A Yaoundé, capitale politique du Cameroun, Jean MN (nom d’emprunt) arpente depuis mai 2022, les couloirs d’un commissariat du 7ème arrondissement où il s’est fait établir sa Carte nationale d’identité (CNI) trois mois plus tôt. En lieu et place de l’original de la pièce, il se contente depuis lors, du récépissé qui a déjà subi deux prorogations d’un an chacune. Comme lui, d’autres Camerounais vivent le même calvaire depuis trois, quatre voire cinq ans sans CNI. Pour remédier à cette situation qui a engendré sur la toile, la campagne de revendication baptisée « Je veux ma CNI », Martin Mbarga Nguélé, le Délégué général à la sûreté nationale (Dgsn) annonçait le 29 septembre 2023, la délivrance de ce document officiel en moins de 72 heures. C’était au cours de la cérémonie d’inauguration du centre d’enrôlement des passeports du Littoral.
Incm-Augentic à la manœuvre
Huit mois après l’annonce, l’on tend vers sa concrétisation. La raison, le 13 mai 2024 à Yaoundé, le Dgsn a signé avec le président-directeur général (PDG) du consortium germano-portugais Incm-Augentic, Labinot Carreti, un contrat pour le financement, la concession, le développement, la mise en service et l’exploitation d’un nouveau système d’identification sécuritaire au Cameroun. « C’est un projet financé par Urgentic qui consiste en la construction de 68 centres multifonctionnels ultramodernes à travers les 10 régions et les 58 départements. En plus, on va produire trois centres de production des cartes à Yaoundé, Douala et Garoua. En outre, on va rénover 219 postes d’identification. On va mettre en place une structure moderne, niveau technologique qui va permettre aux citoyens camerounais d’avoir une carte en 48 heures à la fin de cette année (2024, Ndlr) ….On va aussi assurer l’expédition des cartes à travers tous les postes d'identification dans tout le territoire camerounais », a rassuré le PDG de Incm-Augentic à la télévision nationale camerounaise.
L’on apprend que le groupe d’entreprises a été choisi par un comité interministériel. Le nouveau système s’effectuera en mode Build-Operate and Transfer (BOT) même si pour l’heure, on n’a pas pu avoir de détails sur le coût du projet.
Un nouveau marché
Il faut dire que le consortium Incm-Augentic, spécialisée dans les services biométriques, n'est pas à son premier marché au Cameroun. En 2020, il s’est vu confier la production des passeports au Cameroun 200 millions d’euros (131 milliards de Fcfa). Si de nombreux détenteurs de passeports interrogés par EcoMatin reconnaissent désormais la « fluidité » du service, il reste tout de même que les frais d’obtention du précieux document sont passés de 75 000 Fcfa à 110 000 Fcfa (+46%). Les frais de délivrance de la CNI quant à eux restent fixés à 2 800 Fcfa pour une validité de 10 ans contre 5 ans pour le passeport.
Sous réserves de plus de précisions par les services de la Délégation générale à la Sureté nationale, certains analystes estiment que le recrutement d’un prestataire peut tenir lieu de deux hypothèses : « soit le contrat avec l’ex l’entreprise a été résilié, soit le contrat est arrivé à expiration ». A ce titre, rappelons que c’est au moins la troisième fois que le Cameroun révise son système d’établissement des CNI en l’espace de 10 ans. Pour mémoire, l’entreprise française Thalès a produit des CNI au Cameroun pendant une dizaine d’années dans le cadre du Système de sécurité de la nationalité camerounaise (Senac) coordonnée par la police nationale. Fin décembre 2014, l’Etat n’a pas renouvelé son contrat. Pressentie pour succéder à Thalès, l’entreprise espagnole Indra n’a pas fait long feu. En juillet 2015, Gemalto prend les commandes avant d’être rachetée deux ans plus tard, par le même Thalès parti trois ans plus tôt.

