Initialement annoncée pour voir le jour au second trimestre 2024, l’Union Africaine (UA) annonce le lancement de l’Agence africaine de notation du crédit (AfCRA) pour le second semestre 2025. Ce projet ambitieux fait d’ailleurs partie des principaux sujets de discussion au 38ᵉ sommet annuel de l’UA qui se tient depuis le 12 février à Addis-Abeba (Ethiopie) dans un contexte marqué par la volonté des dirigeants africains de renforcer l’indépendance financière du continent et améliorer l’accès au crédit pour ses économies en développement.
Une réponse aux critiques contre les agences internationales
Depuis plusieurs années, les grandes agences internationales de notation financières – Moody’s, Fitch et Standard & Poor’s – sont accusées de pénaliser injustement les pays africains à travers des évaluations jugées excessivement sévères. Selon l’Union Africaine, ces notations surévaluent le risque d’investissement en Afrique, ce qui entraîne une hausse des coûts d’emprunt pour les gouvernements et les entreprises du continent.
« En 2020, alors que toutes les économies subissaient les effets du Covid-19, 18 des 32 pays africains notés par au moins l’une des grandes agences d’évaluation ont vu leur notation dégradée. Ceci représente 56% de notations dégradées pour les pays africains contre une moyenne mondiale de 31% pendant la période », avait réagi l’ex-chef d’Etat sénégalais, alors président en exercice de l’UA, lors de la Conférence économique de Dakar en mai 2022.
« Des études ont montré qu’au moins 20% des critères de notation des pays africains relèvent de facteurs plutôt subjectifs d’ordre culturel ou linguistique, sans lien avec les paramètres qui jaugent la stabilité d’une économie », avait-il ajouté. Moody’s, Fitch et S&P se défendent en affirmant que leurs critères d’évaluation sont universels et s’appliquent sans distinction à toutes les économies. Cependant, plusieurs observateurs estiment que le manque de contextualisation des réalités africaines fausse les perceptions des investisseurs et freine l’accès aux financements à des conditions équitables.
Une agence africaine pour des notations "plus justes"
Face à ces critiques, l’AfCRA ambitionne de fournir une alternative plus équitable et adaptée aux spécificités du continent. Dans son récent rapport intitulé « Africa Sovereign Credit Rating Outlook 2024 », le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (Aprm), un instrument d’autosurveillance des Etats membres de l’UA indique que l’AfCRA suivra des standards internationaux de notation, tout en intégrant des critères reflétant mieux les dynamiques économiques et financières africaines. L’objectif n’étant pas de remplacer les agences internationales, mais d’offrir une analyse complémentaire et plus contextualisée, permettant aux investisseurs d’avoir une vision plus équilibrée du risque de crédit.
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L’agence sera structurée comme une entité indépendante, dirigée par des experts du secteur financier africain et pilotée en partie par le secteur privé, afin de garantir sa crédibilité et d’éviter toute ingérence politique. Elle se veut également un outil de souveraineté financière, permettant aux économies africaines de ne plus seulement dépendre d’acteurs étrangers pour l’évaluation de leur stabilité économique.

