- Monnaie divisionnaire : une nouvelle gamme plus sécurisée pour juguler la pénurie
Le 2 avril 2025, la BEAC a lancé une nouvelle série de pièces de monnaie, 19 ans après la précédente émission, afin de répondre de manière durable à la pénurie de monnaie divisionnaire qui affecte les transactions économiques dans la zone CEMAC. Cette pénurie, attribuée notamment aux exportations illégales de signes monétaires, a été partiellement exacerbée par la valeur marchande élevée des alliages utilisés dans l’ancienne gamme de pièces. La nouvelle série, qui inclut des pièces de 100, 200 et 500 FCFA, est conçue pour limiter ces exportations non autorisées grâce à l’utilisation de métaux et d’alliages dont la valeur est mieux contrôlée. L’engagement de la BEAC prévoit également l’injection de nouvelles pièces pour un montant total de 3 milliards de FCFA dans le circuit d’ici 2030. Il est à noter que ce projet avait été initialement présenté par le prédécesseur du gouverneur et validé le 15 mars 2023 par le Comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (UMAC).
- Inflation : les prix se stabilisent
Stabiliser la valeur de la monnaie figure parmi les principales missions de la BEAC, au même titre que son émission. À son arrivée en mars 2024, Yvon Sana Bangui hérite d’une situation où l’inflation dans la CEMAC atteint 5,5 %, bien au-dessus du seuil communautaire fixé à 3 %. Cette poussée était notamment alimentée par la hausse des prix des denrées alimentaires et du transport. Un an plus tard, le taux d’inflation moyen est retombé à 4,1 % et devrait poursuivre sa décrue pour s’établir à 2,9 % en 2025, selon les projections officielles. Ce recul est en partie lié à la baisse des cours mondiaux des produits de base, consécutive au ralentissement de la demande mondiale. Mais il reflète également les effets de la politique monétaire menée par la Banque centrale : poursuite d’une orientation restrictive héritée de l’équipe précédente, accompagnée d’un soutien accru à la liquidité du système bancaire pour contenir les tensions. Dans ce contexte de désinflation progressive, la BEAC a engagé une détente de ses taux directeurs afin de stimuler la reprise de l’investissement et la croissance dans la région.
- Embellie sur les réserves extérieures
Un an après sa prise de fonctions, le gouverneur de la BEAC peut se prévaloir d’un indicateur macroéconomique en nette amélioration : les réserves extérieures. Celles-ci sont passées de 6 699 milliards de FCFA en mars 2024 à 7 585 milliards de FCFA en mars 2025, soit une hausse de 13 %, correspondant à un taux de couverture extérieure de la monnaie de 76,1 % et à 4,8 mois d’importations. Cette performance tient à plusieurs facteurs : une meilleure dynamique des activités économiques, une amélioration du rapatriement des recettes d’exportation et un accroissement notable des rétrocessions de devises par les banques commerciales, en particulier celles opérant avec les groupes extractifs.
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Pour pérenniser cette tendance, la BEAC envisage de capitaliser sur les fonds de restauration des sites (Fonds RES) mis en place par les entreprises minières et pétrolières. Estimée à quelque 6 000 milliards de FCFA, cette manne potentielle fait actuellement l’objet de discussions entre la Banque centrale et les opérateurs du secteur, en vue de formaliser un cadre de rapatriement de ces avoirs. Objectif affiché : conforter la solidité externe du franc CFA face aux pressions extérieures.
- Une nouvelle stratégie pour renforcer l’inclusion financière
Face à un taux d’inclusion financière encore faible dans la zone CEMAC — estimé à seulement 32 % en 2021 — la BEAC a engagé une vaste réforme visant à élargir l’accès des populations aux services financiers. À travers la Stratégie régionale d’inclusion financière (SRIF), adoptée par le comité ministériel, l’institution s’est fixé un objectif ambitieux : porter ce taux à 60 % d’ici 2029, puis à 75 % à l’horizon 2032.
Cette feuille de route vise en priorité les populations historiquement marginalisées du système financier formel, notamment les femmes, les jeunes, les populations rurales, les ménages à faibles revenus et les micros, petites et moyennes entreprises (MPME). Pour y parvenir, la stratégie repose sur six piliers clés, allant du renforcement de l’éducation financière à la protection des consommateurs, en passant par la promotion des innovations numériques, l’amélioration du cadre réglementaire, le renforcement des capacités des acteurs et la production de données statistiques fiables.
En s’attaquant à ces freins structurels, la BEAC ambitionne non seulement de démocratiser l’accès aux services financiers, mais aussi de stimuler une croissance inclusive et durable dans l’ensemble de la sous-région.
- Un bénéfice historique mais…
L’un des faits marquants du premier exercice budgétaire sous l’ère Sana Bangui est la performance financière exceptionnelle enregistrée par la BEAC. Pour l’année 2024, la Banque centrale a dégagé un bénéfice net record de 354,7 milliards de FCFA, soit près de 540,7 millions d’euros — un niveau jamais atteint depuis au moins 2017. Dans un communiqué publié à cet effet, l’institution attribue cette performance à une gestion « rigoureuse et transparente », marquée par une rationalisation des charges et une optimisation des produits d’exploitation.

Elle met également en avant les mesures de gouvernance impulsées par le nouveau gouverneur. Ce résultat, en hausse de 14,7 % sur un an, confère à la BEAC des marges de manœuvre accrues. Si certains observateurs rappellent que la mission première d’une banque centrale n’est pas la rentabilité financière, ce bénéfice substantiel devrait néanmoins permettre de renforcer les fonds propres de l’institution, de soutenir son programme immobilier, d’apporter un dividende de 100 milliards de FCFA aux États actionnaires et d’allouer 25 milliards de FCFA au financement de projets d’intégration régionale.
- Récompenses controversées après un exercice excédentaire
Dans la foulée du bénéfice record de 354,7 milliards de FCFA enregistré en 2024, le conseil d’administration de la BEAC a entériné, sur proposition du gouverneur Yvon Sana Bangui, une série de mesures incitatives en faveur de son personnel. Il s’agit notamment de l’octroi d’une prime exceptionnelle de performance équivalente à 250 % du salaire des membres du gouvernement de la Banque centrale, du doublement du taux de gratification complémentaire des agents, ainsi que d’une revalorisation des indemnités de session des administrateurs — multipliées par cinq. Présentées comme une reconnaissance des résultats obtenus, ces décisions ont cependant provoqué une vive controverse dans l’opinion, certains y voyant un contraste avec les principes de rigueur financière vantés par la direction.
Cette polémique intervient quelques mois après un précédent épisode tendu. En avril 2024, le gouverneur avait rejeté une demande émanant de certains membres de son gouvernement, qui réclamaient un rehaussement de leur traitement et de leurs avantages. Le projet incluait, entre autres, le triplement de la prime de logement (de 2,5 à 6 millions de FCFA), une hausse de 30 % de l’indemnité de mobilier, ainsi que le doublement du nombre de véhicules de fonction, assortis d’une enveloppe mensuelle d’entretien. Soumis au conseil d’administration le 4 avril 2024, ce projet avait été jugé insoutenable et retoqué.
- Agents d’encadrement supérieur : les nuages s’épaississent sur le recrutement
Parmi les dossiers sensibles gérés par Yvon Sana Bangui dès son arrivée à la tête de la BEAC figure celui du concours de recrutement de la 22e promotion des agents d’encadrement supérieur, lancé en décembre 2021. Quatre ans après, le processus demeure inachevé. Une première liste d’admissibilité, comprenant 66 candidats pour 45 postes à pourvoir, avait été publiée en juillet 2022. Mais le comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (UMAC) avait ordonné sa suspension, invoquant des doutes sur les conditions d’organisation du concours et la fiabilité des résultats.

Pour tenter de rétablir la transparence et de restaurer la crédibilité de la procédure, la BEAC a engagé, en juin 2024, un appel d’offres en vue de recruter un cabinet international chargé d’un audit indépendant. Le 15 mars 2025, le choix s’est porté sur RSM, cabinet français classé parmi les six premiers mondiaux dans le domaine de l’audit et du conseil. « Il devra travailler en toute transparence et indépendance afin de produire un rapport qui permettra au Comité ministériel de l’UMAC de se prononcer sur la suite du processus de recrutement », a précisé la Banque centrale dans un communiqué. La publication des conclusions de cet audit, désormais très attendue, devrait permettre de lever les incertitudes qui pèsent sur le concours et d’éclairer les décisions futures.
- Réformes internes et renforcement du dialogue institutionnel
À son arrivée à la tête de la BEAC, Yvon Sana Bangui a dû composer avec un climat interne tendu, marqué par des dissensions au sein du gouvernement de la Banque et une perte de confiance parmi le personnel. Très vite, il engage une série de mesures pour apaiser les tensions, renforcer la transparence et rétablir un fonctionnement collégial. L’augmentation de la fréquence des réunions du gouvernement de la Banque illustre cette volonté d’instaurer un dialogue plus fluide et une prise de décision partagée. Dans la foulée, un système de conformité est mis en place, de même qu’un contrôle interne renforcé, avec pour objectif de limiter les risques systémiques. Cette dynamique semble porter ses fruits, avec une amélioration notable du climat institutionnel et un regain de crédibilité auprès des États membres et des partenaires internationaux.
- Alliances internationales et partage d’expérience

Dès le début de son mandat, le gouverneur Sana Bangui affiche une vision claire : faire de la BEAC un levier de stabilité et de développement économique à l’échelle régionale, en s’appuyant sur une stratégie axée sur la gouvernance, l’assistance et la performance (GAP). L’accent est mis sur le renforcement de l’intégration régionale et le développement de partenariats avec des institutions financières internationales comme le FMI, la Banque mondiale ou la BAD. Des liens étroits sont également cultivés avec d’autres banques centrales, à l’image de la BCEAO. Ces partenariats permettent à la BEAC de bénéficier d’un appui technique, de recommandations stratégiques et, potentiellement, de financements destinés à accompagner des projets régionaux structurants. Une orientation qui s’inscrit pleinement dans le mandat de la Banque centrale, chargée de garantir la stabilité monétaire tout en soutenant les politiques économiques des États membres de la CEMAC.
10. Avoirs en déshérence : la BEAC au cœur d’un arbitrage sensible
Sous la houlette de Yvon Sana Bangui, la BEAC a dû arbitrer une vive controverse entre la Caisse de dépôts et consignations du Cameroun (CDC) et la Commission Bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) au sujet du transfert des avoirs en déshérence et des comptes inactifs vers les CDC. Tandis que l’institution camerounaise réclamait la rétrocession de ces fonds par les établissements bancaires, le régulateur bancaire a opposé un refus, appelant à suspendre toute opération en raison d’un vide juridique entourant leur gestion. Cette décision a entraîné des tensions, jusqu’aux plus hautes sphères de l’État camerounais.
Pour désamorcer le conflit et favoriser une approche concertée, le gouverneur de la BEAC a convoqué l’ensemble des parties prenantes. Un groupe de travail a été mis sur pied, réunissant 38 experts issus de différents segments du secteur financier régional. Leur mission : formuler des propositions en vue d’un encadrement clair et harmonisé des activités des CDC, tout en clarifiant le sort des avoirs en déshérence dans l’espace CEMAC.
11. Risque souverain : la régulation sous pression
Face à la montée des risques liés à la forte exposition des banques aux dettes souveraines, la Commission Bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), appuyée par la BEAC, avait initié fin 2024 une réforme importante. En attribuant désormais aux titres publics des pondérations ajustées dans les ratios prudentiels des banques, le régulateur entendait limiter cette concentration excessive. Une démarche saluée comme un pas vers une meilleure résilience du système bancaire régional.
Selon le FMI, l’exposition des banques aux États de la CEMAC (sous forme de crédits et de titres) a triplé en moins de dix ans, atteignant 31 % des actifs bancaires fin 2023, contre 10 % en 2015. Certaines institutions affichaient même des taux d’exposition dépassant 50 %, un niveau jugé préoccupant. Ce phénomène avait été favorisé par une règle précédente qui permettait une pondération nulle des titres publics, facilitant ainsi le financement des États sans impact sur les exigences de fonds propres des banques.
Cependant, cette réforme semble désormais fragilisée. Le Cameroun, par exemple, indique que sa pondération est passée de 90 % en 2024 à 0 % pour 2025, une volte-face qui va à l’encontre des orientations actées par les chefs d’État de la CEMAC. Ce retour en arrière soulève des inquiétudes quant à la capacité des régulateurs à maintenir une discipline budgétaire et à contenir les risques systémiques dans un contexte de pression accrue sur le financement des États.
12. Renforcement du dispositif de lutte contre le blanchiment des capitaux
Le 1er juillet 2024, est entré en vigueur le règlement COBAC R-2023/01 du 19 décembre 2023, relatif aux diligences que doivent respecter les établissements assujettis en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Ce texte introduit des innovations importantes concernant la connaissance du client, la surveillance complémentaire des activités et la déclaration des opérations suspectes.

