Le ministre des Travaux publics (MINTP) du Cameroun, Emmanuel Nganou Djoumessi, a lancé le 19 décembre 2025 un appel d’offres en « procédure d’urgence » pour la construction de trois ponts à structure métallique encore appelé ‘’Acrow’’, représentant un investissement global de 4,8 milliards FCFA. Financé par le Budget d’investissement public(BIP) du MINTP, ce projet se décline en trois lots distincts.
Le premier lot concerne la région du Nord, avec l'installation sur la Nationale n°13 d'un ouvrage de 103,194 mètres linéaires sur la Mayo Lidi, pour un montant de 1,712 milliard FCFA et un délai de 24 mois. Le deuxième lot vise la région du Centre, plus précisément sur l’itinéraire Bot Makak-Bissombe-Nkoumissié Sud-Nguibassal, où un pont de 30,334mètres linéaires sera érigé sur la rivière Lobe pour un coût de 1,233 milliard FCFA sur 18 mois. Enfin, le troisième lot prévoit la construction d'un pont d'une portée de 51,67 mètres linéaires dans la région de l'Ouest, pour une enveloppe de 1,860 milliard FCFA et une durée de travaux de 24 mois.
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Ce projet ambitieux vise indubitablement à désenclaver les zones de production et à sécuriser le réseau routier national. Toutefois, sa mise en œuvre reste marquée par une histoire tumultueuse : aprèsla suspension du financement par la Société Générale France en juin 2019 et l'arrêt des travaux qui s'en est suivi, le gouvernement camerounais a dû relancer, en novembre 2023, la construction de neuf ponts métalliques sur fonds propres (BIP) pour un coût de 8,5 milliards de FCFA. Si le Mintp se montrait initialement optimiste en anticipant des livraisons dès le premier semestre 2024 pour les ouvrages de Mama (Est) et Ngoum (Kékem), la réalité du terrain au 7 janvier 2025 s'avère plus nuancée. En effet, seuls deux ponts sont actuellement achevés à 100 % : celui sur la rivière Mayo Taram à Banyo (Adamaoua) et celui sur la rivière Mama (Est),malgré un taux d'exécution financière global de 20 %.
Pour le reste, les retards sont préoccupants. À l'exception du pont sur la rivière Ngoum à Kékem, dont les travaux ont franchi le seuil des 90,40 % aves une consommation de délais de 251,27 %, les sept autres ouvrages affichent un taux d'avancement physique inférieur à 50 % trois ans après. Selon le maître d'ouvrage, cette lenteur structurelle est principalement imputable à deux goulots d'étranglement majeurs : le non-paiement des décomptes aux entreprises et les difficultés liées aux indemnisations des populations riveraines, etc.
Un projet jonché de péripéties
Le projet de construction des ponts métalliques au Cameroun fait face à une série de revers depuis son lancement en 2016. Dès la phase initiale, le projet a subi des modifications majeures. D’abord, les contraintes de financement ont réduit le programme de 11unités, limitant la fourniture à 44 tabliers métalliques. Ensuite, les études pour cinq ouvrages ont été suspendues dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest à cause de la crise sécuritaire.
En juin 2019, la ligne de crédit de la Société Générale France a expiré suite à l'incapacité de l'entreprise française Ellipse à se mobiliser sur le terrain. À l'arrêt des travaux deux mois plus tard, seul le pont sur la rivière Bella (Sud) était achevé. Au moment de la résiliation de son contrat en mai 2022, l’on apprend que l’entreprise française avait entièrement perçu 8,4 milliards de Fcfa au titre de 17 décomptes émis et une avance de démarrage de 4,5 milliards de Fcfa (20%) auprès de Chanas Assurance SA pour laquelle le gouvernement a entamé les démarches pour recouvrement. De l’autre côté, les négociations se poursuivent tant avec Société Générale France pour entrer en possession des 16,8 milliards FCFA non décaissés et finaliser le projet, qu’avec le français Razel retenu comme nouvelle entreprise « exportatrice ».

