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La CBC se prémunit d’une éventuelle faillite

Commercial Bank Cameroun a lancé, le 9 novembre, le recrutement de cabinets qui vont élaborer des procédures de mesure et de surveillance des risques globaux.

Léandre Djummo, le directeur général de la Commercial Bank Cameroun (CBC), a lancé deux appels à manifestation d’intérêt pour le recrutement d’un cabinet en vue de la réalisation des études liées à sa mise en conformité au règlement de la Cobac. Dans le premier appel d’offres, il est question de recruter un cabinet pour élaborer des procédures de mesure et de surveillance des risques globaux. L’objectif est de doter la Commercial Bank Cameroun, d’un ensemble de procédures et de surveillance des risques et familiariser le top management et les responsables d’entités à la mesure et à la maîtrise des risques de leurs sphères de responsabilité.

L’appel à manifestation s’adresse aux cabinets d’études basés au Cameroun et à l’étranger ayant une expérience avérée dans les domaines sus-cités. Le financement de ce projet est assuré par le budget d’investissements et d’équipement de la CBC. Les offres doivent parvenir au siège de la Banque au plus tard le 21 décembre à 12h.  Les dossiers enregistrés seront examinés par une commission interne des marchés mise en place par la direction générale, et la publication de l’avis d’appel d’offres restreint y relatif tiendra lieu de résultat de pré-qualification.

Le second appel d’offres vise à recruter un cabinet qui va élaborer un plan de financement d’urgence. Objectif : doter la CBC d’un cadre « robuste qui lui assure en permanence, une liquidité suffisante pour faire face à tout incident de nature à tarir ou amoindrir ses sources de financements et familiariser le top management et les responsables d’entités au pilotage du plan de financement d’urgence ». Dans les mêmes conditions que le premier appel d’offres, les offres doivent parvenir à la CBC au plus tard le 21 décembre 2018. Les renseignements complémentaires peuvent être obtenus aux heures ouvrables à la direction générale à Douala.

La CBC veut ainsi conjurer une éventuelle faillite comme ça été dans un passé récent. En effet, Le Conseil d’administration de la Commercial Bank-Cameroun (CBC) a tenu sa 6è session, le 18 avril à Douala, sous la présidence d’Alfred Tiki. Le conseil a examiné à l’occasion, « le rapport de la direction générale sur la marche de la société et s’est félicité de l’affermissement de la reprise de l’activité de la Banque, ainsi que la signature définitive de l’avenant du protocole d’accord avec l’Etat-actionnaire, ce qui concrétise la bonne fin de la restructuration de la CBC », indique Alfred Tiki.

Prenant acte de l’exercice clos au 31 décembre 2017, le conseil a procédé à l’examen et l’arrêté desdits comptes, lesquels dégagent un résultat positif avant impôt de 1,551 milliard FCFA. Pour mémoire, la CBC a connu, en 2009, des difficultés en termes de respect des ratios prudentiels et de préservation des fonds propres. La banque était dirigée par l’homme d’affaires Yves Michel Fotso, aujourd’hui emprisonné dans le cadre d’une procédure judiciaire pour détournements et complicité de détournements de deniers publics. L’administration provisoire depuis cette époque a été prorogée six fois.

Modernisation

Entre temps, la Commercial Bank of Cameroon  a mis en service, au mois d’octobre 2018, dans sa toute nouvelle agence de Kribi, cité balnéaire de la région du Sud du Cameroun, le tout premier guichet automatique de banque (GAB) permettant d’effectuer des dépôts en espèces. Cette institution bancaire devient ainsi la première à déployer ce type de GAB dans le pays, grâce à une application conçue par la startup camerounaise Iwomi Technologies. Cette fintech basée à Douala, la capitale économique du pays, est spécialisée, apprend-on, dans la fourniture au grand public et aux institutions financières, «des solutions innovantes, révolutionnaires et sécurisées, qui rendent les services bancaires et financiers plus accessibles, plus abordables et disponibles».

«Nous, à Iwomi, sommes et restons reconnaissants envers la direction de la CBC, qui nous a fait confiance pour la mise en œuvre de ce grand projet. Nous restons ouverts et souhaitons accompagner toute autre banque ou institution financière souhaitant mettre en œuvre une telle solution.», confie un responsable de la fintech camerounaise.

Une banque qui sort du rouge

L’assainissement du secteur financier camerounais annoncé par le Secrétaire général du Ministère des finances, lundi 24 juillet 2017, prévoyait une capitalisation de la Commercial Bank of Cameroon à hauteur de 92,6 milliards de FCFA. L’argent qui doit être mobilisé via un emprunt obligataire d’une maturité de 10 ans, permettra au trésor public de racheter les créances douteuses de la banque qui est redevenue publique en septembre 2016. Au-delà de ce rachat de créances douteuses, le gouvernement devrait injecter sur son budget de l’exercice 2017 en cours, un montant total de 27,5 milliards de FCFA, afin de recapitaliser la Commercial Bank of Cameroon, mais aussi la Banque Camerounaise des PME qui a été récemment créée.

Le management de la banque des PME a récemment défendu son bilan dans lequel elle a accordé 11,5 milliards de prêts et près de 40 milliards de caution, au profit de 1600 personnes, à des conditions de garanties souples. Il semble que la rentabilité n’ait pas vraiment suivi. Le plan d’assainissement prévoit aussi une recapitalisation, par leurs actionnaires, de trois banques privées en difficultés, à hauteur de 33 milliards de FCFA. Dans l’incapacité, pour ces actionnaires, de suivre, l’Etat pourrait intervenir, à condition que l’opération entraîne une prise de participation qui soit justifiée par un besoin de stabilité nationale.

Dans ces conditions, au total, l’assainissement du secteur financier camerounais aura coûté autour de 155 milliards de FCFA. Pour la Commercial Bank of Cameroon, l’histoire se répétait. L’institution est née de la défunte filiale camerounaise de la Banque Internationale d’Afrique Occidentale (BIAO Cameroun). Le gouvernement avait alors racheté tout le passif de la banque, avant de la confier ou transférer au groupe appartenant à l’homme d’affaire Yves Michel Fotso, à des conditions qui ne sont pas connues du grand public. Après plusieurs années de difficultés, la banque a été reprise au groupe Fotso, dont le principal manager, Yves Michel Fotso, s’est retrouvé emprisonné dans le cadre d’une affaire de détournement de fonds publics, sur une opération d’achat d’avion. Ce dernier a toujours déclaré qu’il aurait pu trouver les moyens de recapitaliser sa banque et qu’il était la victime d’une conspiration.

En prenant sur lui de mener la mobilisation des ressources qui permettront de résoudre la question des créances douteuses de la CBC, le gouvernement se trouve confronté à un nouveau trou noir. Il est en effet difficile de comprendre comment se sont accumulées ces créances douteuses. L’hypothèse la plus probable est que, sous administration provisoire pendant longtemps, CBC a beaucoup prêté à l’Etat et à ses entités connexes. La Banque pèse pour 4,3% dans le secteur au Cameroun.

La Rédaction EcoMatin

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