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Cameroun : dans la perspective de la renationalisation d’Eneo, l’Etat va réaliser un inventaire physique des actifs de distribution

Outre les tractations en cours relativement au départ d’Actis, l’audit comptable annoncé, qui est circonscrit aux régions du Centre et du Littoral, intervient dans un contexte marqué par de lourdes défaillances dans ce segment, et surtout au moment où le pays accueille de nouvelles capacités en termes de production de l’énergie.

Publiée jeudi 20 juin 2024 à 13:25:50Modifiée mardi 25 juin 2024 à 10:11:34Temps de lecture 4 minPar Jean Omer Eyango

Un agent sur un poteau électrique

Le ministre de l’Eau et de l’Energie (Minee), Gaston Eloundou Essomba, vient de lancer un avis de sollicitation à manifestation d’intérêt pour le recrutement d’un consultant chargé de la réalisation, en procédure d’urgence, de l’inventaire des actifs de distribution du concessionnaire Eneo (Energy of Cameroon) dans les régions du Centre et du Littoral, et du calcul de la valeur nette comptable y afférente. Cet audit comptable va permettre de faire la mise à jour du fichier des immobilisations dans le segment de la distribution et de la mise à jour de la base tarifaire issue dudit fichier distribution, conformément à l’article 3 (3) de la loi de 2011 régissant le secteur de l’électricité. Cet inventaire précisera notamment, pour chaque installation de distribution : ses principales caractéristiques techniques ; son état général ; et sa valeur comptable estimée. Du reste, il s’agit pour le gouvernement d’évaluer le cahier de charges d’Eneo, qui précise les obligations de délégation de service public auxquelles il doit satisfaire en application du contrat de concession du secteur public de l’électricité signé en 2001 entre l’Etat et la firme américaine AES et des trois avenants paraphés avec son successeur, le fonds d’investissement britannique Actis.

Cette opération est en effet liée aux tractations en cours, relativement au départ prochain de cet investisseur et la renationalisation de la société Eneo. En septembre 2023, le président de la République, Paul Biya, avait instruit le Premier ministre de mettre en place un comité interministériel Ad hoc chargé de piloter le processus de rachat des 51% des parts des Britanniques, avec à sa tête le ministre des Finances (Minfi), Louis Paul Motaze. L’une des missions de cette instance était justement de déterminer la valeur des actions de l'actionnaire de référence de la société Eneo. Cet inventaire est lancé au moment où le Cameroun accueille progressivement de nouvelles capacités en termes de production de l’énergie, à l’instar des 60 MW qu’injecte l’aménagement hydroélectrique de Nachtigal (Centre) depuis bientôt deux semaines dans le réseau interconnecté sud (RIS), après un mois d’essais. L’impact de ces nouvelles capacités dans la stabilisation du service électrique dans les six régions couvertes par ce réseau est quasi-nul, à en juger par les délestages qui ont atteint un nouveau pic depuis le début du mois de juin, y compris dans la capitale Yaoundé.

Eneo a pointé des problèmes au niveau de la production, tandis que les autres acteurs, notamment le ministère de l’Eau et de l’Energie et la Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel) mettaient à l’index le réseau de distribution, pas en état d’après eux, d’acheminer de manière sécurisée les nouvelles capacités vers les ménages et les industries, du fait de sa vétusté. Or, si le calendrier défini par le ministre de l’Eau et de l’Energie est respecté, 60 nouveaux MW d’électricité seront injectés chaque mois dans le réseau par ce seul ouvrage, jusqu’à l’atteinte de son maximum (420 MW) d’ici à septembre prochain.

Plan d’urgence

Le gouvernement prévoit également que d’autres ouvrages énergétiques, à l’instar des barrages hydroélectriques de Minkouma (240 MW) et Kikot (500 MW) sur le fleuve Sanaga, Bini à Warak dans l’Adamaoua, entre autres, entrent en production d’ici à 2030. Cette perspective met en demeure le Cameroun de consentir des investissements colossaux dans le segment de la distribution pour le mettre à niveau. Lors de l’atelier sur le redressement du secteur de l’électricité tenu le 08 juin 2023 à Yaoundé, le ministre Gaston Eloundou Essomba relevait qu’Eneo n’a pas pu lever des ressources financières auprès des différents partenaires, notamment de la Société financière internationale (SFI) de 210 milliards Fcfa pour le financement des investissements dans ce segment, conformément à son cahier de charges. « L’absence de financements pour la distribution va davantage dégrader la qualité du service public de l’électricité fournie aux entreprises, notamment les industriels de la ville de Douala », avertissait-il.

A noter que l’Etat a mis en place un plan d’urgence (2023-2026) du secteur de l’électricité qui découle du plan de réforme du secteur de l’électricité. Celui-ci a pour vocation première d’éviter la faillite de la société Eneo à travers sa restructuration et pour seconde vocation de mobiliser auprès des partenaires techniques Financiers les ressources d’investissement qui auraient dues être mobilisées par Eneo. Pour satisfaire la demande industrielle évaluée à 579,5 MW, le plan d’investissement prioritaire est d’une valeur de 400 milliards Fcfa.

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