Octobre 2021 - mai 2025. Voilà bientôt quatre ans que Bange Bank, banque publique équato-guinéenne, s’est lancée sur le marché camerounais en ouvrant sa première filiale hors de son territoire d’origine. Pari stratégique, cette expansion régionale se voulait une étape majeure vers une croissance externe. Depuis l'ouverture de sa première agence camerounaise en octobre 2021, un an après l’obtention de son agrément, Bange Bank a poursuivi une stratégie de déploiement soutenue. En trois ans, elle a ouvert une dizaine d’agences, principalement dans la zone méridionale du pays : trois dans le Sud (Kye-Ossi, Sangmélima, Kribi), trois à Douala et trois à Yaoundé. Cette couverture géographique ciblée illustre une volonté d’ancrage local renforcé, même si l’établissement reste absent de certaines régions stratégiques.
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Toutefois, malgré ce dynamisme physique, la banque souffre d’un retard en matière de digitalisation et le lancement récent de son application mobile (octobre 2024) visait justement à rattraper ce retard. Dans un écosystème bancaire de plus en plus tourné vers le numérique, le manque de solutions digitales constituerait un véritable frein pour la compétitivité.
Des pertes récurrentes malgré la croissance du bilan
Sur le plan financier, les débuts restent difficiles. En 2023, Bange Bank Cameroun a affiché une perte nette de 5,4 milliards FCFA, en hausse par rapport à celle de 2022 (4,8 milliards FCFA). Ces pertes successives traduisent la difficulté de rentabiliser rapidement une implantation récente sur un marché ultra-concurrentiel.
Toutefois, le total bilan a connu une progression de 58,6% sur un an, atteignant 67,2 milliards FCFA fin 2023. Cela place la banque au 17ᵉ rang national, entre la Banque Camerounaise des PME (41,9 milliards FCFA) et Access Bank Cameroun (près de 100 milliards FCFA). Une progression, certes, mais encore marginale dans un marché dominé par une dizaine de grands acteurs (Afriland First Bank, Société Générale, AFG Bank).
Une collecte de ressources en forte progression
Sur le front des dépôts, la banque a enregistré une progression spectaculaire. À fin 2024, ses ressources collectées atteignaient 37,8 milliards FCFA, en hausse de 116 % sur un an. Cela représente environ 0,45 % de parts de marché, pour près de 5 700 comptes ouverts. Un résultat porté par son réseau d’agences, mais qui reste modeste à l’échelle du marché national.
Les dépôts à vue dominent largement (30,25 milliards FCFA), représentant près de 80 % du portefeuille, contre 7,2 milliards pour les dépôts à terme. Côté clientèle, l’établissement est fortement exposé aux entreprises privées (plus de 25 milliards FCFA de dépôts), suivies par les particuliers et les entreprises publiques, avec environ 4 milliards FCFA chacune.
Un crédit en croissance et un bon pilotage des risques
En matière de crédit, Bange Bank affiche une solide dynamique. Son encours s’élève à 53,5 milliards FCFA à fin 2024, soit près de 0,88 % du marché. Ce volume lui permet de devancer plusieurs banques établies, comme UBC, BCPME, Access Bank ou encore La Régionale. Son taux de transformation des dépôts en crédits atteint 93,5 %, un des plus élevés du secteur.
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Le portefeuille de crédits est composé à 64,5 % de prêts à moyen terme, contre 18,7 % à court terme et seulement 1,7 % à long terme (principalement destinés à l’investissement). Le taux de sinistralité s’est établi à 2,19 % en 2024, bien inférieur à la moyenne nationale (13,5 %), et en amélioration par rapport à l’année précédente (2,8 %), preuve d’une gestion prudente du risque.
Des défis à relever pour s’imposer
Malgré ces signaux encourageants, plusieurs défis freinent encore l’ascension de Bange Bank Cameroun. L’institution est peu offensive sur le marché régional des titres publics, une source de revenus pourtant prisée par les banques locales. Elle doit également améliorer sa rentabilité en maîtrisant ses charges de fonctionnement et en optimisant l’allocation de ses ressources. Par ailleurs, sa stratégie numérique reste embryonnaire. Le seul déploiement physique ne suffit plus dans un marché où les services en ligne et la bancarisation digitale deviennent la norme. Pour séduire davantage de clients et élargir sa base, la banque devra investir dans des canaux digitaux performants.
Enfin, l’ancrage géographique pourrait être repensé. Son orientation vers les régions du Sud peut s’expliquer par la proximité avec la Guinée équatoriale, mais une implantation plus poussée dans des régions à forte densité économique comme le Littoral pourrait renforcer sa compétitivité.

