Le secteur bancaire camerounais affiche des résultats encourageants au premier semestre 2024, avec une progression notable de l’encours des crédits à l’économie. Selon le rapport de politique monétaire récemment publié par la Beac, ceux-ci se situent à 5 806,7 milliards de Fcfa, en hausse de 974,4 milliards de Fcfa (+20,2%) par rapport à la même période un an plus tôt. Cette dynamique est principalement portée par les crédits de court terme, qui constituent la majeure partie des financements et ont enregistré une hausse de 22,21 % en glissement annuel, atteignant 3 028,2 milliards de Fcfa.
Les crédits à court terme, souvent destinés à couvrir les besoins opérationnels des entreprises, comme les achats de matières premières ou le règlement des factures, dominent largement le portefeuille des banques camerounaises (52,15% des crédits octroyés au cours de la période sous revue). Ce bond reflète la capacité des banques à répondre aux besoins immédiats de liquidité des entreprises et des particuliers, mais cache un problème plus profond : la faible appétence des institutions bancaires pour les crédits à long terme, pourtant essentiels au développement économique durable du pays.
168 milliards de Fcfa de crédits à long terme
En se concentrant sur des financements à court terme, les banques privent les secteurs-clés d’opportunités de développement à long terme, notamment dans les infrastructures et l’industrie. Au cours du premier semestre de l’année, l’encours des crédits à long terme se situe à seulement 168 milliards de Fcfa, soit 5,5% de l’encours des crédits à court terme et 6,43% des crédits à moyen terme qui eux, se situent à 2610,4 milliards de Fcfa sur la même période. Or, ce type de financement (long terme) est crucial pour des projets comme la construction d’infrastructures énergétiques, le développement de routes, ou encore la modernisation des réseaux de transport.
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À première vue, les banques camerounaises affichent une prudence quasi-systématique lorsqu’il s’agit de s’engager sur des prêts à long terme. De l’avis d’experts financiers, plusieurs facteurs peuvent justifier cette attitude. Tout d’abord, l’environnement macroéconomique instable et les risques élevés perçus dans certains secteurs rendent ces financements plus ou moins incertains. Les banques préfèrent limiter leur exposition à des prêts qu’elles jugent risqués, notamment en l’absence de garanties solides ou de mesures incitatives du gouvernement pour encourager les investissements à long terme.
En outre, les régulations bancaires (réserves de liquidités, les normes de solvabilité, ou encore les conditions à respecter pour octroyer des crédits), souvent perçues comme contraignantes, ajoutent une pression supplémentaire. L’insuffisance d’instruments financiers adéquats pour amortir les risques des grands projets, pousse les banques à privilégier la sécurité des crédits à court et moyen terme. Pourtant, les grands projets d’infrastructure nécessitent des financements stables et prolongés, dont l’absence freine la croissance de secteurs stratégiques pour le développement du Cameroun.
Face à cette situation, il est nécessaire de mettre en place des mesures supplémentaires pour rééquilibrer la structure des crédits au Cameroun. Déjà, le gouvernement a instauré, via la loi de finances 2021, une ligne de garantie de 200 milliards de Fcfa destinée aux entreprises, notamment les PME, cherchant des financements auprès des banques et institutions financières. Cette facilité de l’État couvre les prêts destinés à répondre aux besoins en fonds de roulement des entreprises, mais aussi à financer des investissements dans les secteurs prioritaires identifiés par la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30). Parmi ces secteurs figure l’énergie, les services financiers, l’agro-industrie, le numérique, ainsi que les filières telles que la forêt-bois, le textile-confection-cuir, les mines-métallurgie-sidérurgie, les hydrocarbures-pétrochimie-raffinage, la chimie-pharmacie et les constructions.

