La conférence « Focus Africa » organisée par International Air Transport Association (IATA) du 29 au 30 avril dernier à Addis-Abeba, en Éthiopie, a mis en lumière le paradoxe de l’aviation africaine : une croissance parmi les plus fortes au monde, mais un poids encore marginal dans l’industrie mondiale du transport aérien. Cette rencontre annuelle, marquée par la présence des principaux dirigeants des institutions internationales du secteur, a donné lieu à une analyse approfondie des performances du continent. Selon les données présentées par Kamil Alawadhi, vice-président Afrique et Moyen-Orient de l’IATA, le transport aérien africain a enregistré une croissance robuste en 2025.
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L’an dernier, la demande passagers a progressé de 11,9 % pour atteindre 193,5 millions de voyageurs transportés, soit près du double de la croissance mondiale (+6,1 %). La dynamique se poursuit en 2026 avec des performances toujours supérieures à la moyenne mondiale : près de 12 % de croissance pour le trafic passagers et 21 % pour le fret, contre des niveaux plus modérés à l’échelle mondiale (+11,2 % en moyenne pour le trafic cargo). « Cette accélération permet au continent de surperformer la moyenne globale, avec une croissance attendue autour de 6 % en 2026, contre 4,9 % pour l’industrie mondiale […] Une trajectoire portée notamment par l’Afrique de l’Est, région la plus dynamique », a déclaré Kamil Alawadhi.
Le continent affiche également des progrès notables en matière de sécurité aérienne. Le taux d’accidents par million de vols est passé de 12,13 en 2024 à 7,86 en 2025. « Une performance exceptionnelle portée notamment par le Nigeria, qui a obtenu le meilleur score de l’indice de sécurité aérienne 2025/2026 avec plus de 9,1 », a indiqué Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), par la voix de Lucy Mbugua, directrice régionale pour l’Afrique de l’Est et australe.
Un poids encore marginal dans l’aviation mondiale
Malgré cette dynamique, l’Afrique reste un acteur secondaire du transport aérien mondial. Bien qu’il abrite près de 20 % de la population mondiale, soit environ 1,5 milliard d’habitants, le continent ne représente encore que 2,9 % du trafic aérien mondial, avec environ 110 millions de passagers internationaux et 1,2 million de tonnes de fret aérien par an.
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À titre de comparaison, l’Amérique du Nord — avec une population d’environ 615 millions d’habitants — et l’Europe — près de 450 millions — dominent largement le marché mondial en termes de volumes et de rentabilité, malgré des rythmes de croissance plus modérés, respectivement de 8,7 % et 4,6 %.
Seulement 1,3 dollar de profit par passager
Ce décalage s’explique notamment par la faible rentabilité des compagnies africaines, confrontées à des contraintes structurelles : coûts d’exploitation élevés, fiscalité lourde, difficultés d’accès aux devises, faibles revenus des populations et environnement opérationnel encore peu compétitif.
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Selon les données présentées par l’IATA, les compagnies africaines ne génèrent qu’environ 1,3 dollar de bénéfice par passager transporté, très loin de la moyenne mondiale estimée à 7,9 dollars et des 28,6 dollars enregistrés par les transporteurs du Moyen-Orient.
Dans ce contexte, l’IATA prévoit des bénéfices cumulés d’environ 200 millions de dollars pour l’industrie aérienne africaine en 2026, contre 11,3 milliards de dollars en Amérique du Nord et près de 14 milliards en Europe.
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Pourtant, l’impact économique du secteur reste considérable. « L’aviation représente environ 75 milliards de dollars du PIB africain, soutient 8,1 millions d’emplois et génère 42 milliards de dollars de recettes touristiques chaque année », a rappelé Kamil Alawadhi.
Le trafic pourrait doubler d’ici 2044
À long terme, l’IATA estime que le trafic passagers africain pourrait quasiment doubler d’ici 2044, passant de 193,5 millions de voyageurs en 2025 à plus de 384 millions.
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Face à ce potentiel, l’organisation appelle les gouvernements africains à faire de l’aviation « un levier stratégique de croissance », notamment à travers une réduction des taxes et redevances, un meilleur accès aux devises et l’amélioration des infrastructures, de la sécurité et de la connectivité régionale. Selon l’IATA, le secteur demeure un catalyseur essentiel du commerce, du tourisme, de l’intégration régionale et de l’attractivité des investissements sur le continent.
Vicky Bagal à Addis-Abeba

