Près de 24 heures après avoir manqué son opération visant à retirer 50 milliards de Fcfa des coffres-forts des établissements de crédit de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), l’institut d’émission commun des pays de cette zone a fait une nouvelle offre de liquidité aux banques commerciales. L’opération lancée le 20 août dernier a connu un succès éclatant : un taux de sursouscription de l’ordre de 251,08%. En effet, l’injection record de 250 milliards de Fcfa de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) dans le circuit bancaire a été captée dans son entièreté par 9 banques commerciales dont les besoins exprimés se situaient à 627,7 milliards de Fcfa. Ce qui témoigne de l’intérêt croissant des banques commerciales pour la liquidité pourvue par la banque centrale.
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En effet, les établissements de crédits se sont particulièrement montrés gourmant depuis que la Beac a repris avec ses opérations d’injection de liquidité dans le circuit en juin dernier, après plus d’un an de suspension. La preuve, entre le 2 et le 30 juillet par exemple, la banque centrale des six pays de la Cemac a injecté au total 470 milliards de Fcfa de liquidité dans le circuit bancaire de cet espace communautaire. Selon les chiffres de la Beac, ces offres de liquidité, respectivement de 165 milliards de Fcfa le 2 juillet, 185 milliards de Fcfa le 23 juillet et 120 milliards de Fcfa le 30 juillet, ont été toutes sursouscrites à plus de 200%, avec un pic de 425% de taux de souscription pour l’opération du 30 juillet 2024. Deux semaines plus tôt, le 18 juin, la Beac a fait une offre de 65 milliards de Fcfa. La totalité de l’enveloppe a été captée par les banques commerciales. Cette opération a d’ailleurs connu une sursouscription de l’ordre de 450%, au vu des besoins exprimés qui culminaient à 292 milliards de Fcfa, a appris EcoMatin.
Comment la Beac lutte contre l’inflation…
Cette multiplication d’opérations d’injection de liquidité dans le circuit bancaire survient après plus d’un an d’une politique monétaire d’austérité mise en place par l’institut d’émission. Ainsi, pour lutter contre la proportion de 20% de l’inflation qui serait d’origine monétaire, la banque centrale a intensifié les reprises de liquidité dans les coffres des banques commerciales. L’une des actions consistant à relever de plus en plus les montants recherchés à travers ses émissions de bons. Dans un contexte déjà marqué par le maintien à niveau relativement haut de ses taux directeurs, les manœuvres de la Beac concourent à limiter l'accès au crédit pour les agents économiques, lequel accès au crédit favoriserait l’inflation dont les prévisions en zone Cemac ne sont guère reluisantes pour certains pays. En effet, selon le FMI, le Cameroun battrait le record de l’inflation en zone Cemac au cours de l’année 2024 avec un taux de 5,9%. La première puissance de la zone serait suivie par la RCA (4,7%), la Guinée Equatoriale (4,4%), le Congo (3,6%), le Tchad (3,1%) et le Gabon (3%).
…Tout en favorisant la croissance
Toutefois, si la politique d'austérité monétaire implémentée par la Banque centrale suggère que les opérations de ponction de la liquidité portent progressivement des fruits, celle-ci n’a pas perdu de vue l’ambition d’avoir une croissance économique forte dont les prévisions annoncent la hausse à 3,3% en 2024 contre 2,3% un an plus tôt. A ce propos, lors d’un échange avec la presse le 25 mars, au terme d’une session du Comité de Politique Monétaire (CPM), le gouverneur Yvon Sana Bangui a révélé que la banque centrale étudiait plusieurs options visant à « faire évoluer les conditionnalités afin de rendre cet instrument [les bons Beac, Ndlr.] plus flexible aux besoins des établissements de crédit, tout en restant en phase avec son objectif de réduction de l’excédent de liquidité bancaire ». D’où la reprise des opérations d’injection de liquidité dans le circuit bancaire.

