La réalisation du Projet d’interconnexion des réseaux électriques Cameroun-Tchad (Pirect), lancée il y a un an, a atteint sa vitesse de croisière, du moins pour ce qui concerne la composante 1 consacrée à l’interconnexion des réseaux électriques Nord et Sud du pays. Les travaux y sont exécutés à 42%, selon les données actualisées du dispositif de suivi-évaluation consultées par EcoMatin. À l’inverse, la composante dédiée à l’interconnexion avec le Tchad évolue beaucoup plus lentement, avec un taux de réalisation d’à peine 5%, soit un niveau global d’avancement de 30% au 10 mars.
Si la première composante progresse à un rythme soutenu, c’est surtout parce que le gouvernement, qui n’est pas parvenu à relancer la construction du barrage hydroélectrique de Bini à Warak (75 MW) dans l’Adamaoua depuis près de 7 ans, a activé un plan alternatif pour améliorer à court et moyen termes la desserte en électricité des trois régions septentrionales. Ces dernières sont aujourd’hui essentiellement alimentées par le barrage hydroélectrique de Lagdo (75 MW) et par les centrales photovoltaïques de Guider et Maroua, dont la puissance cumulée avoisine 64 MW.
L’interconnexion des réseaux vise ainsi à permettre le transfert de l’énergie disponible dans les régions du grand Sud vers les zones déficitaires du grand Nord. « Au niveau du gouvernement, nous travaillons pour créer une connexion des réseaux électriques, ce qui va permettre de transférer le supplément qu’il y a dans certaines régions vers les régions insuffisamment desservies. L’énergie va être mise dans un pot pour tout le monde », expliquait récemment le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, lors d’un séjour à Ngaoundéré en janvier dernier.
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Dans sa configuration technique, le Pirect prévoit la construction d’une ligne de transport d’électricité de 225 kV reliant les réseaux du Sud et du Nord à travers plusieurs régions. Les premiers lots du projet portent notamment sur la réalisation d’une ligne et de postes de transformation 225/30 kV à Ntui et Yoko, dans la région du Centre. Les travaux sont exécutés par l’entreprise indienne Kalpataru Projects International Limited, chargée également du tronçon Yoko-Tibati dans l’Adamaoua, pour un montant global de 74,55 milliards Fcfa. Une autre société indienne, Transrail Lighting Limited, réalise le lot Tibati-Wouro Soua, dans l’Extrême-Nord, pour 43,7 milliards Fcfa.
Au total, le Pirect représente un investissement global de 557,5 milliards Fcfa. Il prévoit notamment la construction d’une ligne de transport transfrontalière de 566 km en 225 kV entre Wouro Soua et la frontière tchadienne, ainsi que l’édification de nouveaux postes électriques à Garoua II et Kousséri, l’extension des postes de Wouro Soua et Maroua, et l’électrification de 409 localités situées le long du corridor énergétique. Le projet comporte également une importante dimension sociale. Des initiatives d’accompagnement sont prévues dans les zones traversées, incluant la construction de forages, de salles de classe, de marchés et de maisons communautaires, ainsi que la formation des jeunes et des producteurs locaux. L’État du Cameroun a contracté à cet effet un emprunt d’environ 80,5 milliards Fcfa pour financer ces actions connexes. En attendant la concrétisation de ces ambitions, la relance du barrage de Bini à Warak reste incertaine.
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Le projet, associé à une ligne de transport haute tension de 225 kV, est à l’arrêt depuis la défection de la banque chinoise ICBC, qui devait initialement le financer. En 2023, le chantier a été confié à l’entreprise britannique Savannah Energy, à la suite du retrait de Sinohydro. Le gouvernement camerounais s’est engagé à mobiliser 20 milliards Fcfa pour permettre la reprise des travaux. Dans ce contexte, l’interconnexion des réseaux apparaît comme une solution d’urgence pour sécuriser l’approvisionnement électrique du septentrion. Mais le retard enregistré dans la composante transfrontalière du Pirect rend encore incertaine l’exportation des 100 premiers MW d’électricité vers le Tchad, initialement envisagée à l’horizon 2027.
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