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BAD, Asecna, Cobac : l’offensive tchadienne pour le contrôle des institutions panafricaines

Ces derniers mois, N'Djaména Tchad multiplie les candidatures à la tête des grandes institutions économiques africaines. Avec peu de succès pour l’instant, mais beaucoup d’espoir pour les échéances à venir.

Publiée vendredi 17 mai 2024 à 15:14:51Modifiée samedi 18 mai 2024 à 21:07:13Temps de lecture 4 minPar Jean Omer Eyango

Le président tchadien Mahamat Idriss Déby

Le 11 mai 2024, le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères du Tchad, Mahamat Saleh Annadif, a été reçu en audience par Denis Sassou Nguesso, le chef de l’Etat congolais. Porteur d’un message du président nouvellement élu du Tchad, le général Mahamat Idriss Déby, ce membre du gouvernement tchadien, selon les sources d’Ecomatin, est allé présenter et faire adouber par le président Sassou Nguesso, le candidat du Tchad au poste de directeur général de l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (Asecna). Il s’agit d'Adoum Younousmi, qui accompagnait d’ailleurs le ministre d’Etat tchadien au palais présidentiel de Brazzaville.

En effet, depuis le 12 février 2024, le pays de Toumaï a choisi cet ancien ministre des Travaux publics, puis des Infrastructures, qui aura également brièvement occupé le poste de Premier ministre par intérim du Tchad au mois de février 2007, pour conquérir la direction générale de l’Asecna, au terme d’une élection prévue en cette année 2024. Créée en 1959, l’Asecna, qui regroupe à ce jour 18 Etats membres, est le guide de la navigation aérienne en Afrique.

« La candidature de cet ancien ministre revêt une importance particulière. Car, elle offre à l’Asecna l’opportunité de bénéficier d’un leader ayant une vision stratégique et une compréhension approfondie des besoins spécifiques des États membres en matière d’aviation civile et de développement des infrastructures aéroportuaires », avait laissé entendre la ministre tchadienne des Transports, de l’Aviation civile et de la Météorologie nationale. Fatimé Goukouni Weddeye s’exprimait ainsi le 12 février 2024 à Ndjamena, lors de l’annonce officielle de la candidature d’Adoum Younousmi au poste de directeur général de l’Asecna.

Lire aussi : Présidence de la BAD : après la Cemac, les chefs d’Etat de la Ceeac adoubent la candidature d’Abbas Mahamat Tolli

Le voyage du ministre d’Etat Mahamat Saleh Annadif à Brazzaville au cours de ce mois de mai 2024 ressemble fort à la tournée entreprise dès mars 2024 dans certains palais présidentiels de la Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) et de la Ceeac (Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale regroupant six pays regroupant 11 pays) par le chef de la diplomatie tchadienne, pour rallier les pays de l’Afrique centrale derrière la candidature du Tchadien Abbas Mahamat Tolli au poste de président du groupe de la Banque africaine de développement (BAD). Adoubé par la conférence des chefs d’Etats de la Ceeac lors de sa session de mars 2024 à Malabo, en Guinée Equatoriale, après le soutien à lui apporté par les chefs d’Etats de la Cemac en février 2024, Abbas Mahamat Tolli entend bien devenir, avec le soutien de son pays, le tout premier président de la BAD originaire d’un pays de l’Afrique centrale.

En tout cas, en 2025, date prévue pour l’élection du nouveau patron de la BAD, l’ancien gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale espère pouvoir, au nom de son pays, prendre une revanche mémorable sur le Nigérian Akinwumi Adesina. L’actuel président de la BAD avait en effet remporté l’élection à ce prestigieux poste en 2015, alors que le Tchad avait tant espéré positionner à ce même poste son candidat Kordje Bedoumra. En tout cas, au regard de l’offensive diplomatique en cours autour de la candidature d’Abbas Mahamat Tolli, rien n’indique pour l’instant que Ndjaména fera quelque concession que ce soit dans les jours à venir, comme cela a été le cas il y a quelques mois avec le poste de secrétaire général de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac), que convoitait également le Tchad.

En effet, la détermination du pays de Toumaï à placer un de ses fils à la tête du secrétariat général du gendarme du secteur bancaire dans la Cemac était telle que la Conférence des chefs d’Etats de la Cemac du 9 février 2024, avait décidé de renvoyer l’attribution du poste. Ceci, en raison des convoitises exprimées à la fois par le Tchad, le Gabon et le Congo. Mais, au terme d’un consensus entre les chefs d’Etats des trois pays, Ndjamena lâchera finalement prise, permettant ainsi au Congo, dès le 9 avril 2024, de placer son compatriote Marcel Ondélé à la tête du secrétariat général de la Cobac. Au détriment de Béchir Daye, actuel directeur général du Trésor tchadien, alors mis en orbite par son pays pour occuper le poste.

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