Au Cameroun, le président Paul Biya a signé un décret attribuant à la société Camalco, filiale de l'australien Canyon Resources, le permis d'exploitation du gisement de bauxite de Minim-Martap, situé dans le nord du pays, selon des sources officielles. « Le permis d'exploitation remis de manière symbolique ce 13 septembre par le ministre en charge des Mines, de l'Industrie et du Développement Technologique (ai), le professeur Fuh Calistus Gentry vient officiellement de lancer le compte à rebours », renseigne la communication du ministre des Mines. Le quitus du président survient près de 3 ans après l’ouverture des négociations entre l’État du Cameroun et la filiale locale de la juniore australienne. L’octroi du précieux titre, d’une durée de 20 ans ouvre considérablement les perspectives à Canyon Resources, en matière de capacité de levées de fonds et de visibilité sur la scène minière du pays, où il n’existe encore aucune mine de bauxite.
Grace à ce permis, la société minière va démarrer l'exploitation du gisement en 2025, selon les projections du gouvernement, avec une phase de transformation prévue pour 2027. Ce projet, évalué à 2 milliards de dollars, vise à valoriser 99,1 millions de tonnes de bauxite. Dans le cadre de ce projet, la compagnie devra entamer la rénovation de l'axe ferroviaire dépendant du village de Makor – où se situe la mine – au port de Douala. Par ailleurs, elle dispose de neuf mois pour construire un quai dédié aux productions minières à ce port. Camalco prévoit d'y extraire jusqu'à 5 millions de tonnes par an, avec des réserves qui pourraient atteindre 2 milliards de tonnes, ce qui placerait le Cameroun parmi les leaders mondiaux de la bauxite aux côtés de la Guinée, détentrice des deux tiers des réserves mondiales de bauxite.
Lire aussi : Bauxite de Minim Martap au Cameroun : une mauvaise convention minière de plus
En plus d’exporter le minerai, 30% de la production seront transformés sur place pour approvisionner les usines locales. Ce qui réduira la facture d’importation de cette matière qui a couté environ 36 milliards de Fcfa au pays en 2023, selon les données de l’INS. « Ce projet fait du Cameroun le premier pays en Afrique à avoir une chaîne de valeur complète de transformation de la bauxite en alumine », se satisfait le ministre par intérim des Mines.
Il faut dire que le Cameroun s'est engagé dans un projet ambitieux visant à accélérer la valorisation des ressources de son sous-sol qui représente que 1% du PIB. Sur la période 2023-2027, le gouvernement collabore avec les entreprises pour lancer douze projets miniers, dont celui de Minim-Martap entre 2024 et 2025. Selon les prévisions de Mondor Intelligence, le marché mondial de la bauxite devrait passer de 284,41 millions.de tonnes en 2024 à 342,87 millions de tonnes d'ici 2029, avec un avec une croissance de 3,81 % au cours de la période de prévision (2024-2029).
Doutes
L'expert en mines et pétrole, Youmsi Bareja, enseignant-chercheur, estime que le Cameroun lors de la signature de convention tenue le 30 juillet dernier, aurait pu obtenir de meilleures conditions, notamment en termes de « pas de porte » (bonus de signature) lors de la convention. « Comment justifier que Canyon Resources verse seulement 1 milliard de FCFA pour un gisement d'une valeur de 2 milliards de dollars, avec un investissement initial de 120 millions de dollars, un retour sur investissement de 4,5 milliards de dollars et une durée d 'exploitation de vingt ans ? Selon des calculs simples, Canyon Resources aurait dû verser au moins 10 milliards de FCFA dès la signature de la convention minière », affirme-t-il.

