Après la mise en service du barrage de Nachtigal, le gouvernement camerounais mise désormais sur le développement du complexe hydroélectrique de Mbakaou, dans la région de l’Adamaoua, afin de renforcer durablement l’offre nationale en électricité et soutenir l’ambition du pays de devenir un hub énergétique sous-régional. Selon des informations obtenues par EcoMatin auprès d’une source interne à Electricity Development Corporation (EDC), l’entreprise publique en charge du patrimoine hydroélectrique, le projet nécessitera un investissement global estimé à 566 milliards FCFA. Les autorités camerounaises recherchent actuellement des financements auprès des bailleurs internationaux pour concrétiser cette infrastructure, dont le calendrier indicatif prévoit un début des travaux en 2027.
Situé dans le département du Djerem, dans la région de l’Adamaoua, le barrage-réservoir de Mbakaou, inauguré en 1969, n’a jusqu’ici joué qu’un rôle de retenue d’eau pour l’alimentation du bassin hydroélectrique de la Sanaga. Doté d’une capacité annuelle de stockage de 2,6 milliards de mètres cubes, cet ouvrage historique affiche désormais sa vocation à devenir un véritable complexe de production énergétique associant hydroélectricité et solaire.
Selon les études techniques, environnementales et sociales validées par les autorités, le futur complexe affichera une capacité totale de 400 MW, contre une estimation initiale comprise entre 250 et 300 MW. Cette montée en puissance résulte, notamment, d’une optimisation des aménagements envisagés autour du réservoir. Dans le détail, le projet prévoit la construction de trois centrales distinctes. La première sera une centrale hydroélectrique de 54 MW en amont du barrage, pour un coût estimé à 84 milliards Fcfa.
Une deuxième centrale hydroélectrique de 234 MW sera construite en aval, à une dizaine de kilomètres du site principal, pour un montant évalué à 310 milliards Fcfa. À ces infrastructures viendra s’ajouter une centrale solaire de 111 MW dont le coût est estimé à un peu plus de 55,3 milliards Fcfa. Cette composante solaire constitue l’une des principales innovations du projet. Avec une puissance de plus de 100 MW, elle deviendrait le plus important projet solaire du pays et marquerait une accélération de l’intégration des énergies renouvelables dans le mix énergétique national, encore largement dominé par l’hydroélectricité.
Le programme comprend également des ouvrages destinés à l’évacuation de l’énergie produite. Les travaux associés sont évalués à 20,3 milliards Fcfa. Selon EDC, le coût global de 566 milliards Fcfa intègre aussi les travaux préparatoires, les mesures environnementales et sociales ainsi que les dépenses liées au suivi du projet. Au-delà de l’augmentation de l’offre électrique nationale, le complexe de Mbakaou poursuit plusieurs objectifs stratégiques. Le projet doit, notamment, permettre de sécuriser l’alimentation en électricité des trois régions septentrionales du Cameroun, régulièrement confrontées à des déficits énergétiques et à des délestages récurrents. Les autorités espèrent également stimuler le développement économique de cette partie du pays grâce à une meilleure disponibilité de l’énergie pour les industries, les services et les ménages.
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EDC met également en avant les retombées sociales attendues avec la création de milliers d’emplois directs et indirects pendant les phases de construction et d’exploitation. L’entreprise publique souligne par ailleurs plusieurs avantages techniques du site, notamment la proximité immédiate du barrage-réservoir existant, des impacts environnementaux et sociaux jugés limités ainsi qu’une connexion rapide au poste RIN-RIS de Tibati (Adamaoua), maillon stratégique pour l’acheminement de l’électricité entre le Réseau interconnecté Sud et le Réseau interconnecté Nord. Ce poste est déjà au cœur du projet d’exportation de 100 MW d’électricité vers le Tchad dès 2027 dans le cadre du développement des échanges énergétiques régionaux, à partir du barrage hydroélectrique de Nachtigal (420), construit dans la région du Centre. Pour l’instant, la Banque mondiale apparaît comme le principal partenaire ayant manifesté son intention d’accompagner financièrement le projet. Le gouvernement camerounais et EDC espèrent également mobiliser d’autres bailleurs internationaux, notamment la Banque africaine de développement (BAD).
Le projet de Mbakaou s’inscrit dans les objectifs de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), qui prévoit de porter les capacités installées du Cameroun à 5 000 MW d’ici 2030, contre environ 2 000 MW actuellement. Après Nachtigal et ses 420 MW, mis en service en 2025, le pays a en attente d’autres grands projets structurants comme Kikot, annoncé à 500 MW, ou encore Grand Eweng, dont la capacité attendue dépasse 800 MW. Cette nouvelle dynamique énergétique repose en partie sur les conclusions du Projet d’assistance technique pour le développement de l’hydroélectricité sur le fleuve Sanaga (PATDHS), financé par la Banque mondiale. L’étude d’optimisation du potentiel hydroélectrique du bassin de la Sanaga, publiée en décembre 2023, a permis d’actualiser l’inventaire réalisé en 1983 par l’ancienne Société nationale d’électricité (SONEL). Elle a identifié 23 sites potentiels de centrales hydroélectriques et quatre sites de régulation susceptibles d’être développés sur le fleuve Sanaga et ses affluents.
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