Du 13 au 18 octobre, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a pris une part active aux Assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, à Washington. Sous la conduite du gouverneur Yvon Sana Bangui, l’institut d’émission des pays de la CEMAC a multiplié les rencontres bilatérales et techniques, marquant une présence diplomatique et financière remarquée au sein de l’écosystème international. Ces assises ont permis à la BEAC de réaffirmer son rôle dans la stabilité macroéconomique régionale et d’élargir son réseau de coopération avec des institutions clés, notamment les banques centrales, les bailleurs de fonds et les acteurs technologiques mondiaux. Les échanges avec le FMI et la Banque mondiale ont porté sur la consolidation des programmes en cours, le financement des priorités régionales et la mobilisation de nouvelles ressources pour soutenir la croissance. La réunion de haut niveau de la CEMAC, en marge des Assemblées, a permis d’actualiser les stratégies communes de redressement budgétaire et de rationalisation des dépenses publiques.
Dans le prolongement du caucus africain tenu en juillet dernier en République centrafricaine, le gouverneur Sana Bangui a présenté le mémorandum de Bangui, document stratégique qui positionne la CEMAC comme un acteur clé de la finance régionale. Cet engagement vise à renforcer la coordination entre les États membres et les institutions multilatérales, tout en donnant une meilleure visibilité à la zone sur la scène internationale. Moment fort de la mission, la BEAC a signé une convention de coopération en matière de supervision bancaire avec la Banque centrale des Comores. Cet accord, qui associe la COBAC et la Banky Foiben’i Madagasikara, encadre les échanges d’informations, l’assistance technique et la coordination des contrôles bancaires. Objectif : accroître la stabilité du système financier sous-régional et renforcer la régulation transfrontalière face aux risques émergents. Parallèlement, les rencontres avec les gouverneurs des Comores et de la BCEAO ont abordé la coopération monétaire, les systèmes de paiement et la réglementation des changes, notamment le rapatriement des devises issues des exportations extractives, un enjeu devenu central dans la stratégie de la BEAC.
Rapatriement des fonds : vers un compromis stratégique
À la Chambre de commerce des États-Unis, la BEAC a participé aux discussions sur le rapatriement des fonds de restructuration et des recettes d’exportation. Ce dossier, suivi de près par les partenaires techniques, vise à garantir le retour effectif dans la région des devises générées par les exportations minières et pétrolières, souvent détenues à l’étranger par les multinationales. Les montants en jeu sont considérables : entre 5 000 et 6 000 milliards Fcfa de ressources issues des secteurs pétrolier, gazier et minier seraient encore logés dans des comptes à l’extérieur de la CEMAC, selon des estimations non encore confirmées. Depuis la réforme de la réglementation des changes en 2018, renforcée en 2021, la banque centrale exige que toutes les recettes d’exportation soient rapatriées et logées dans les banques de la sous-région. Or, plusieurs compagnies invoquent encore des contraintes contractuelles ou des clauses d’investissement pour retarder la mise en conformité. Face à ces tensions, un compromis est désormais en voie d’être trouvé. Les discussions tenues à Washington ont permis d’esquisser un mécanisme de co-gestion des fonds extractifs entre la BEAC, les États concernés et les sociétés opératrices.
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Ce schéma novateur, inspiré des pratiques de certains pays producteurs d’hydrocarbures, permettrait de garantir la traçabilité et la disponibilité des ressources en devises, tout en offrant aux entreprises une souplesse de gestion pour leurs opérations à l’international. Une étape clé dans la reconquête de la souveraineté financière régionale et la consolidation des réserves extérieures de la CEMAC, tout en renforçant la confiance entre la BEAC et les grands opérateurs du secteur extractif. Sur le terrain technologique, la BEAC a pris part à la table ronde organisée par la Brookings Institution sur les innovations financières mondiales, où les discussions ont porté sur l’inclusion bancaire et la digitalisation des paiements. Des rencontres avec Giesecke+Devrient (G+D), FINACTU, Vista Group, UBA et la Réserve fédérale américaine ont permis d’approfondir la réflexion sur la sécurité des transactions, la cybersécurité et l’adaptation des systèmes de paiement régionaux aux standards internationaux.
Dans la même dynamique, le gouverneur a échangé avec Afreximbank sur le financement de projets structurants dans les infrastructures, l’énergie et les transports régionaux. Ces perspectives devraient contribuer à accélérer la transformation économique et à soutenir la résilience financière de la CEMAC. Enfin, la BEAC a profité de ce séjour à Washington pour annoncer la tenue, en novembre prochain à Yaoundé, au Cameroun, d’un symposium international sur les changements climatiques et la stabilité macroéconomique. Cette rencontre visait à sensibiliser les décideurs économiques aux risques environnementaux et à promouvoir des politiques monétaires compatibles avec la transition climatique dans les pays de la CEMAC. La participation de la BEAC à ces Assemblées annuelles se solde par une moisson diplomatique et financière concrète : partenariats renforcés, supervision bancaire modernisée, financements mobilisés et avancée décisive dans le dossier du rapatriement des recettes extractives. Pour le gouverneur Yvon Sana Bangui, ces résultats traduisent la volonté de la BEAC d’affirmer son rôle d’acteur stratégique de la souveraineté financière régionale, tout en renforçant la crédibilité de la CEMAC sur la scène monétaire internationale.
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