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La BEAC au rythme des scandales

En l’espace de quelques jours, la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) est éclaboussée par deux plaintes relatives au favoritisme dans la passation de certains marchés.

Ce qui se passe actuellement à la Banque centrale relève de l’inédit. La transparence dans la passation des marchés publics est sérieusement remise en cause. En l’espace de quelques jours, deux entreprises ont saisi les plus hautes autorités du Cameroun pour se plaindre du favoritisme et même du népotisme qui semblent avoir fait leur lit dans une institution financière censée être irréprochable en matière de transparence et de gouvernance.

De fait, la Beac a récemment attribué le contrat de conception de la maquette du nouvel immeuble devant abriter la direction nationale du Cameroun, à Yaoundé, à un consortium franco-français formé par les sociétés Ataub (Atelier d’architecture et d’urbanisme de la Bretèque) et Bati Concept.

Suite à cette attribution, l’un des groupements en compétition pour ce contrat, le cabinet d’architectes JP Vigueur et associés en l’occurrence, qui s’est allié à Josket et Fatsons pour tenter de décrocher ce contrat, a saisi la Beac par écrit, pour dire sa «stupéfaction» sur le choix fait par la Banque centrale.

«Lors de l’ouverture des offres financières, notre groupement a eu la note technique de 95,5/100, tandis que le suivant, Ataub/Bati Concept, vient avec la note technique de 86,1/100.  A l’issue de cette ouverture des offres financières, notre groupement a présenté une offre de deux milliards sept cent vingt millions de Fcfa (2 720 000 000 FCfa), y compris la mission OPC (Ordonnancement Pilotage et Contrôle), alors que celle du groupement Ataub-Bati Concept s’élève à deux milliards huit cent millions de Fcfa (2 800 000 000 FCfa), sans la mission OPC. Ce qui veut dire qu’en ajoutant les coûts de l’OPC, Ataub-Bati Concept va se retrouver avec une offre encore très cher», écrit le cabinet JP Vigueur et associés.

C’est le 2ème contrat attribué par la BEAC qui est ainsi contesté, en l’espace de deux mois. En effet, l’attribution au groupe tchadien du BTP SnerAfcorp, appartenant à un proche parent du Gouverneur, du contrat pour la construction de l’agence de la Beac d’Ebolowa, dans la région du Sud du Cameroun, a suscité une vive contestation d’un concurrent.

Et le contestataire de conclure : «si les règles de la sélection internationale sont respectées, et notamment l’article G du dossier de sélection, qui stipule que ‘’la BEAC attribuera le marché au cabinet ayant présenté la proposition conforme la mieux disante’’, il est impossible que notre groupement, qui est premier en note technique et en même temps moins cher que le second, ne se retrouve pas adjudicataire. Conformément aux règles de procédure de la sélection internationale, nous demandons d’annuler cette attribution et de nous remettre dans nos droits».

C’est le 2ème contrat attribué par la BEAC qui est ainsi contesté, en l’espace de deux mois. En effet, l’attribution au groupe tchadien du BTP SnerAfcorp, appartenant à un proche parent du Gouverneur, du contrat pour la construction de l’agence de la Beac d’Ebolowa, dans la région du Sud du Cameroun, a suscité une vive contestation d’un concurrent.

Rebelote

Dans une lettre datée du 25 février 2019, Amadou Hamadou, promoteur camerounais de l’entreprise de BTP, DNB International Sarl, a saisi le président de la République Paul Biya. Objet : « Requête aux fins d’intervention ». Selon M. Amadou, son entreprise a participé à l’appel d’offres de la Beac du 18 juillet 2018 et aurait été classée 1ère par le maître d’œuvre avec une « une offre financière la moins élevée » se chiffrant à 12,417 milliards FCFA.

A travers une mise au point, la Beac explique qu’une cellule interne dénommée, Cellule de gestion administrative des marchés (CGAM), organise de «façon transparente la procédure d’attribution et diligente les différentes étapes de sa mise en œuvre par des commissions ad hoc instituées pour chaque marché».

« Alors qu’on se serait attendu à ce que ce marché fût attribué à cette entreprise nationale qui avait la meilleure offre technique suivant l’évaluation du maître d’œuvre, et le prix le moins élevé, le marché est en passe d’être attribué à une entreprise tchadienne ayant sa maison-mère au Soudan, au mépris de la règle de préférence nationale qui aurait dû être prise en compte. », écrit Amadou Hamadou à Paul Biya.

La Banque centrale elle, rejette en bloc toutes ces accusations. A travers une mise au point, la Beac explique qu’une cellule interne dénommée, Cellule de gestion administrative des marchés (CGAM), organise de «façon transparente la procédure d’attribution et diligente les différentes étapes de sa mise en œuvre par des commissions ad hoc instituées pour chaque marché».

La Beac poursuit en indiquant que, les différentes offres (techniques et financières) sont alors analysées par ces commissions qui comprennent, outre les cadres de la CGAM, des agents de la Direction générale du contrôle général et du département des affaires juridiques et de la réglementation, notamment. Les conclusions des travaux de ces commissions sont consignées dans un rapport soumis au gouvernement de la Beac qui statue de manière collégiale.

«Au final, l’attribution du marché est prononcée par le Gouvernement de la Banque, sur la base du rapport de la commission. La décision d’attribution du marché est matérialisée par une décision signée par les six membres du gouvernement de la Banque et notifiée à la commission. Celle-ci, à son tour, publie les résultats qui sont affichés sur le site Internet de la Beac et transmis à chaque soumissionnaire», se défend la Banque centrale. Elle conclut : «s’agissant du marché de construction d’un immeuble de la Beac à Ebolowa au Cameroun, cette procédure a été strictement respectée».

Sur le site Internet de la Beac, l’on note le 21 mars 2019, que ce marché à Ebolowa a finalement été attribué à  la société AFCORP. Cette entreprise appartient à un parent du gouverneur de la Beac, Abbas MahamatTolli.

Malaises à la Beac

Ces scandales à répétition mettent mal à l’aise en dehors et au sein de la Beac. Et pour cause, jusqu’à la nomination d’Abbas Mahamat Tolli, l’on avait presque jamais été au courant des pratiques de favoritisme et de népotisme au sein de cette auguste institution. Les juteux marchés (voir article plus haut) passés par la Beac mais contestés pour des raisons de transparence et de conflit d’intérêt, viennent remettre au gout du jour la gouvernance au sein de la Banque centrale. A la Beac, plusieurs responsables qui nous ont approché se plaignent des nominations et discriminations qui profitent uniquement à ceux qui sont en odeur de sainteté avec gouverneur, sans plus de détails. « A ce rythme, notre banque centrale n’est pas loin d’un autre scandale comme celui de 2009, ou l’actuel Gouverneur était SG de la COBAC ». Nous confie une source interne à la BEAC. « Son compatriote Gata Ngoulou, ancien SG de la BEAC (pendant 20 ans) et gentlemen dans l’âme, était un Homme ouvert et arrondi. Lui se veut très réservé, autoritaire et cassant avec ses collaborateurs ».

Dans les milieux bancaires au Cameroun, l’on n’a pas hésité, il y a peu, à établir un lien entre « les micmacs autour des devises et un traitement de faveur envers les établissements bancaires au Tchad ».

Dans les milieux bancaires au Cameroun, l’on n’a pas hésité, il y a peu, à établir un lien entre « les micmacs autour des devises et un traitement de faveur envers les établissements bancaires au Tchad ». Dans ce pays sérieusement en crise, d’aucuns estiment que les banques là-bas voient leurs demandes de transfert de devises être traitées avec célérité. Le Groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam) a alors proposé une politique de rationnement de devises qui s’impose à l’ensemble des pays de la zone Cemac.

Mais le gouverneur de la Beac a plutôt fait une sortie jugée menaçante.  « Au quotidien, la BEAC met à la disposition des agents économiques, à travers les banques, les devises sollicitées dès lors que les dossiers soumis sont conformes aux exigences de la réglementation des changes. Celle-ci prescrit aux banques, en son article 34, un délai de deux jours ouvrés pour l’exécution des ordres remis par la clientèle, sous réserve que toutes les conditions de conformité à la réglementation des changes et au dispositif de lutte anti-blanchiment soient réunies », a déclaré le gouverneur. Et d’ajouter: « La Beac se réserve le droit de mener toutes les actions nécessaires, en particulier l’application des sanctions prévues par la réglementation des changes en vigueur, à l’encontre des banques qui, par leur pratique, entraveraient la bonne réalisation des opérations internationales des agents économiques ».

La Rédaction EcoMatin

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