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Cameroun : 3500 milliards de prêts toujours non consommés

Lenteurs administratives, faible maturation des projets, manque de suivi évaluation… sont entre autres raisons qui bloquent le décaissement des lignes de crédits mis à disposition par les bailleurs de fonds.

A fin septembre 2020, les Soldes engagés par les bailleurs de fonds en direction du Cameroun, mais non décaissés (SEND’s), sont évalués à 3449,6 milliards de FCFA. Selon la Caisse autonome d’amortissement (CAA),  l’organisme public du Cameroun en charge de la gestion de la dette publique, ces soldes sont issus uniquement des engagements envers les créanciers extérieurs, ceux sur ressources intérieures ayant été totalement décaissés au cours du mois de juillet 2020. Sur la composition, il s’agit de 54% de prêts provenant des conventions de financement signées avec les bailleurs de fonds multilatéraux, 28,5% des financements issus de la coopération bilatérale, dont 761,4 milliards de FCFA à décaisser auprès de la Chine (77,5% des SEND’s bilatéraux et 22,1% des SEND’s totaux) ; et 17,5% de prêts commerciaux, dont un total de 170 milliards de FCFA à décaisser auprès de  l’Industrial and Commercial Bank of China (ICBC). « Suivant l’hypothèse d’exécution des projets bénéficiaires conformément au plan de décaissement, ces SEND’s seront totalement tirés d’ici 2025 » indique la CAA.

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Goulots d’étranglements

Si ces engagements financiers pris sous forme d’emprunts, mais encore non-décaissés par les bailleurs de fonds ne représentent pas encore à proprement parler une dette pour le Cameroun, il n’en demeure pas moins qu’ils constituent des opportunités  perdues le développement infrastructurel. Pour mieux comprendre, il faudrait savoir que les SEND’s désignent dans le cadre des projets/programmes d’investissement publics, des engagements financiers pris sous forme d’emprunts futurs, disponibles sur des lignes de crédit auprès des Bailleurs de fonds, mais non encore transférés dans les comptes des projets/programmes au niveau national. Ces ressources sont mises à la disposition des projets/programmes progressivement, en fonction de leur exécution. Selon la CAA plusieurs facteurs freinent l’avancé de ces projets. « La mobilisation difficile des fonds de contrepartie, les lenteurs administratives dans les procédures d’expropriation et d’indemnisation des personnes victimes des pertes de bien, la maitrise limitée des procédures nationales et celles des bailleurs de fonds par les porteurs de projet, les problèmes en matière de contractualisation (lenteur dans la passation des marchés, le suivi-évaluation limité des phases d’exécution des projets et l’absence d’un mécanisme coercitif en cas de non atteinte des objectifs et les capacités limitées en ressources humaines des Unités d’exécution des Projets » indique l’organisme public.

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L’équation de la maturation

Pourtant, ces goulots d’étranglements ne sont pas insurmontables. La CAA, propose des mesures de mitigation qui devraient être adoptés par l’Etat pour accélérer le rythme de décaissement de ces emprunts et par conséquent l’exécution des projets programmes. Il s’agit par exemple de la relance permanente des acteurs intervenant dans la programmation, la budgétisation et le paiement à bonne date des Fonds de Contrepartie nécessaires non seulement pour le fonctionnement efficient de l’Unité d’Exécution du Projet, mais aussi du paiement des indemnisations des populations. A cela s’ajoute l’accélération des procédures de passations des marchés et le control et la sélection rigoureuse des Maitres d’œuvres, indispensables pour assurer une meilleure planification des travaux et leurs exécutions dans les délais visés.

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De son côté, le gouvernement n’est pas resté insensible à ce phénomène qui freine l’exécution des grands projets d’investissement public. Plusieurs réformes ont été menées dans le cadre de la mise en œuvre du Programme Economique et Financier conclu avec le Fonds Monétaire International pour la période 2017-2019. L’une des principale retombée est sans doute la mise sur pied du comité technique interministériel d’experts chargés de l’examen des dossiers de maturité des projets d’investissement public. Son rôle, s’assurer de la qualité et de l’exhaustivité des éléments de maturité de tous les projets d’investissement public, dont le coût est supérieur ou égal à 100 millions de FCFA. Il examine également et émet un avis technique sur les éléments de maturité des projets soumis au financement de l’Etat. Cette instance se prononce également sur la délivrance ou non du « Visa de maturité » des projets examinés. Dans sa nouvelle démarche de maturation des projets, le gouvernement a par ailleurs bénéficié d’un appui de la Banque mondiale pour la réalisation d’une étude sur la mise en place d’un fonds de maturation des projets. L’institution de Bretton Wood a même débloqué un montant de 655 millions de FCFA pour le financement de ce fonds.

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Banque Africaine de Développement : du plomb dans l’aile des prêts projets

En mars 2020, près de 23 projets au Cameroun avaient déjà bénéficié des financements de la Banque Africaine de développement (BAD), soit 14 projets nationaux, 5 projets régionaux et 4 projets du secteur privé. Parmi les projets réalisés avec cette institution financière, l’on peut citer le corridor Yaoundé-Brazzaville, la construction du pont sur le Ntem, le projet de dorsale à fibre optique et le câble sous-marin mis en eau à Kribi entres autres. Des projets d’envergure, qui font de la BAD un partenaire de choix pour. Cependant, l’un des défis majeurs des engagements de cette institution reste celui du décaissement des fonds. Avec 638,6 milliards de FCFA de soldes engagés non décaissés, le Groupe de la Banque Africaine de développement (FAD et BAD) dispose du plus gros portefeuille de ces prêts au Cameroun, soit 18,6% de la totalité des SEND’s, et 34,3% des SEND’s multilatéraux.

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Le 02 mars dernier, une délégation de la BAD avait été reçue par le ministre camerounais de l’économie pour s’enquérir des problèmes auxquels font face les projets qu’ils financent au Cameroun. Si la plupart des goulets d’étranglement sont imputables au Cameroun, il n’en demeure pas moins que l’institution panafricaine y a une part de responsabilité. Elle est souvent accusée de souplesse dans l’octroi des financements aux pays africains. En février dernier, le président de la Banque Mondiale, David Malpass pointait la responsabilité de la BAD dans l’aggravement de la dette du continent. Ceci dû à la « tendance à octroyer trop facilement des prêts ». Lors de la 55e assemblée annuelle de la BAD, les administrateurs ont engagés l’institution à jouer davantage son rôle pour la garantie de la discipline économique et financière des Etats africains. Un défi qu’entend relever Akinwumi Adesina et son équipe au cours de son nouveau mandat.

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