Le Cameroun, premier pays exportateur de cacao en zone Cemac avec 185 613 tonnes de fèves exportés sur une production globale évaluée à 266 725 tonnes lors de la précédente campagne agricole (2023/2024), multiplie des astuces pour s’arrimer à la norme de l’Union Européenne visant à lutter contre la déforestation et la dégradation des forêts. En effet, le 8 octobre dernier en Allemagne, le ministre camerounais de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), Alamine Ousmane Mey, a signé un mémorandum d’entente conjointement avec Anneliese Dodds, ministre britannique du Développement international et le ministre du gouvernement fédéral allemand chargé de l’aide au développement économique. C’était lors de la Conférence sur le développement durable qui se tient à Hambourg.
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À travers ce partenariat, le gouvernement camerounais s’engage à poursuivre l’implémentation des politiques visant à lutter contre la déforestation et à préserver la biodiversité du pays dans le cadre de l'Initiative pour les forêts de l'Afrique centrale (CAFI), lancée lors du Sommet des Nations Unies pour le développement durable en septembre 2015. Le membre du gouvernement camerounais était accompagné de ses homologues de l'Environnement, de la protection de la nature et du développement durable (Minepded), Hele Pierre et Lejeune Mbella Mbella, ministre des Relations extérieurs (Minrex).
Concrètement, il s’agit du renouvellement de la « lettre d'intention Cameroon-CAFI », signée en 2015. Révisée pour 10 ans supplémentaires, soit sur la période 2025-2035, cette dernière comporte une promesse de financement d’envergure. Selon les informations d’Ecomatin, les autorités européennes souhaitent mobiliser 2,5 milliards de dollars (soit environ 1 499,2 milliards de Fcfa), sur les dix prochaines années et des mesures visant à réconcilier prospérité économique et la protection des forêts en faveur du Cameroun. Cette enveloppe, explique une source, va aider des millions de petits producteurs de cacao à cultiver sans déforestation. Ainsi, poursuit-elle, 30 millions d'hectares de forêts riches en biodiversité pourraient être protéger dans le pays classé 5e producteur mondial de cacao et grand producteur de café. Les mécanismes pour la mobilisation de ces fonds n’ont pas été indiqués.
Au Cameroun, le premier projet à grande échelle du partenariat Cameroun-CAFI a été approuvé en juin dernier à Oslo, Norvège. Il s’agit d’un projet de 20 millions de dollars (près de 12 milliards de Fcfa), approuvé pour soutenir la transition vers des pratiques agroécologiques sans déforestation. Celui-ci sera mis en œuvre par le Fonds international de développement agricole (FIDA) pour soutenir le Fonds de développement du café et du cacao du Cameroun (Fodecc) au cours des trois prochaines années, et sera complété par d'importantes ressources nationales et un financement de l'Union européenne.
Un supplément à la plateforme de traçabilité des plantations
Cependant, cette annonce survient quelques mois après que les négociants camerounais ont affiné leurs stratégies pour conserver l'accès du cacao camerounais au marché européen. A cet effet, on se souvient qu’en aout dernier, l'Association Camerounaise du Cacao et du Café a conclu des accords avec cinq négociants de cacao, afin de déployer une plateforme de traçabilité des plantations, gérée par le Conseil Interprofessionnel du Cacao et du Café du Cameroun (Cicc). Cette initiative vise à garantir la conformité avec les futures réglementations européennes, qui exigent que les produits exportés vers l'UE ne proviennent pas de terres déboisées ou dégradées après le 31 décembre 2020. La plateforme permettra aux acheteurs européens de vérifier les coordonnées des plantations. Dans le pays, les exportateurs impliqués dans ce projet sont notamment Telcar Cocoa, Ofi Cam (une filiale d'Olam International), Neo Industry, Atlantic Cocoa Corporation, Sic-Cacaos et le Fonds de Développement des Filières Cacao et Café (Fodecc).'
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Rappelons que le CAFI vole au secours de cinq des six pays membres de la zone Cemac que sont le Cameroun, la République centrafricaine, la Guinée équatoriale, le Gabon et la République du Congo, à lutter contre la déforestation de masse et à préserver leur biodiversité a l’exception du Tchad. A ceux-ci s’ajoute la République démocratique du Congo. Depuis 2015, l’Organisation internationale revendique un portefeuille d’engagements de 892,5millions de dollars (soit plus de 530 milliards de Fcfa), dont 550,6 millions de dollars (plus de 330,1 milliards de Fcfa) transférés aux Etats pour la réalisation de 46 projets approuvés dans le cadre de la réduction des émissions provenant du déboisement et de la dégradation des forêts. Il est par ailleurs révélé qu’entre 2015 et 2020, 2 millions d’hectares de forêts tropicale d’Afrique centrale ont été perdus et 1,5 millions d’hectares dégradés.

