Les travaux de bitumage de la route Guirvidig-Pouss (31 km), dans la région de l’Extrême-Nord, n’étaient réalisés qu’à 20,39 % au 14 avril 2025, selon les données du ministère des Travaux publics. Ce chantier, lancé en septembre 2023, affiche ainsi un retard notable alors que 77,55 % du délai d’exécution prévu a déjà été consommé. L'entreprise adjudicataire, la Chinoise Xinjiang Communication Construction Group Co Ltd, peine à respecter le calendrier contractuel. Le constat d’un retard généralisé est partagé par les services techniques du Mintp, qui s’inquiètent du non-respect de la date d’achèvement initialement prévue pour décembre 2025.
Malgré cette faible avancée, l’entreprise et la mission de contrôle ont déjà perçu 6,9 milliards de FCFA, sur un total de 7,7 milliards de FCFA de décomptes émis à date. Cette situation relance la question de l’efficacité dans l’exécution des marchés publics d’infrastructures, notamment dans les régions enclavées. En outre, sur ce projet de 24 milliards de FCFA financé par la Banque africaine de développement (BAD) et l’État du Cameroun, Xinjiang et la mission de contrôle Studi International ont globalement émis une facture de 7,7 milliards de Fcfa au titre des décomptes, dont l’avance de démarrage des travaux. À en croire le Mintp, le gouvernement a payé 6,9 milliards de FCFA de ce montant et il ne reste plus que des décomptes de 799,5 millions de FCFA à solder.
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Parmi les contraintes, le maître d’ouvrage déplore entre autres : le manque de carburant qui paralyse les travaux du projet depuis 5 semaines ; une mobilisation timide des équipements et du personnel. A 8 mois de l’échéance, plusieurs recommandations ont été faites à l’endroit de l’entreprise chinoise. Il lui est principalement prescrit de « résoudre les problèmes d’approvisionnement et suivi des stocks de gasoil pour le chantier afin d’éviter les arrêts des travaux en saison sèche ; accélérer l’approvisionnement en bitume et accélérer la mobilisation des équipements supplémentaires annoncés et du personnel ».
Si l’entreprise ne relève pas ces difficultés, il est fort probable que l'État entérine la résiliation du contrat dans les mois à venir. La raison : « après les retards accusés dans l'exécution de ce marché et un rappel à une mobilisation sur le terrain au mois de février 2025, l'entreprise Xinjiang Communication Group est mise en demeure et des pénalités seront appliquées à cette dernière ainsi qu'à la Mission de Contrôle. L'objectif de cette mise en demeure est la mise en place d'une stratégie de rattrapage des délais contractuels », fait savoir le ministère des Travaux publics.
Un projet parsemé de difficultés
Pour mémoire, la route Maroua-Bogo a été livrée en août 2021, pour une valeur de 26,49 milliards de Fcfa. Seul le tronçon Bogo-Pouss (63,7 km) -dont fait partie Bogo-Guirvidig- restait encore à bitumer. Le processus d’attribution du marché avait été à l’origine de ce retard. En effet, la Commission centrale des marchés des travaux routiers (CCM-TR) du ministère des Marchés publics (Minmap) et le maître d’ouvrage qu’est le Mintp ne s’accordaient pas sur l’adjudicataire du marché. La CCM-TR avait porté son choix sur l’entreprise Costruzioni Generali Nigeria présentant une offre de 37,67 milliards de Fcfa pour réaliser le marché, tandis que le Mintp, lui, optait pour le Tunisien Soroubat avec un argument de 50 milliards de Fcfa. Contre toute attente, Costruzioni Generali Nigeria est exclue pour une durée de 4 ans des appels d’offres et projets financés par la BAD au Cameroun au motif de fraude et le 27 décembre 2022, un nouvel appel d’offres a été lancé pour ce projet routier.

