Le Cameroun veut accélérer la transformation locale de ses productions agricoles pour réduire massivement ses importations à l’horizon 2030. Cette ambition a été réaffirmée le 5 février dernier à Yaoundé, avec la signature d’un accord tripartite entre les Communes et villes unies du Cameroun (CVUC), la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) et la Mission d’aménagement et de gestion des zones industrielles (MAGZI). L’accord acte la mise en œuvre d’un nouveau concept baptisé « commune de production », destiné à doter les collectivités territoriales décentralisées d’outils industriels de proximité. Pour Augustin Tamba, président des CVUC, « il s’agit de produire vite, de manière pragmatique et opérationnelle, afin de changer la vie des populations et répondre au défi de l’emploi ».
Des filières stratégiques ciblées
Sur le plan opérationnel, le projet ambitionne de mettre en place un cadre national harmonisé, aligné sur la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30) ainsi que sur les agendas régionaux et continentaux. « Il doit permettre aux communes de développer des activités industrielles locales, notamment dans les filières agro-alimentaires jugées prioritaires, telles que le riz et le maïs, fortement importés malgré un potentiel de production nationale important », renseigne Augustin Tamba. Selon lui, cette territorialisation de l’industrialisation doit favoriser la sécurisation des débouchés agricoles, la stabilisation des revenus des producteurs et la structuration de chaînes de valeur locales.
Le foncier, pilier du dispositif
La question foncière constitue un levier central du concept de commune de production. À ce titre, la MAGZI est appelée à jouer un rôle clé dans l’aménagement des espaces industriels et la sécurisation des terres. Selon son directeur général, Christol Georges Manon, le projet nécessitera « un accompagnement des partenaires techniques et financiers, des investisseurs publics et privés, ainsi que des collectivités, avec un package attractif d’incitations et d’infrastructures adapté aux spécificités locales ».
Selon la CEA, la généralisation des communes de production pourrait permettre au Cameroun d’économiser jusqu’à 10 000 milliards FCFA en cinq ans sur sa facture d’importations. « Ces économies sont liées aux produits agro-alimentaires que le Cameroun peut produire et transformer localement, au niveau des communes et des régions », explique Dr Adama Ekberg Coulibaly, économiste en chef à la CEA. L’enjeu est de taille. D’après les données du ministère des Finances, les importations du Cameroun se sont élevées à près de 3 900 milliards FCFA sur les neuf premiers mois de 2025, contre environ 3 600 milliards FCFA en glissement annuel. Sur les trois dernières années, la facture globale des importations est restée structurellement élevée, tirée par les produits alimentaires et manufacturés.
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Il faut noter que le projet de commune de production cadre avec les objectifs de la SND30 qui visent la captation des unités de transformation dans les bassins de production, l’augmentation de la valeur ajoutée locale et la création d’emplois. Le Cameroun dispose, selon les données officielles, d’un potentiel foncier industriel estimé à plus de 475 millions d’hectares au 31 décembre 2023. Sur les dix dernières années, 405 entreprises multinationales et PME camerounaises y ont investi près de 698,5 milliards FCFA, générant environ 30 000 emplois. En 2024, l’industrie de transformation représentait près de 20 % du PIB et contribuait à hauteur de 0,5 point à la croissance nationale, un socle que les pouvoirs publics entendent désormais renforcer à partir des territoires.
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