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Banques et Finance

Benhel Boumba Tamane : « la titrisation peut aider les banques de la CEMAC à financer davantage l’économie »

Dans cet entretien accordé à EcoMatin en marge de l’Africa Capital Markets Forum de Brazzaville, Benhel Boumba Tamane, Directeur général adjoint en charge de la Transformation du groupe L’Archer, explique pourquoi la titrisation pourrait devenir un nouvel outil de financement pour les banques et le marché des capitaux en Afrique centrale.

Publiée mardi 2 juin 2026 à 17:36:16Modifiée mardi 2 juin 2026 à 18:01:07Temps de lecture 7 minPar Cedrick JIONGO

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Benhel Boumba Tamane, Directeur général adjoint en charge de la Transformation du groupe L’Archer

Lors de votre intervention à l’Africa Capital Markets Forum, vous avez évoqué la titrisation des crédits à la consommation. Concrètement, qu’est-ce que la titrisation ?

Une opération de titrisation consiste pour une banque à transférer des actifs, par exemple des crédits, à un véhicule spécialisé appelé fonds commun de titrisation. Ces actifs génèrent des flux financiers réguliers. Le véhicule transforme ensuite ces flux en titres financiers qui sont vendus à des investisseurs. En résumé, on transforme des créances en produits financiers négociables sur le marché.

Les crédits à la consommation sont des crédits accordés aux particuliers, généralement pour des besoins de trésorerie ou d’équipement. Dans notre environnement, ils sont souvent adossés à des salaires domiciliés dans les banques. Du point de vue financier, ce sont des actifs intéressants parce qu’ils génèrent des remboursements réguliers et relativement prévisibles.

Pourquoi les banques auraient-elles intérêt à titriser ces créances ?

La première raison, c’est le besoin de liquidité et de capacité de financement. Aujourd’hui, les banques de la CEMAC disposent globalement de 20 000 à 25 000 milliards FCFA de dépôts, dont près de 45 % sont concentrés au Cameroun. Mais environ 70 % de ces ressources sont des dépôts de court terme. Or on ne finance pas des infrastructures ou des projets industriels de long terme avec des ressources qui peuvent être retirées rapidement. La titrisation permet justement aux banques de transformer une partie de leurs créances en liquidités immédiates afin de continuer à financer l’économie.

Aujourd’hui, les banques de la CEMAC disposent globalement de 20 000 à 25 000 milliards FCFA de dépôts, dont près de 45 % sont concentrés au Cameroun.

Deuxième avantage, la banque libère du capital réglementaire. Lorsqu’une banque accorde un crédit, elle doit immobiliser une partie de ses fonds propres conformément aux règles prudentielles de la COBAC. En transférant ces actifs hors de son bilan, elle réduit cette contrainte.

Est-ce que toutes les créances peuvent être titrisées ?

Non. Les critères de sélection sont très importants. Une bonne titrisation repose sur des créances saines, capables de générer des flux réguliers. L’objectif n’est pas de se débarrasser d’actifs toxiques ou de créances douteuses. La CEMAC connaît déjà un niveau élevé de créances en souffrance. Cela impose une grande prudence dans le choix des portefeuilles à titriser.

Comment les investisseurs évaluent-ils le risque ?

Tout dépend de la qualité des créances et des garanties associées. Certaines créances sont garanties par des hypothèques, d’autres par des mécanismes de domiciliation de salaires ou des assurances. En fonction du niveau de risque, les titres sont structurés en plusieurs catégories avec des rendements différents. Les investisseurs prudents recherchent des actifs sûrs avec des rendements modérés. D’autres investisseurs acceptent davantage de risques en échange d’une rentabilité plus élevée.

Ce type de produit pourrait-il intéresser les investisseurs de la CEMAC ?

Oui, parce qu’aujourd’hui le marché régional offre surtout des titres publics. La titrisation permettrait de développer le segment privé du marché financier avec des titres adossés à des actifs réels et générateurs de revenus réguliers. Pour les investisseurs, les crédits à la consommation adossés à des salaires peuvent représenter des actifs à la fois réguliers, traçables et attractifs. C'est exactement le profil de rendement que recherchent les investisseurs institutionnels qui souhaitent diversifier leurs portefeuilles au-delà des titres publics.

Le cadre réglementaire existe-t-il déjà dans la CEMAC ?

Oui. Le règlement de 2022 encadrant le marché financier régional prévoit déjà les opérations de titrisation. Depuis mai 2024, des instructions complémentaires relatives aux fonds communs de titrisation sont également en vigueur. Le cadre réglementaire est donc disponible.

Pourtant, les opérations restent rares en Afrique centrale…

Effectivement. À proprement parler, nous n’avons pas encore vu de véritables opérations de titrisation structurées dans le cadre réglementaire de la COSUMAF. Il existe parfois des opérations qualifiées abusivement de titrisation, notamment autour de la dette publique, mais elles ne répondent pas toujours aux standards techniques de la titrisation financière.

À proprement parler, nous n’avons pas encore vu de véritables opérations de titrisation structurées dans le cadre réglementaire de la COSUMAF.

C'est précisément pour cette raison que des acteurs comme L'Archer s'impliquent dans la structuration de véritables opérations, conformes aux standards internationaux, capables de servir de modèle pour toute la région.

La titrisation est-elle déjà développée ailleurs dans le monde ?

Oui, très largement. Le marché américain de la titrisation représente environ 13 000 milliards de dollars. En Europe, il dépasse 1 300 milliards de dollars. En Afrique, certaines opérations ont déjà été réalisées, notamment par NSIA Banque ou Coris Bank en Afrique de l’Ouest. Cela montre que ces mécanismes peuvent fonctionner dans des économies africaines.

Pourquoi ce sujet devient-il stratégique aujourd’hui pour la CEMAC ?

Parce que les besoins de financement sont énormes. Selon plusieurs estimations, les besoins annuels de financement des infrastructures dans la sous-région atteignent environ 6 milliards de dollars par an sur les dix prochaines années. Or les banques ne peuvent pas porter seules ces financements longs sur leurs bilans.

Le marché américain de la titrisation représente environ 13 000 milliards de dollars. En Europe, il dépasse 1 300 milliards de dollars. En Afrique, certaines opérations ont déjà été réalisées, notamment en Afrique de l’Ouest.

La titrisation peut permettre de recycler les actifs bancaires, attirer de nouveaux investisseurs et développer le marché des capitaux de la CEMAC.

L'Archer prépare-t-il des opérations de ce type ?

Nous réfléchissons activement à ces sujets, parce que nous sommes convaincus que l'innovation financière sera le levier central du financement du développement en Afrique centrale. Le marché régional dispose aujourd'hui du cadre réglementaire nécessaire. Il faut désormais des acteurs capables de franchir le pas et de structurer les premières opérations de référence. C'est l'ambition que nous portons.

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