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Cacao : le plan d’Abidjan pour briser le monopole des négociants internationaux sur le marché ivoirien

La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, entend réduire l’emprise des négociants internationaux sur ses exportations. Le gouvernement ivoirien prévoit de contourner les intermédiaires pour permettre aux producteurs locaux de vendre directement aux chocolatiers. Décryptage.

Publiée vendredi 13 mars 2026 à 14:39:52Modifiée vendredi 13 mars 2026 à 14:39:52Temps de lecture 4 minPar Vicky BAGAL

La Côte d'Ivoire envisage une réforme de son système de commercialisation du cacao

La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, veut changer les règles du jeu. Pour mettre fin à une dépendance jugée excessive vis-à-vis des multinationales, qui contrôlent actuellement 80 % des flux, le gouvernement ivoirien envisage une refonte profonde de son système de vente de son or brun. Rapportant des sources bien introduites, Reuters annonce que le pays prépare un virage radical de sa filière par un auto-affranchissement des négociants traditionnels favorisant l'émergence d'exportateurs ivoiriens.

Lire aussi : Côte d’Ivoire : les négociants gèlent les achats de cacao pour obtenir une baisse des prix

« La réforme devrait se concentrer sur deux objectifs : la vente directe de cacao aux chocolatiers afin de réduire l’influence des négociants et le développement d’acteurs locaux plus puissants et plus efficaces afin de créer une concurrence saine avec les multinationales », a déclaré Ismaël Koné, membre du conseil consultatif du régulateur ivoirien (CCC) et directeur général d'Ecorigine, à l’agence britannique.

Cette initiative du gouvernement ivoirien résulte de la crise de cacao qui secoue la filière depuis le lancement de la campagne 2025/26 et qui a entraîné une accumulation de fèves invendues à l'intérieur du pays. En effet, les négociants internationaux ont significativement réduit leurs achats aux ports de ce pays d'Afrique de l'Ouest, provoquant un surstockage de près de 200 000 tonnes de cacao dans les entrepôts ivoiriens et privant les agriculteurs d’une rémunération vitale. Pourtant, la filière cacao constitue l'épine dorsale de l'économie rurale et représente environ 1,2 million de producteurs, soit près de 8 millions d’ivoiriens dépendant de cette activité.

Tarification

Ce gel, les intermédiaires multinationaux l’ont adossé à une tarification « déconnectée à la réalité du marché ». En octobre dernier, la Côte d'Ivoire avait relevé le prix d'achat du cacao aux producteurs à 2 800 FCFA (4,9 Usd) le kilogramme, un niveau nettement supérieur aux cours mondiaux actuels (environ 3,28 Usd). Un déphasage qui entraîne des pertes importantes pour les négociants internationaux sur leurs achats de cacao dans le pays.

Pour dégorger ses stocks, le gouvernement ivoirien a mis en œuvre plus d’une action notamment : le rachat de plus de 100 000 tonnes de cacao invendu pour un coût estimé à environ 500 millions USD ; la réorganisation exclusive de son calendrier commercial pour la campagne en cours et une réduction de près de 60% du prix producteur à 1 200 FCFA/kg. La nouvelle réforme envisagée devrait permettre de lutter contre la surproduction et aligner davantage les prix producteurs (fixés par le gouvernement) sur les prix internationaux.

Lire aussi : Crise du cacao : la Côte d'Ivoire réduit de près de 60% le prix d'achat aux producteurs

« Nous avons une idée claire et précise de ce que nous allons faire avec nos systèmes de marketing externe et interne […] Nous devons être plus réactifs et réalistes dans un marché extrêmement volatil », a déclaré la source gouvernementale anonyme évoquée par Reuters.

Toutefois, cette volonté de rupture se heurte au scepticisme de nombreux experts du marché, qui jugent l'initiative gouvernementale risquée. Les analystes présentent les négociants internationaux comme des maillons logistiques incontournables, seuls capables d'assurer le flux complexe des fèves depuis les zones rurales reculées jusqu'aux chocolatiers d'Europe et d'Amérique du Nord (Cargil, Barry Callebaut…). Pour ces observateurs, les difficultés actuelles de la Côte d'Ivoire s'estomperont naturellement dès que la demande globale de chocolat retrouvera de la vigueur.

Lire aussi : La Côte d’Ivoire fait face à un empilement inhabituel de cacao dans ses centres d'exportation

L'issue de cette réforme dépendra donc de la capacité du pays, dont la production de cacao est attendue à 1,78 million de tonnes, à structurer ses propres circuits de distribution, mais surtout du rebond d'une demande internationale capable de redonner de l'air à l'ensemble du secteur.

Lire aussi : Cacao : la Côte d’Ivoire relève le prix bord champ à 2 800 FCFA/kg, un record historique

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