Le projet de construction d'un pont sur le fleuve Ntem entre le Cameroun et la Guinée équatoriale est en proie à des retards importants. Un an après l'approbation d’un prêt de 73,44 millions d’euros (47,4 milliards de Fcfa) de la Banque africaine de développement (BAD), destiné à financer cette infrastructure intégratrice pour la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac), les travaux n'ont toujours pas débuté. Plusieurs obstacles ralentissent l'avancée de ce projet, pourtant crucial pour le développement économique de la région.
Un projet en attente de financements
L'une des principales contraintes concerne la lenteur des démarches administratives au Cameroun. En effet, le pays est encore en attente du décret d'habilitation de la part du président Paul Biya, nécessaire pour valider la signature des accords de prêt. Sans ce décret, le Cameroun ne peut accéder aux fonds approuvés par la BAD. Le ministère des Travaux publics a confirmé cette situation dans un rapport publié lors d’une visite de travail du Directeur général du bureau régional Afrique centrale de la BAD à Kribi. Le décret d'habilitation constitue l'acte officiel par lequel le président autorise le ministre de l'Économie à contracter une dette au nom de l'Etat. Or, cette formalité, qui aurait dû être finalisée depuis plusieurs mois, reste en suspens.
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Ce retard soulève la question plus large des fonds engagés mais non décaissés par le Cameroun auprès de ses partenaires financiers. D'après les données de la Caisse autonome d'amortissement (CAA), le pays accumule un montant considérable de prêts approuvés mais non encore débloqués, atteignant 680 milliards de Fcfa auprès de la BAD à la fin juin 2024. Cette situation qui n'est pas nouvelle, illustre les difficultés récurrentes du Cameroun à accélérer l’exécution de certains projets d'infrastructures malgré des financements disponibles.
Des difficultés en Guinée Equatoriale
De l’autre côté de la frontière, la situation n’est guère plus avancée. Le gouvernement équato-guinéen tarde à signer le protocole d’entente avec la BAD, un document également essentiel pour finaliser les modalités de financement. Ce retard freine toute avancée concrète du projet. Selon le ministère camerounais des Travaux publics, la signature de cet accord est l'une des conditions sine qua non pour le démarrage des travaux. Toute chose qui semble paradoxal, car en mai 2021, Baltasar Engonga Edjo, à l’époque ministre équato-guinéen chargé de l’Intégration régionale, avait discuté de l'accélération des procédures administratives avec le président camerounais. Il avait alors assuré que des mesures seraient prises pour faciliter le déblocage des fonds. Cependant, plus de trois ans après cette rencontre, aucun progrès tangible n’a été constaté.
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Des perspectives incertaines
Pourtant, le calendrier initial prévoyait le début des travaux en décembre 2023, avec une livraison prévue pour novembre 2028. Cependant, en raison des retards administratifs et diplomatiques, ce programme est compromis. Selon les prévisions du ministère des Travaux publics camerounais, les accords de prêt pourraient finalement être signés au premier trimestre 2025, repoussant ainsi le début effectif des travaux vers la fin de l'année prochaine. Du coup, les perspectives à long terme restent prometteuses. Une fois achevé, le pont sur le fleuve Ntem devrait jouer un rôle central dans le développement économique de la sous-région. En facilitant le transport et le commerce entre le Cameroun et la Guinée Equatoriale, cette infrastructure contribuera à réduire les coûts de transit le long du corridor multinational Yaoundé-Bata-Libreville. De plus, ce projet pourrait également dynamiser le développement d’un hub industriel et portuaire reliant le port en eau profonde de Kribi au Cameroun, et celui de Bata, en Guinée Equatoriale.
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Le pont sur le fleuve Ntem s’inscrit dans un cadre plus large de projets intégrateurs soutenus par la Cemac, visant à améliorer les infrastructures et à stimuler la croissance économique dans la région. Il fait partie des 11 projets prioritaires identifiés par l’organisation pour promouvoir l'intégration régionale, un objectif clé pour les Etats membres de la Cemac.

