Depuis bientôt 2 ans, le prix mondial du cacao se maintien au plus haut niveau. Après une hausse record de 210% à 6 292 $ US la tonne à New York, annoncé quelque temps après le lancement de la campagne 2023/2024 par le quotidien libéral américain Washington Post, le cours de l’or brun refuse de redescendre. Depuis lors, sa valeur la plus basse a été de 6 055$/t et la plus élevée, 12 183 $/t. Une tendance haussière qui devrait profiter aux premiers producteurs et exportateurs mondiaux que sont la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigéria et le Cameroun, qui représentent ensemble 3/4 de la production mondiale. Pourtant à date, la hausse structurelle des prix du cacao n’a pas encore créé de manne économique majeure pour ces économies ouest-africaines, contrairement au Cameroun.
Selon une récente étude de Fitch Solutions, un démembrement du groupe Fitch, les producteurs de cacao ouest-africains ne verront que des gains économiques limités dans un contexte où les prix mondiaux du cacao sont continuellement plus élevés. « Alors que les cours internationaux du cacao resteront structurellement plus élevés dans les années à venir, nous pensons que les producteurs ouest-africains n’en tireront pas tous les bénéfices », peut-on lire. Les raisons évoquées par la filiale de l’agence américaine sont entre autres le régime de fixations des prix et les modalités de commercialisation intérieure du produit plus stricte en Côte d’Ivoire et au Ghana qu’au Cameroun.
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En effet, ces deux pays d’Afrique de l’Ouest fixent les prix à la production par l’intermédiaire d’offices de commercialisation gérés par le gouvernement sur la base d’une mesure gouvernementale détachée de l’évolution réelle du marché. En Côte d’Ivoire par exemple, c’est le Conseil du café et du cacao qui établit le régime de fixation des prix basé sur un pourcentage dérivé du prix mondial, réévalué tous les six mois et une base stable de 1,15$/kg. Au Cameroun, l’Office national du cacao et du café (ONCC) évalue les prix à l’export du cacao suivant la tendance mondiale. La valeur du cacao camerounais varie donc avec une actualisation en temps réel. Toute chose qui a permis au pays de tripler les revenus d’exportation de son cacao de 488,8 milliards à 1 410,8 milliards FCFA d’une campagne à l’autre, pour tout juste 192 012 tonnes de fèves exportées.
Pour ce qui est de la rémunération, le CCC prévoit que 60% des prix à l’exportation soit versé aux planteurs, contre 80% au Cameroun. De fait, si les prix à l’exportation ont considérablement évolué au cours de la campagne 2024/2025, passant de 1 500FCFA/Kg à 2 100FCFA/Kg, la part du cacaoculteur ivoirien sera bien en dessous de la moyenne mondiale. « Par conséquent, bien que les producteurs de cacao de Côte d’Ivoire et du Ghana voient leurs revenus s’améliorer, il est peu probable qu’ils profitent pleinement de la hausse des prix élevés du marché, ce qui limite l’impact plus large sur la consommation des ménages et la demande intérieure », peut-on lire. Pourtant au Cameroun, les cours ont cru sans cesse, franchissant plus d’une fois la barre des 6 000FCFA/Kg ; permettant aux agriculteurs camerounais ont de percevoir une rémunération globale de 1 200 milliards FCFA au cours de cette seule campagne.
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Pour ce qui est des modalités de commercialisation interne, le système de préventes pratiqué en Côte d’Ivoire et au Ghana n’avantage pas plus ces deux pays. Les intermédiaires collectent les productions et vont les revendre aux négociant avant de redistribuer les retombées. Tandis qu’au Cameroun, la commercialisation est plus libéralisée. Chaque producteur traite directement avec les négociants grâce aux ventes aux enchères organisées par le ministre Camerounais du Commerce (MinCommerce) dans les centres d’excellence. Ainsi, les négociants renchérissent pour obtenir les fèves mises en vente par les APO (organisations de producteurs agricoles).
Contrebande et transformation
Pour Fitch Solutions, un autre facteur de la faible entrée de revenus dans le secteur du cacao est la contrebande de cette matière première. En effet, non content de la faible rémunération que propose le gouvernement, des « cartels » de cacao se sont formés en Côte d’Ivoire et écoulent près de 20% de la production nationale chaque année selon le CCC, soit environ 300 000 tonnes, une situation qui est annoncée continuelle. Les destinations du cacao ivoirien de contrebande sont le Liberia, la Guinée, la Sierra Leone et le Togo. « Comme les agriculteurs ivoiriens et ghanéens pourront accéder à des prix plus élevés dans les pays voisins qui n’ont pas de prix fixés par le gouvernement nous prévoyons que l’activité de contrebande s’intensifiera. Ces pays voisins [suscités] enregistrent déjà des augmentations substantielles des exportations qui ne peuvent pas être expliquées uniquement par les mouvements de prix », souligne Fitch Solutions.
Cependant, son homologue d’Afrique centrale n’en est pas épargné. Selon le Mincommerce, ce trafic est évalué à environ 30 000 à 60 000 tonnes de cacao ainsi exportées illégalement vers le Nigéria chaque année. Pour le seul exercice 2022-2023 les pertes pour l’État du Cameroun sont annoncées à hauteur de 70 milliards de FCFA.
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Pour finir, chacun des principaux pays producteurs de cacao souffrent de l’absence de valeur ajoutée par le faible niveau de transformation locale qui atténue considérablement l’impact économique des prix élevés du cacao. Bien qu’elle soit la plus grande région productrice de cacao au monde, l’Afrique de l’Ouest ne transforme qu’une petite partie de ses fèves en produits à plus forte valeur ajoutée. En 2024, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria et le Cameroun se classaient collectivement au 27e rang des exportations mondiales de chocolat, ne représentant que 0,6 % du total de chocolat produit (BMI, 2024). Ces pays transforment localement 20% ; 19% ; 22% et 35% de leur production respective. « La capacité de transformation limitée affaiblit la transmission des prix élevés du cacao à la création d’emplois et empêche les liens avec d’autres secteurs (tels que l’emballage, la logistique, le marketing et la construction), ce qui affaiblit l’effet d’entraînement sur l’économie au sens large », explique Fitch.
Pour rappel, la flambée du cours du cacao est adossée en grande partie aux perturbations de l’approvisionnement liées au climat en Afrique de l’Ouest, qui ont entraîné trois années consécutives de déficits mondiaux de cacao. Au cours des 7 premiers mois de l’année en cours, les prix se sont établis en moyenne à 8 900 USD/tonne, soit plus du triple de la moyenne de 2 500 USD/tonne affichée entre 2005 et 2023. Toutefois, Fitch Solutions projette une baisse des prix à une moyenne de 6 900 USD/tonne entre 2026 et 2030 due au redressement progressif des stocks mondiaux.
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