Il n’y a pas eu de miracle en 2025 à la Bourse des valeurs mobilière d’Afrique centrale (BVMAC). Malgré les nombreuses annonces relatives à l’entrée en Bourse de nouvelles sociétés, le compartiment actions est resté figé à six valeurs, pour une capitalisation boursière globale de 477,74 milliards FCFA et flottante de 69,56 milliards FCFA au 31 décembre 2025. Avec ce niveau, la BVMAC demeure solidement ancrée dans le peloton de queue des places boursières africaines, loin derrière la BRVM, sa jumelle de l’UEMOA, qui a clôturé l’année avec une capitalisation de 13 330,71 milliards FCFA.
Autre signal préoccupant, la liquidité du marché, c’est-à-dire la capacité des investisseurs à céder leurs titres sur le marché secondaire sans difficulté. Indicateur clé de l’attractivité d’une place financière, cette liquidité s’est encore dégradée en 2025, marquée par la multiplication de carnets d’ordres sans contrepartie, tant sur les actions que sur les obligations. Résultats des courses, la valeur globale des transactions a reculé de 20,5 %, pour s’établir à 13 917,48 milliards FCFA. Le marché obligataire n’a pas échappé à cette morosité, avec un encours des dettes cotées en baisse de 12,44 %.
Pour autant, tout n’a pas été sombre. Des signaux d’embellie ont émergé sur le compartiment actions au cours de l’année, et les introductions en Bourse attendues, notamment celle de BGFIBank, pourraient enfin insuffler le dynamisme tant espéré à la place boursière régionale.
+13% pour le marché actions
Après un début d’année hésitant, le marché actions de la BVMAC a nettement redressé la barre en 2025. L’indice composite BVMAC-ASI, tombé à 912,25 points fin mars après une contraction continue depuis décembre 2024, a entamé une phase de reprise progressive à partir du deuxième trimestre. Cette dynamique s’est accélérée au second semestre, permettant à l’indice de franchir à nouveau le seuil symbolique des 1 000 points dès septembre, avant de clôturer l’année à 1 074,33 points. Sur l’ensemble de l’exercice, le BVMAC-ASI affiche ainsi une progression annuelle d’environ 13 %.

Cette performance repose principalement sur la bonne tenue de certaines valeurs agro-industrielles et financières. Socapalm, qui concentre à elle seule près de 57 % du flottant a été le principal moteur de l’indice avec une appréciation régulière de son cours, passé de 46 000 FCFA à fin décembre 2024 à 50 000 FCFA (+8,70%) un an plus tard, soutenue par de bonnes performances opérationnelles. Derrière Socapalm, Bange Bank s’impose comme le deuxième pilier du marché, avec 11,4 milliards FCFA de capitalisation flottante, soit 16,4 % du total. La banque équato-guinéenne a enregistré une revalorisation significative (10,03%) en fin d’année, contribuant positivement à la dynamique globale de l’indice.
Safacam, l’autre filiale du Luxembourgeois Socfin, affiche également une progression marquée en fin d’année (+14,07%), culminant à 30 000 FCFA en décembre après une phase de volatilité au premier semestre. Plus stable, SEMC, a connu un ajustement haussier notable à mi-année, avant de se stabiliser autour de 49 000 FCFA. SCG-Ré a évolué dans une quasi-stagnation(+2,3%), tandis que La Régionale a replié de -1,18% reflétant un manque de catalyseurs boursiers et un faible volume d’échanges. En matière de plus-value donc, les investisseurs de la BVMAC n’ont pas été gâtés, alors que chez leurs voisins de la BRVM, l’indice composite a enregistré une performance annuelle de +25,26% offrant des primes plus attrayantes.

SCG-Ré en taille patron sur la liquidité
L'un des indicateurs les moins encourageants de l'année 2025 a été la baisse des transactions. Selon les données compilées par EcoMatin, sur la base des bulletins de la cote publiés quotidiennement, la valeur totale des titres échangées en 2025 est de 13 917,82 milliards FCFA, en baisse de 20,56% sur un an glissant. Sur le compartiment actions, la valeur cumulée des transactions atteint 703,6 millions FCFA, en hausse de 13,1 % par rapport à 2024.

La liquidité s’est en effet fortement concentrée autour de SCG-Ré, qui capte à elle seule 32,95 % de la valeur totale des échanges, soit 231,9 millions FCFA, portée par une explosion des volumes échangés (+363 %) sur l’année. Socapalm, pourtant poids lourd du marché, ne représente que 22,4 % des transactions, avec 157,8 millions FCFA échangés, en repli de plus de 27 % sur un an. Safacam suit avec 18,8 % des échanges, tandis que SEMC concentre 12,2 %. À l’inverse, La Régionale Bank et Bange affichent une contraction marquée de leur activité, leur contribution combinée ne dépassant pas 13,6 % des échanges totaux.
99 milliards FCFA d’intérêts sur les titres de créance
Sur le compartiment obligataire, la liquidité apparaît plus soutenue en valeur absolue, mais reste elle aussi fortement concentrée. En 2025, les transactions obligataires totalisent 13,21 milliards FCFA, pour un encours global dépassant 1 305 milliards FCFA, ce qui souligne un faible taux de rotation des titres. Les échanges sont dominés par les émissions de la BDEAC, qui concentrent plus de 53 % des volumes échangés, suivies par les titres de l’État du Gabon, très présents en encours mais faiblement animés sur le marché secondaire.
En terme physionomie, le marché obligataire de la BVMAC a reculé en 2025 sous l’effet des amortissements. L’encours total est passé de 1 490,8 milliards FCFA fin 2024 à 1 305,3 milliards FCFA au 31 décembre 2025, malgré l’admission de nouvelles lignes, notamment celles d’Alios Finance, de la SNPC, de l’État du Gabon (multi-tranches) et d’ACEP Cameroun.

Malgré la baisse des encours, le marché est resté attractif pour les investisseurs. Selon nos calculs, les intérêts versés ont atteint 99,7 milliards FCFA en 2025, contre 77,2 milliards FCFA en 2024, portés par le poids des emprunts souverains et régionaux. Sauf erreur de notre part, plus de 309 milliards FCFA de principal ont, en revanche, été amortis sur l’année, ce qui explique le recul global de l’encours.
Une année 2026 optimiste mais…
L’année 2026 pourrait marquer un tournant pour le marché actions de la BVMAC. Plusieurs signaux, encore fragiles, plaident en faveur d’un regain d’activité. Le principal reste l’introduction attendue de BGFI Holding Corporation, acteur majeur du secteur financier régional, qui a engagé un appel public à l’épargne et devrait franchir le pas de la cote cette année. L’arrivée d’un émetteur de cette envergure aurait un effet mécanique sur la capitalisation du marché et pourrait améliorer la visibilité et l’attractivité de la place boursière régionale.
À cette opération s’ajoute le projet d’introduction de La Renaprov, institution de microfinance camerounaise, ce qui porterait à au moins deux le nombre de nouvelles valeurs susceptibles d’être admises à la cote en 2026. D’autres dossiers restent à l’état de perspective, notamment Zenithe Assurances, Samba Assurances et Commercial Bank Cameroon (CBC), dont les actionnaires majoritaires ont exprimé leur intention d’ouvrir le capital, sans calendrier formel à ce stade.
En parallèle, la BVMAC dispose d’un vivier théorique de 15 entreprises publiques destinées à être introduites en bourse. Le processus progresse toutefois lentement depuis plus de trois ans, sans visibilité claire. Pourtant, certaines de ces entités, à l’image du Port autonome de Douala (PAD) ou de Sodecoton, disposent d’un potentiel significatif pour drainer l’épargne et stimuler les échanges sur le marché secondaire. L’un des enjeux majeurs pour la place sera donc d’intensifier la coordination avec les États actionnaires afin d’accélérer ces introductions.
Au-delà de l’offre de titres, le second défi reste l’élargissement de la base des investisseurs. La BVMAC s’est fixé pour objectif d’atteindre 100 000 comptes titres d’ici fin 2026, contre environ 8 500 à fin 2023. Pour y parvenir, plusieurs leviers sont envisagés : diversification des canaux d’accès à la bourse, notamment via le Mobile Money, fractionnement de la valeur faciale des titres afin de les rendre accessibles aux petits épargnants, et création d’un compartiment hors-cote dédié aux échanges de titres non cotés, issus du marché monétaire ou du capital-investissement.
Les perspectives apparaissent en revanche plus contraintes sur le segment obligataire. Comme en 2025, un repli des encours n’est pas à exclure. Les États, principaux émetteurs, pourraient privilégier les financements extérieurs face à la saturation progressive du marché régional. Historiquement, les émissions souveraines de la CEMAC sont absorbées en grande partie par les banques commerciales, ce qui a conduit à une forte concentration de leurs portefeuilles en titres publics.

