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Au Cameroun une société public-privée créée pour structurer la filière manioc

Entre laboratoires de semences améliorées et unités de transformation de pointe, la structure, fruit d’une convention stratégique entre le gouvernement camerounais et le Centre de Réseaux des Filières de Croissance (CRFC), s'apprête à déployer une chaîne industrielle au cœur de la Plaine Centrale pour substituer durablement la farine de blé.

Publiée jeudi 26 mars 2026 à 14:25:05Modifiée jeudi 26 mars 2026 à 14:25:06Temps de lecture 4 minPar Vicky BAGAL

Des producteurs procédant à la première transformation des tubercules de manioc dans la région du Sud, Cameroun © FAO

L’État du Cameroun pose les jalons d’une chaîne de valeur intégrée pour la filière manioc à travers la création de la Société nouvelle agro-industrielle du Cameroun (Sonadic SA). Constituée sous l’impulsion d’un accord de partenariat conclu le 19 mars entre le ministère de l’Agriculture et le Centre des réseaux des filières de croissance (CRFC), cette structure se présente comme un véhicule ad hoc chargé d’assurer la mise en œuvre du Plan de relance et de structuration de cette activité vivrière stratégique.

« Après la formalisation de la convention de partenariat, la prochaine étape est la mise en place opérationnelle de la SPV dénommée Sonadic SA, une entreprise championne de l’import-substitution. Les négociations y relatives ont été entamées avec le Feicom et la CNPS », a indiqué Dr Simon François Yonga Bakalag, coordonnateur national du CRFC.

Lire aussi : Agro-industrie : le gouvernement envisage construire 150 unités de transformation de manioc au Cameroun

Dans le détail, la Sonadic sera chargée de l’aménagement et de l’exploitation de 45 000 hectares dans la Plaine centrale, un vaste bassin agricole de plus de 600 000 hectares situé le long du corridor Batchenga-Ntui-Yoko-Tibati-Ngaoundéré. Sur cette superficie, l’entreprise devra mettre en place une chaîne industrielle capable de produire près d’un million de tonnes de produits transformés d’ici 2030, dont 500 000 tonnes de farine panifiable et 400 000 tonnes d’amidon de manioc.

Lire aussi : Agro-industrie : 130 millions FCFA pour la transformation du manioc dans l’Est

Selon la feuille de route présentée par les partenaires, la première phase consistera à installer un centre de production de vitro-plants destiné à fournir du matériel végétal certifié à haut rendement. L’objectif est de porter la production nationale de tubercules de manioc à 10 millions de tonnes à l’horizon 2030, contre environ 6 millions de tonnes actuellement. En collaboration avec le ministère de l’Agriculture, la future société devra également structurer les bassins de production en mode « cluster », favoriser la création d’interprofessions et améliorer la collecte des statistiques agricoles.

La mise en place progressive d’unités modernes de transformation et de centrales d’achats au niveau des zones portuaires est également prévue, afin de faciliter la commercialisation des produits et sous-produits. Au-delà de la relance économique de la filière, l’opérationnalisation de la Sonadic vise la création d’environ 50 000 emplois directs et l’amélioration des revenus des quelque 600 000 producteurs impliqués dans cette culture.

Lire aussi : Manioc : 40 % de la production perdue chaque année au Cameroun faute de transformation

L’initiative s’inscrit dans la mise en œuvre du Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique (PIISAH), avec pour ambition de réduire le déficit de la balance commerciale en substituant progressivement la farine de blé importée par de la farine panifiable produite localement. Selon les données du ministère de l’Agriculture, la filière manioc couvre actuellement près de 310 000 hectares pour une production annuelle d’environ 6 millions de tonnes de tubercules, soit un déficit estimé à plus de 10 millions de tonnes au regard de la demande nationale. En 2024, le Cameroun a importé environ 1,2 million de tonnes de froment et près de 960 000 tonnes de farine, d’après l’Institut national de la statistique (INS).

Lire aussi : Boulangerie-pâtisserie : le Cameroun veut imposer l’incorporation de 15% des farines locales dans les produits

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