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Après le départ d’Actis, Yaoundé veut refinancer la dette d’Eneo et obliger les entités publiques à payer leurs factures

L’État Camerounais qui contrôle désormais 95% du capital d’Eneo veut renégocier la dette de l’entreprise (800 milliards FCFA), optimiser le recouvrement et lutter contre la fraude, dans un secteur électrique rongé par des déséquilibres structurels.

Publiée mercredi 19 novembre 2025 à 17:03:02Modifiée lundi 24 novembre 2025 à 08:37:37Temps de lecture 4 minPar Cedrick JIONGO

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Le gouvernement camerounais a dévoilé, ce mercredi 19 novembre, les premières mesures destinées à redresser Eneo, l’entreprise en charge de la distribution de l’électricité dans le pays, quelques heures après la signature officielle du rachat des 51 % détenus par le fonds britannique Actis. En priorité, Yaoundé veut renégocier le lourd portefeuille de dettes d’Eneo, une charge qui pèse chaque mois sur sa trésorerie. « Avec le ministre des Finances nous devons engager une action urgente de refinancement de la dette d’Eneo », a déclaré le ministre de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba. Estimée à 800 milliards FCFA au 31 décembre 2024, ce passif pèse lourdement sur la trésorerie de l’entreprise qui doit régler environ 20 milliards FCFA à ses créanciers (notamment les banques) tous les mois.

Le gouvernement espère donc obtenir des conditions plus souples auprès des banques locales (mensualités réduites, maturités allongées) afin de libérer de la trésorerie pour stabiliser l’entreprise. Le membre du gouvernement n’a pas détaillé les contours de l’opération en préparation, mais il faut rappeler qu’un précédent refinancement de 157 milliards FCFA en 2021 n’avait pas suffi à résoudre ses difficultés structurelles du secteur de l’électricité l’un des principaux blocage étant l’accumulation des impayés de certaines structures publiques.

Ainsi, le deuxième axe gouvernemental est le recouvrement auprès des entités publiques, accusées de contribuer au déséquilibre du secteur. « Tout le monde doit payer sa facture ; les entités publiques et les collectivités territoriales décentralisées doivent payer » a martelé Gaston Eloundou Essomba, ajoutant que de nouvelles dispositions seront intégrées dans la loi de finances 2026 pour optimiser ce recouvrement. La troisième mesure est l’optimisation de l’accès et du transport d’électricité, avec la construction d’un deuxième « couloir » de transport haute tension pour absorber de nouveaux volumes issus notamment du barrage de Nachtigal. Cette extension doit permettre de connecter de nouveaux clients industriels dès 2026, avec un potentiel de 150 MW supplémentaires, soit près de 50 milliards FCFA de revenusadditionnels.

Enfin, le gouvernement veut s’attaquer à la fraude électrique, qui ponctionne environ 60 milliards FCFA par mois sur les revenus de l’entreprise. Le modus operandi de cet autre chantier n’a pas été précisé.

Lire aussi : Eneo : signature de l’accord de vente entre Actis et l'État pour 78 milliards FCFA

Il faut dire que Yaoundé en prend le contrôle d'une entreprise en difficulté. Au 31 décembre 2024, Eneo traînait une dette colossale de 800 milliards FCFA auprès de ses fournisseurs (DPDC, KPDC, SONARA, EDC, SONATREL…) et des banques locales. Une dette qui s'est accumulée en raison de multiples impayés de ses factures en amont, principalement celles des entreprises et établissements publics à qui ENEO fournit de l'électricité. Selon les données du ministère de l'Eau et de l'Energie, l'entreprise ne dispose pas assez de ressources pour couvrir ses dépenses d'exploitations.

Outre les mesures urgentes sus évoqués, le Cameroun prévoit aussi de mettre en œuvre un plan de restructuration pour éviter la faillite du distributeur, relancer l’investissement et restaurer la crédibilité du secteur électrique, alors que le pays ambitionne d’atteindre 5 000 MW de capacité installée d’ici 2030, contre 1 640 MW en 2023. Rappelons que c'est en 2014 qu'Actis a racheté au groupe américain AES ses actifs dans AES-Sonel (prédécesseur d'Eneo) pour un montant de 220 millions de dollars, soit environ 135 milliards de FCFA. En 11 ans d’activités, le fonds britannique revendique environ 600 millions d’euros d’investissements dans le pays.

Lire aussi : Rachat d’Eneo : Actis accepte de céder ses parts au Cameroun pour 78 milliards FCFA

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