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Conjoncture

Cacao : le retour de la menace El Niño ravive les craintes d’une nouvelle crise mondiale

Alors que les prix du cacao s’étaient stabilisés après les records de 2024, le retour probable de ce phénomène climatique mondial menace de redistribuer les cartes. Les grands pays producteurs africains tels que la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Cameroun sont en première ligne, et les marchés commencent à intégrer le risque.

Publiée mercredi 3 juin 2026 à 15:42:12Modifiée mercredi 3 juin 2026 à 15:42:14Temps de lecture 5 minPar Vicky BAGAL

Cacao
Un producteur ivoirien palpe une cabosse de cacao mature © DR

Après les sommets historiques d’avril 2024, où les contrats à terme sur le cacao avaient dépassé les 12 000 dollars, les marchés avaient soufflé. Les prix s’étaient détendus, retombant autour de 3 659 dollars la tonne. Mais cette accalmie pourrait être de courte durée. L’apparition probable d’un épisode El Niño, un phénomène climatique mondial qui se caractérise par un réchauffement anormal des eaux de surface de l'océan Pacifique, replonge le marché dans l’incertitude et ravive les craintes d’une nouvelle crise d’approvisionnement.

Une menace climatique à 90 %

D’après le bulletin Info-Niño/Niña publié le 1er juin par l’Organisation Météorologique Mondiale, la probabilité qu’un épisode El Niño se développe entre juin et août 2026 est estimée à 80 %, avec 90 % de chances qu’il persiste jusqu’en novembre au moins. « Le mécanisme est redouté des producteurs car un réchauffement des eaux du Pacifique entraîne une perturbation des précipitations et des sécheresses prolongées en Afrique de l’Ouest, une région qui concentre l’essentiel de la production mondiale de cacao, répartie entre la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Cameroun et le Nigeria », explique l’OMM.

Lire aussi : Cacao : les cours mondiaux repartent à la hausse sans impact sur le revenu des producteurs camerounais

Sur le terrain, les signaux d’alerte se multiplient déjà. Le Conseil Café-Cacao ivoirien (CCC) note « une certaine fragilité dans le développement de la mi-récolte » après des températures anormalement élevées entre janvier et mai. Face à cette incertitude, la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, a pris une décision stratégique, celle de délibérément freiner ses ventes alors que les contrats à terme pour la campagne 2026-2027 avaient déjà atteint entre 950 000 et 1 million de tonnes.

Lire aussi : Cameroun : la pourriture noire des cabosses inquiète les planteurs de cacao du Sud-Ouest


« Si El Niño intervient comme prévu en juin et juillet, il sera difficile d’assurer les contrats à terme […] Nous avons préféré ralentir et être prudents. Nous vendons de moins en moins », confie une source au sein de l’institution au micro de l’agence d’information britannique Reuters.

Les industriels en alerte

Du côté des transformateurs, l’inquiétude est partagée. Barry Callebaut, l’un des leaders mondiaux de la transformation du cacao avec des filiales au Cameroun (Sic Cacaos) et en Côte d’Ivoire (SACO), surveille la situation de près. Son Président directeur général, Hein Schumacher n’exclut pas une hausse des prix « de quelques milliers de livres par tonne métrique » si El Niño se confirme, tout en précisant que les prix ne devraient pas retrouver les niveaux extrêmes de 2024.

Lire aussi : Cacao : l’américain Cargill débranche ses usines en Côte d’Ivoire en raison de la mauvaise qualité des fèves

« D’ici fin juin et juillet, on sait à peu près ce que cela va conduire », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse le 2 juin dernier, évoquant des précipitations bien supérieures à la normale en Équateur et des températures particulièrement élevées en Afrique de l’Ouest.

Des vulnérabilités qui dépassent le climat

El Niño n’est pourtant pas le seul facteur de risque. La guerre en Iran a perturbé les flux d’engrais via le Détroit d’Ormuz, qui concentre environ un tiers du commerce mondial de fertilisants, faisant flamber les prix des intrants agricoles. Or les plantations ivoiriennes, ghanéennes et camerounaises sont déjà fragilisées par le vieillissement et les maladies. « Le vrai problème, c’est le manque de fertilisants et de traitements », souligne la source du Conseil Café-Cacao ivoirien (CCC).

Lire aussi : Moyen-Orient : inquiétudes à l'OMC face à la double menace des engrais

De son côté, le Cameroun redoute également l’impact direct de cette situation sur sa politique agricole, sous l’effet des tensions au Moyen-Orient. « Les perturbations sur l’offre mondiale d’engrais du fait du blocage du détroit d’Ormuz devraient renchérir la facture des importations et, par conséquent, les prix domestiques. Ce qui devrait impacter la production agricole », alerte le ministère des Finances dans une note récente sur les implications économiques du conflit iranien pour le Cameroun.

Les premières données sur l’intensité d’El Niño attendues d’ici juillet devraient permettre aux opérateurs de mieux calibrer leurs positions. En attendant, l’équation reste ouverte et le marché mondial du cacao aborde la nouvelle campagne avec plus d’inconnues que de certitudes.

Lire aussi : La Côte d’Ivoire fait face à un empilement inhabituel de cacao dans ses centres d'exportation

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