Au Cameroun, le Tribunal de première instance (TPI) de Douala-Bonanjo a condamné, le 28 mai 2026, Ecobank Cameroun à verser 1,5 milliard de FCFA de dommages et intérêts à la société de recouvrement Wadivo et à son dirigeant Moyo Kamgaing, selon les informations de Cameroon Tribune. Rendue en matière correctionnelle, cette décision met provisoirement un terme à une affaire qui a opposé pendant plusieurs années l’établissement bancaire à cette plateforme spécialisée dans la défense des clients victimes de pratiques bancaires contestées. Lors d’un point de presse tenu après le verdict, Moyo Kamgaing a salué une décision qui, selon lui, rétablit la crédibilité de son entreprise, indique le journal public camerounais. Ecobank dispose toutefois d’un délai légal de dix jours à compter du lendemain du jugement pour interjeter appel.
Dans son jugement, le tribunal a rejeté l’ensemble des accusations portées par Ecobank contre Wadivo et son promoteur. La banque reprochait notamment à la société des faits de tentative d’escroquerie, de diffamation, de violation du secret bancaire et de cybercriminalité. Les juges ont considéré que ces infractions n’étaient pas caractérisées et ont prononcé la relaxe des prévenus. À l’inverse, le tribunal a retenu la responsabilité d’Ecobank pour outrage par voie de presse. Au titre des réparations civiles, l’établissement bancaire a été condamné à verser un milliard de FCFA à Wadivo pour l’atteinte portée à sa réputation ainsi que 500 millions de FCFA à Moyo Kamgaing en réparation de son préjudice moral.
Pratiques frauduleuses
Cette affaire trouve son origine dans les investigations menées par Wadivo à partir de 2023 dans le cadre d’une vaste opération de revendication des frais bancaires jugés indûment prélevés sur les comptes de particuliers entre 2018 et 2020. Mandatée par plusieurs clients, la société affirme avoir identifié, avec l’appui d’experts, des prélèvements effectués sous des intitulés considérés comme trompeurs pour un montant d’environ 41 milliards de FCFA. Selon la société de recouvrement citée par Cameroon Tribune, ces prélèvements auraient été effectués sans consentement préalable des clients, notamment à travers des libellés tels que « Deposit Contract Liquidation ». Six établissements financiers auraient été particulièrement concernés.
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Concernant Ecobank, un audit ordonné par le tribunal aurait conclu que certains libellés utilisés masquaient en réalité la facturation d’un second pack de services d’une valeur de 10 000 FCFA hors taxes par mois. Selon Wadivo, ces prestations n’avaient jamais fait l’objet d’une souscription expresse de la part des clients concernés. Face à ces révélations, Ecobank avait vivement contesté les accusations, allant jusqu’à réclamer, selon Moyo Kamgaing, la fermeture de Wadivo ainsi que 45 milliards FCFA de dommages et intérêts.
La banque avait à l’époque publié dans les colonnes du quotidien à capitaux publics un communiqué mettant en cause la société et son dirigeant. L’établissement de crédit les accusait alors de propager des allégations mensongères, d’obtenir illicitement des informations bancaires et de tenter d’escroquer les établissements financiers. S’estimant diffamés, Wadivo et Moyo Kamgaing avaient saisi la justice. Forte du jugement obtenu contre Ecobank, Wadivo entend reprendre ses activités de recouvrement dès le 8 juin prochain et poursuivre les démarches visant à obtenir l’indemnisation des clients qu’elle estime lésés.

