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BEAC : la facture du personnel grimpe à 109 milliards FCFA en 2025

La BEAC a engagé plusieurs mesures pour contenir ses dépenses, mais son train de vie reste élevé. À titre de comparaison, la BCEAO, avec près de 1 000 agents de plus, dépense moins que la BEAC pour son personnel. Décryptage.

Publiée jeudi 23 avril 2026 à 20:37:30Modifiée jeudi 23 avril 2026 à 20:37:32Temps de lecture 6 minPar Cedrick JIONGO

Yvon-SANA-BANGUI
Yvon Sana Bangui, Gouverneur de la BEAC

En 2025, la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) a dépensé 108,7 milliards FCFA pour son personnel, en hausse par rapport aux 98 milliards FCFA de 2024, selon ses états financiers arrêtés au 31 décembre. Cette augmentation s’explique d’abord par la revalorisation de 10% des salaires, qui a mécaniquement fait grimper la masse salariale de 12,2%, à 76,3 milliards FCFA.

Lire aussi : CEMAC : pourquoi les bénéfices de la BEAC ont chuté de 54 milliards FCFA en 2025

À cela s’ajoutent les cotisations patronales (dont ceux de la retraite complémentaire) qui sont ressorties à 11,8 milliards FCFA (+9,9%) et une forte progression des dépenses de santé (+20,8%) à 6,2 milliards FCFA. La rubrique « autres frais» qui regroupe les paiements consacrés à la formation du personnel et la subvention liée à la restauration d’entreprise, a également progressé de 21,2% à 8 milliards FCFA. En revanche, les droits à congés payés reculent de 31%, sous l’effet des départs enregistrés (retraites, décès, mises en disponibilité) et de la prise effective des congés par de nombreux agents, selon la BEAC.

La facture reste salée par rapport à ... la BCEAO

Les dépenses évoqués plus haut concernent l’ensemble du personnel de la BEAC, soit 2 481 agents au 31 décembre 2023, répartis entre le siège de Yaoundé, les six directions nationales, les agences, ainsi que les agents de la Commission bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC). Les organes de direction, eux, sont particulièrement bien traités. À titre d’illustration, les membres du gouvernement de la BEAC perçoivent des salaires mensuels compris entre 15 et 25 millions FCFA. À cela il faut ajouter une prime trimestrielle de performance équivalente à un mois et demi de salaire, ainsi que des jetons de présence oscillant entre 1,5 et 3 millions FCFA par réunion. Pour le reste du personnel, les rémunérations sont également complétées par de nombreuses primes (fin d’année, vacances, bilan, « prime de jouet », entre autres).

LIRE AUSSI : BEAC : les représentants du personnel dénoncent des tracts visant des dirigeants

Ces niveaux de dépenses élevés pourraient, à terme, peser sur l’équilibre financier de l’institution, alors que les bénéfices ont fortement baissé en 2025. À titre de comparaison, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), qui emploie environ 3 398 agents à fin 2024, soit près de 1 000 de plus que la BEAC, a enregistré 106 milliards FCFA de charges de personnel. Autrement dit, avec un effectif plus important, la BCEAO affiche un niveau de dépenses globalement comparable, ce qui suggère une rémunération moyenne plus élevée au sein de la BEAC.

"Un îlot d’opulence dans une sous-région en crise"

La question de la rémunération des agents de la BEAC reste un sujet sensible au sein de la CEMAC. D’un côté, une partie de l’opinion publique juge ces niveaux de traitement élevés au regard du contexte économique régional ; de l’autre, le personnel estime régulièrement que des revalorisations restent nécessaires. Dès sa prise de fonction en 2017, l’ancien gouverneur Abbas Mahamat Tolli avait affiché sa volonté de s’attaquer à cette problématique. « La BEAC ne saurait être un îlot de prospérité et d’opulence dans une sous-région en crise », déclarait-il alors. Une position qui, selon plusieurs sources internes, lui aurait valu des résistances au sein même de l’institution.

Son successeur, Yvon Sana Bangui, a lui aussi été rapidement confronté à ces tensions. Peu après son arrivée, des membres du gouvernement de la Banque ont exprimé des revendications en faveur d’une revalorisation de leurs avantages, avec pour objectif un alignement sur le niveau de rémunération du premier responsable de l’institution. Présenté le 4 avril 2024 au conseil d’administration, le projet prévoyait notamment une hausse significative de certains avantages : relèvement de la prime de logement de 2,5 à 6 millions FCFA, augmentation de 30 % de l’indemnité de mobilier, ainsi qu’un doublement du nombre de véhicules de fonction, accompagné d’un budget mensuel d’entretien de 600 000 FCFA.

Le conseil d’administration avait finalement rejeté ces propositions parce qu’elles ne s’appuyaient pas, selon le gouverneur qui y était fermement opposé, sur une étude d’impact pour évaluer leur soutenabilité budgétaire à long terme.

Lire aussi : BEAC : la hausse exponentielle des primes suffira-t-elle à ramener la sérénité ?

2026 : de nouveaux recrutements en vue

La pression sur les charges de personnel à la BEAC devrait s’accentuer en 2026. Plusieurs facteurs vont contribuer à cette hausse, à commencer par le renforcement des effectifs. L'institution prévoit notamment la titularisation de 39 auditeurs, ainsi que le recrutement de plus de 300 cadres moyens, contre 157 initialement prévus, afin de tenir compte des départs à la retraite et des besoins actualisés dans les différents centres.

À cela s’ajoute la relance, prévue en juillet 2026, du concours des agents d’encadrement supérieur, initialement organisé en 2022 puis annulé pour irrégularités. Par ailleurs, le programme d’ouverture de nouvelles agences dans les pays de la CEMAC devrait continuer à soutenir la dynamique de recrutement dans les années à venir. Face à cette montée attendue des dépenses, la BEAC a toutefois engagé certaines mesures de rationalisation, passées relativement inaperçues. L’institution a ainsi supprimé les per diem en 2025, une ligne qui avait coûté près de 4 milliards FCFA en 2024. Dans le même esprit, elle a décidé, à partir de 2026, de délocaliser l’ensemble des formations dans la zone CEMAC, afin de réduire les coûts liés aux déplacements (billets d’avion, hébergement) et d’élargir l’accès à ces formations à un plus grand nombre d’agents, tout en favorisant les retombées économiques locales.

Ces efforts s’inscrivent dans une tendance plus large de maîtrise des dépenses. Les autres charges d’exploitation -qui regroupent les dépenses de fonctionnement (services extérieurs, fournitures, taxes, formation ou encore projets du plan stratégique)- ont ainsi reculé de 7,37 milliards FCFA entre 2024 et 2025. Le même mouvement s’observe pour les charges liées aux organes de décision et de contrôle, en baisse de 817 millions FCFA, en raison notamment d’un nombre plus limité de sessions extraordinaires et du recours accru à la visioconférence.

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