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Agro-industrie : l’usine d’avocats de Mbouda sans machines

Annoncée depuis 8 ans, l’unité de transformation d’avocats tarde à entrer en activité. Les machines fabriquées en Italie ne sont toujours pas installées. Les populations du département des Bamboutos continuent d’espérer.

C’est depuis huit ans que les populations du département des Bamboutos attendent de voir entrer en activité l’usine d’extraction d’huile d’avocat. C’est depuis 2013 que l’information annonçant sa création circule au Cameroun. Sur le site de ce projet, situé à moins d’un kilomètre de la chefferie Bafounda, les travaux de génie civil sont déjà achevés. Selon des sources sur place, le projet a déjà fait l’objet d’une réception provisoire au cours d’une réunion à la satisfaction de François Wadji, maire de la Commune de Mbouda. Les riverains de ce site et les populations rencontrées sont conscientes du fait que ce projet viendra enfin valoriser ce fruit très réputé dans le département des Bamboutos. Ce projet qui vient ainsi amorcer l’industrialisation de cette partie du pays, est mis en œuvre dans le cadre du « Sous-programme de réduction de la pauvreté à la base », piloté par le ministère de l’Économie, de la planification et l’aménagement du territoire (MINEPAT) avec le concours du Programme des nations unies pour le développement (PNUD).

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Une enveloppe globale de 450 millions

Au sein des producteurs, la mise en activité de cette usine, une fois les travaux achevés dans sa globalité, viendra revaloriser ce potentiel agricole qui est resté dans la léthargie depuis plusieurs décennies. Il est connu de toute personne étrangère au département des Bamboutos, qu’« à Mbouda, il n’y a pas de sardine ». Cette déclaration aux connotations péjoratives, est devenue du fil du temps le fruit par lequel, tout ressortissant de cette unité administrative s’identifie. Un tel projet autour de ce potentiel agricole identique à ce département, viendra valoriser ce fruit très prisé donc la réputation n’est plus à démontrer dans le monde. Ce projet une fois réalisé va entrainer de nombreux emplois à pourvoir.

Sur le site, la guérite, le bâtiment administratif, la cantine, l’unité de traitement de déchets et le bâtiment principal devant abriter l’usine affichent fière allure. « Les travaux sont achevés. Seuls les petits travaux de finition sont en cours actuellement. Pour le moment, nous attendons les machines qui ont été fabriquées en Italie. Vous comprenez que dans les prochains jours, l’usine d’extraction de l’huile d’avocat de Mbouda sera opérationnelle », confie un responsable. D’après Armel W., l’ingénieur en charge des travaux de génie civil, « Vu l’évolution des travaux, nous comptons livrer ces travaux la semaine prochaine. Quand je parle de livraison, il s’agit du gros œuvre, les portes, les raccords en termes de crépissage, par la suite nous allons lancer avec les en-tuiles, la peinture». Mbouda porteur de ce projet, fait ainsi partie des communes de la République dans lesquelles les filières porteuses de croissance devraient être encouragées. C’est ainsi que la commune de Mbouda a été retenu comme projet porteur de croissance. Une fois informé, le Gouvernement à travers le MINEPAT a donc décidé d’accorder une enveloppe globale de 450 millions pour le financement de la construction de cette usine.

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30% de pertes enregistrées par an

Bien que Mbouda soit reconnu comme une terre par excellence de la production d’avocats, cette commune aura besoin de ses pairs pour faire tourner cette usine en plein temps et atteindre les objectifs escomptés. En attendant l’installation des machines, les autres bassins de production à savoir le Noun et la Mifi sont sollicités dans le but de renforcer la fourniture de la matière première. Sur place, les populations sont encouragées à quitter de la production pour la consommation, à migrer vers les variétés plus riches en huile dans la perspective de tirer tout le profit et les avantages qu’offrira cette usine. Surtout quand on sait qu’à Mbouda comme partout sur l’étendue des Bamboutos, pas possible de recenser une concession derrière laquelle ne se trouve un avocatier. Les populations, depuis des centaines d’années se sont ainsi investies dans cette culture qui alimente leur quotidien et permet à de nombreuses familles de rêver d’un cadre de vie meilleure après la chute du prix kilogramme de café. Elles ont été sensibilisées à passer de leurs avocatiers habituels, pour des nouvelles variétés plus améliorées et à forte teneur en huile.

Selon les statistiques du ministère de l’Agriculture et du développement rural, le département des Bamboutos dont Mbouda est le chef-lieu, est le principal bassin de production des avocats au Cameroun avec environ 120 000 tonnes chaque année. Le projet en cours d’achèvement à Mbouda viendra entre autres, permettre de profiter des plus de 30% de pertes que les populations des Bamboutos enregistrent chaque année du fait du caractère hautement périssable de ce fruit qui s’écoule jusqu’ici dans les principales grandes villes du Cameroun et en Afrique Centrale. Jadis utilisé pour des simples besoins de consommation, les experts sont unanimes que l’avocat présente aussi des vertus dans la fabrication des produits utiles dans le traitement des cheveux et de la peau.

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Au commencement était l’avocat

Les années d’avant 1990 dans le département des Bamboutos, région de l’Ouest restent aujourd’hui des années de gloire avec des nombreuses reformes agricoles initiées sous la houlette de certaines grandes figures. C’est dans la culture du café que le peuple de cette partie de l’Ouest du Cameroun a excellé. La santé de cette culture était due à sa forte rentabilité et sa compétitivité sur le marché national et international. Selon les économistes, c’est à la dévaluation du franc CFA que l’on doit la décote de ce produit de rente quelques années plus tard, nous sommes dans les années 1994. Face à cette situation inopinée, le peuple Bamboutos ne s’est pas comporté en victimes résignées. C’est ainsi que, en plus des produits vivriers, furent développés la culture de nombreux autres produits à l’instar de l’ananas, la mangue, les goyaves et l’avocat. Ce dernier connait à l’état actuel une renaissance remarquable digne de toutes les attentions.

L’insécurité alimentaire justifie et milite pour la demande effective, permanente et sans cesse croissante de ce produit. La fertilité du sol dans les Bamboutos constitue un atout majeur et un actif spécifique qui garantissent la compétitivité mise en exergue dans l’achat de la production de certains avocatiers avant même la floraison et la maturité des fruits. Le cycle de la production des variétés de qualité est relativement court et les avocatiers contribuent à solutionner le problème de réchauffement climatique. De plus, la production de l’avocat couvre presque les 12mois de l’année. Il n’y a presque pas de période morte, ce qui évite le chômage de ceux qui s’y investissent.

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A la faveur de la descente effectuée en date du mercredi 14 octobre 2020 par 𝐥𝐞 𝐌𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐅𝐫𝐚𝐧ç𝐨𝐢𝐬 𝐖𝐀𝐃𝐉𝐈 de la Commune de Mbouda sur le site du chantier de construction de l’usine d’extraction de l’huile d’avocat à Bafounda, le CIRCOD a fait des riverains pour un focus sur ce fruit qui n’a pas encore fini de donner du sourire dans cette partie de l’Ouest.

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