui est de 2 %, reste inférieur au taux de croissance démographique de 3% (PAM, 2017). Avec une population estimée à 25 millions d’habitants en 2018 et projetée à 50 millions d’ici à 2050, il est donc impératif de renverser cette tendance à travers des actions telles que : la mise à disposition des intrants agricoles, l’utilisation des équipements modernes pour la mécanisation, l’adoption de nouvelles pratiques cultivables et l’innovation technologique.

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