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Bourse africaine du cacao : un projet contrarié par les devises, les chiffres flous et les intérêts divergents

Alors que l’Afrique produit plus de 70 % du cacao mondial, les prix restent fixés à Londres et à New York. Une bourse régionale permettrait d’inverser la tendance, mais le manque de coordination entre producteurs complique l’équation.

Publiée jeudi 17 avril 2025 à 18:37:28Modifiée jeudi 17 avril 2025 à 18:37:28Temps de lecture 4 minPar Jean Omer Eyango

Des sacs de fèves de cacao de grade 1 et 2
Des sacs de fèves de cacao de grade 1 et 2

La 111e session du Conseil international du cacao (ICCO) qui vient de se tenir à Yaoundé, la capitale camerounaise, a servi de tribune pour relancer le plaidoyer en faveur de la mise en place d'une bourse africaine du cacao. Celle-ci serait portée par les principaux producteurs : la Côte d'Ivoire, le Ghana, le Nigeria et le Cameroun. Le projet, en gestation depuis au moins trois ans au sein de cette organisation faîtière regroupant pays producteurs et consommateurs, a connu une avancée notable à l’issue de ce conclave de quatre jours. Les participants ont notamment désigné Yaoundé pour abriter le projet pilote de cette place boursière.

Cette décision constitue une source de motivation pour les autorités camerounaises, qui ont inscrit la revalorisation du prix bord champ parmi leurs priorités. Si la fixation des prix du cacao depuis Londres ou New York fait l'objet de critiques depuis plusieurs décennies, c’est seulement depuis la session extraordinaire de l’ICCO à Montpellier, en décembre 2022, que son conseil a donné son feu vert pour lancer une étude sur la création d’une bourse africaine.

Mais trois ans après, rien de concret n’a encore été livré. Le projet stagne, freiné par plusieurs obstacles : multiplicité des monnaies, fiabilité douteuse des statistiques, manque de volonté politique et égoïsmes nationaux. Sur le volet monétaire, les quatre pays susmentionnés — qui représentent à eux seuls près de 80 % de la production mondiale — évoluent dans des cadres juridiques et monétaires distincts. « Il est extrêmement difficile de coordonner les choses dans de telles conditions », reconnaît Michel Arrion, directeur exécutif de l’ICCO. Faute d’un mécanisme assurant la convertibilité des monnaies, la marge de manœuvre reste étroite.

Lire aussi : Commerce extérieur : le Cameroun veut fournir 5% du cacao importé par le Japon d’ici 2027

Et pourtant, le cacao pourrait offrir « une belle occasion de démontrer la faisabilité des échanges régionaux entre l’Afrique centrale, l’Afrique de l’Ouest et d’autres régions du continent », estime le même responsable. Fixer les prix localement — en Fcfa, en naira ou en cedi — permettrait d’ancrer cet exercice dans les réalités des producteurs. « Si le producteur voit les prix se former dans son pays ou un pays voisin, il comprendra mieux leur construction », ajoute-t-il. À terme, cette bourse pourrait aussi « augmenter la part des producteurs dans la valeur globale du cacao ».

Mais la route reste semée d’embûches. L’autre grande faille concerne la production de statistiques agricoles crédibles. Quatrième fournisseur mondial avec environ 300 000 tonnes lors de la campagne 2024-2025, le Cameroun, par exemple, conteste la véracité des chiffres avancés par d'autres producteurs, notamment la Côte d'Ivoire. « Nous avons conclu que les statistiques publiées influencent le marché. Le modèle de prévision des récoltes doit être revu pour garantir des résultats scientifiquement solides, sans biais », soutient Michael Ndoping, directrice générale de l’Office national du cacao et du café (ONCC) du Cameroun.

Elle annonce d’ailleurs qu’une sous-commission réunissant 4 à 5 pays va être mise en place pour désigner des experts chargés d’élaborer un nouveau modèle de calcul des statistiques de production. « Aujourd’hui, les chiffres sont produits par des structures aux intérêts divergents. Nous voulons un système fiable, sinon nous continuerons à fausser la disponibilité des prix », déplore-t-elle.

Enfin, les égoïsmes nationaux constituent un frein majeur. Les pays producteurs peinent à parler d’une seule voix lorsqu’il s’agit de défendre leurs intérêts communs. Premier producteur mondial avec près de 1,8 million de tonnes, la Côte d’Ivoire a ainsi boudé la dernière édition du Cacao & Coffee Festival organisé par le Cameroun, alors qu’il devait justement y être question de l’avenir du cacao africain. Une absence remarquée, d’autant plus que cette rencontre intervenait à huit mois de l’entrée en vigueur du nouveau règlement européen sur la déforestation, qui pourrait entraîner le refoulement de certains stocks de cacao aux portes de l’Europe.

Lire aussi : Cacao : la Côte d’Ivoire prête à riposter aux tarifs douaniers américains

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