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Barrage hydroélectrique : Memve’ele atterrit dans l’escarcelle de EDC

La gestion de cet aménagement sera désormais du ressort de la société de patrimoine. Un calendrier d’insertion est même déjà arrêté par la tutelle, le ministère de l’Eau et de l’Energie.

L’Unité opérationnelle de l’aménagement hydroélectrique de Memve’ele est donc appelé à disparaître. La gestion de ce barrage construit dans la région du Sud reviendra désormais à la société de patrimoine Electricity Development Corporation (EDC). Un calendrier d’insertion du projet Memve’ele dans le patrimoine de EDC est même déjà  établi. Dans une correspondance datant du 03 juin 2019 du ministre de l’Eau et l’Energie, Gaston Eloundouu Essomba, adressée au directeur du projet Memve’ele et dont Ecomatin a obtenu copie, l’on peut lire que : « Faisant suite aux conclusions de la séance de travail qui s’est tenue le 31 mai dans les Services du Premier ministre relative à l’objet repris en marge, j’ai l’honneur de vous demander de bien vouloir vous faire représenter par vos collaborateurs ayant une parfaite maîtrise du dossier, aux concertations qui se tiendront pour la période allant du 10 au 14 juin 2019 à 15h00, dans la salle de réunion de mon cabinet, sise au 4ème étage de l’immeuble ministériel, en vue de l’élaboration de la note de cadrage méthodologique assortie d’un plan d’action pour l’insertion du projet Memve’ele dans le patrimoine de la société EDC».

Cette correspondance du Minee donne également un calendrier précis des activités liées à ce processus d’insertion du barrage de Memve’ele dans le portefeuille de EDC. Ainsi, le lundi 10 juin dernier était consacré à l’élaboration de la méthodologie de travail, pendant que le mardi 11 juin 2019 était réservé à l’appropriation des actes juridiques et institutionnels (textes portant création de la Cellule opérationnelle, contrats, convention de financement et de prêt). Quant au mercredi 12 juin 2019, il était question de  l’appropriation des aspects techniques (ouvrages réalisés, en cours de construction et en cours d’exploitation, opération de réception technique et administrative de l’aménagement). La journée du jeudi 13 juin 2019 devait être réservée à l’appropriation des aspects financiers et comptables (dettes, patrimoine, passif et actif du projet). Et enfin, le vendredi 14 juin 2019 était destiné à  l’appropriation des aspects environnementaux et sociaux, gestion des conséquences sociales (contrat de travail des employés de l’Unité opérationnelle). Le Minee, dans sa correspondance avait conclu en demandant au directeur du projet Memve’ele de se «munir de toute la documentation afférente à cette opération, pour exploitation, ainsi que des éléments de contribution relatifs aux points susmentionnés ».

Au mois de mai 2018, c’est la tutelle technique de cette entreprise, le ministre de l’Eau et de l’Energie, Gaston Eloundou Essomba, qui servait une demande d’explication, avec pour objet : « Mauvaise gestion à EDC/Barrage de Lom Pangar

Cette absorption du barrage de Memve’ele par EDC intervient au moment où à l’Unité opérationnelle de l’aménagement hydroélectrique de Memve’ele, on s’y attendant le moins. Au-delà de la livraison de cette infrastructure hydroélectrique qui est encore attendue, l’on envisageait même déjà la phase Memve’ele II, avec la construction annoncée d’un barrage de retenue. Cette insertion de Memve’ele dans le portefeuille d’EDC pose également le problème du sort qui sera réservé aux employés de l’Unité opérationnelle de Memve’ele, ceux-ci seront-ils tous reversés à EDC, ce qui n’est pas garanti au regard des effectifs actuels d’EDC, et surtout des difficultés à assurer le paiement régulier des salaires que connait actuellement cette société, notamment le climat social malsain avec des revendications du personnel qui y sont très souvent enregistrées. A la différence donc d’Hydro-Mekin qui gère l’électricité produite par le barrage de Mekin, l’Unité opérationnelle de Memve’ele ne bénéficiera donc pas des mêmes dispositions. Toute chose qui était pour le moins pas souhaitée par ses responsables.

Une entreprise en eaux troubles

Un fait inédit qui prouve à suffisance du climat social qui règne à Electricity Development Corporation (EDC). L’entreprise qui aura désormais la charge de gérer le barrage de Memver’ele. Au mois de mai 2018, c’est la tutelle technique de cette entreprise, le ministre de l’Eau et de l’Energie, Gaston Eloundou Essomba, qui servait une demande d’explication, avec pour objet : « Mauvaise gestion à EDC/Barrage de Lom Pangar ». Cette demande d’explication faisait suite aux nombreuses plaintes du Syndicat des travailleurs du secteur de développement des ouvrages de production, de transport et de régulation de l’électricité (Syntdoptre). Dans cette correspondance du Minee adressée à Théodore Nsangou, il était demandé au DG de EDC de tenir un « rapport circonstancié » sur six points principaux. Notamment, « la situation critique du barrage [30 MW] », « la situation sociale au sein de ladite entreprise », « la mauvaise gestion comptable, financière et budgétaire [rapport 2015/2016 du commissaire aux comptes] », « le détournement du patrimoine de l’entreprise [vente frauduleuse des véhicules du projet] », « la gestion des faux diplômes » et « les faux marchés |pose de la 1ère pierre par le chef de l’Etat en 2012] ».

Avant cette sortie du MINEE, Gaston Essomba Eloundou, le Syntdoptre avait déjà menacé régulièrement d’entrer en grève. Le 12 mars 2018, par exemple, les syndicalistes avait écrit au DG d’EDC pour dénoncer le fait que la commission d’avancements qui devrait siéger chaque septembre de l’année, n’a eu lieu que deux fois, en neuf ans. Selon ce syndicat, les échelons automatiques du personnel de quatre années d’ancienneté sont gelés depuis la création d’EDC. A cela s’ajoutent les retenues sur salaires qui ne sont pas reversées à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), soit plus de 800 millions FCFA de dettes. Avec son corollaire de conséquences sur la vie des travailleurs qui sont privés de pension de retraite depuis neuf ans, sans allocations familiales, pas de prise en charge pour les accidentés de travail, encore moins la prise en charge des femmes enceintes. Par ailleurs, le Syndicat réclamait le paiement des arriérés de salaire des 24 cadres recrutés en mai 2010 par le conseil d’administration; le calcul des manques à gagner du personnel était à ce moment-là estimé à 450 millions FCFA, etc.

Gestion financière peu orthodoxe

Outre la gestion jugée du chaotique du personnel de EDC, il était également reproché à Théodore Nsagou, une gestion financière peu orthodoxe. Certaines sources indiquaient même qu’il serait attendu au Tribunal criminel spécial pour s’expliquer sur la gestion de la société dont il a la charge. Il pesait sur le DG de EDC, des soupçons de malversations financières. Cette entreprise de patrimoine de l’Etat du secteur de l’électricité était, il y a peu, au centre d’une importante crise sociale et financière avec des caisses vides. Les employés de EDC réclamaient des arriérés de salaires et menaçaient d’entrer en grève. Certaines sources au sein de l’entreprise renseignaient que le directeur général aurait acquis deux véhicules 4X4 au prix de 198 000 000 F CFA, soit 99 000 000 F CFA par véhicule. Des faits sur lesquels Theodore Nsangou devrait s’expliquer et justifier l’effondrement de EDC qui aurait englouti des centaines de milliards de francs CFA. Les 15 milliards de FCFA de capital social entièrement libérés par le ministère des Finances auraient été entièrement consommés en 4 ans et le barrage de Lom pangar manquerait déjà du carburant. D’où, le récent appel de détresse du DG, Theodore Nsangou à son président du conseil d’administration (PCA), Mengot Arrey.

En rappel, EDC est une entreprise publique camerounaise créée en 2006, qui opère dans le domaine de l’énergie électrique. Sa mission est d’accroître la production et la distribution de l’énergie électrique grâce au barrage de retenue d’eau de Lom Pangar, dont il est le maître d’ouvrage. Avec l’insertion déjà engagée du barrage de Memve’ele, le portefeuille de cette entreprise va désormais s’agrandir.

La Rédaction EcoMatin

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