« J’ai prescrit au gouvernement de trouver en urgence une solution pérenne au problème du ramassage des ordures ménagères dans nos villes, en collaboration avec les communes et les communautés urbaines ». Sur le terrain, cette injonction du président de la République du Cameroun Paul Biya dans son adresse à la Nation le 31 décembre 2023 semble pour le moment, relever de l’utopie dans beaucoup de métropoles à trois mois de la fin de l’année en cours.
A Yaoundé, même l’opération ‘’Coup de poing ‘’ lancée par la ministre de l’Habitat et du développement urbain (Minhdu) Célestine Ketcha Courtes lors de la réunion de crise du 18 juillet 2024 n’a visiblement pas produit l’effet escompté, celui de « débarrasser en urgence la totalité des monticules d'immondices observées dans l’ensemble de la capitale ». La preuve ? Au lieudit ‘’Descente Mokolo Elobi’’ par exemple, des tas d’immondices continuent de joncher la chaussée. Scénario pareil à la Montée chapelle Obili dans le 3e arrondissement. Une situation qui a certainement amené la Minhdu Célestine Ketcha Courtes à saisir le 2 septembre dernier, Luc Messi Atangana, le Maire de la Ville de Yaoundé pour faire un suivi-évaluation des recommandations issues de la réunion de crise tenue il y a deux mois.
Pour le membre du gouvernement, il s’agissait notamment de « diligenter dans un délai d’une semaine, la procédure de contractualisation des entreprises Hysacam et Thychlof ; réviser les nouveaux contrats en cours d’attribution afin de mieux planifier les objectifs de collecte en fonction de la sensibilité des secteurs, etc.».
Insuffisance de financements
Le magistrat municipal de Yaoundé n’a pas attendu la rencontre programmée le 4 septembre 2024 pour répondre à la Minhdu. Dans une correspondance le 3 septembre, il estime que toutes les actions énumérées par sa tutelle technique ont été implémentées pour certaines, il y a deux ans. Pour le cas particulier des entreprises, l’on apprend que leurs avenants et ordres de service ont été signés après expiration de de contrats en décembre 2023. De sources du Minhdu, « il n’ y a eu aucun marché particulier entre le Minhdu et les entreprises. L’unique assistance du Minhdu c’est la fourniture en carburant pour les engins mobilisés ». Or selon la CUY, l’opération Coup de poing a certes été lancée mais les moyens financiers n’ont pas suivi pour la réalisation efficiente de ce programme « spécial». « Faute de ces moyens de base, ces entreprises ne parviennent pas à se déployer de façon régulière et efficace », justifie-t-il.
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D’après une étude de la Banque mondiale, une ville comme Yaoundé nécessite d’environ 15 milliards de Fcfa (contre à peine 5 milliards de Fcfa disponibles) par an pour la collecte des ordures soit 85% de la quotepart du gouvernement. Avec une participation de 15%, la Communauté urbaine dit ne pas pouvoir faire face aux charges d’enlèvement des ordures ménagères, qui est une activité permanente.
C’est dire que la principale problématique qui perdure est celle des contraintes financières ou du moins, un mode de financement rassurant pour le ramassage des ordures. Autrement dit, la seule contractualisation de nouvelles entreprises en vue, ne mettrait pas fin à l’insalubrité dans la mesure où les charges devraient logiquement augmenter. Pour la Mairie de Yaoundé, un « déblocage spécial des fonds » par le gouvernement pourrait amortir les charges dans un contexte de démographie galopante.
Assouplir les procédures
En ce qui concerne la collecte des ordures ménagères à Yaoundé, Luc Messi Atanga qui juge « rédhibitoires » les conditions actuelles à remplir par les entreprises soumissionnaires, plaide pour l’allègement des procédures ou du moins, que l’activité fasse l'objet des « marchés spéciaux » à l’instar du gré-à-gré. Dans ce sens, l’on se souvient qu’un appel d’offres international a été lancé en juin dernier pour recruter des entreprises en vue de la collecte des déchets pour un budget estimatif de 61,8 milliards de Fcfa. Alors qu’on s’attendait à la remise des offres le 20 août 2024, elle a été prorogée à un mois plus tard pour des raisons que nous n’avons pas pu avoir. Cette longue procédure pourrait complexifier l’opération de ramassage des ordures d’autant plus que dans un rapport publié en juin dernier, la Banque mondiale révèle que 69,8% des entreprises interrogées trouvent long, le délai de soumission des marchés publics qui s’étend jusqu’à 90 jours et 11,61% d’entre elles trouvent les procédures complexes.
Le modèle rwandais toujours attendu
Pour certains experts contactés par EcoMatin, la question des ordures ménagères au Cameroun requiert un mécanisme de financement pérenne qui soit calqué sur le modèle d’un salaire mensuel. L’on se souvient tout de même que du 1er au 6 août 2022, Célestine Ketcha Courtes conduisait à Kigali (Rwanda), une forte délégation des acteurs de la gouvernance locale et collectivités territoriales décentralisées. L’objectif de cette mission d’études était de s'approprier la méthode, la reproduire puis, la contextualiser afin d'améliorer la salubrité des villes camerounaises en quête d’une solution durable. Deux ans après, l’efficacité d’un tel modèle reste attendue.

