La détente progressive des taux débiteurs commence à produire des effets mesurables sur le financement de l’économie camerounaise. Au premier trimestre 2025, les crédits bancaires accordés par les établissements de crédit ont bondi de 28,72% en glissement annuel, pour atteindre 1 827,9 milliards FCFA, contre 1 420,1 milliards FCFA un an plus tôt, selon les données de la BEAC. Cette progression en valeur intervient dans un contexte paradoxal de recul du nombre de nouveaux crédits, principalement orientés vers les entreprises.
En effet, entre janvier et mars 2025, 202 508 nouveaux crédits ont été octroyés, contre 221 317 à la même période en 2024, soit une baisse de 8,29%. En variation trimestrielle, le volume global recule également de 1,63 % par rapport au quatrième trimestre 2024. Selon la BEAC, cette contraction conjoncturelle est conforme à la saisonnalité observée après les fêtes de fin d’année, période traditionnellement marquée par un reflux de la demande. Pour autant, la hausse en valeur traduit un renforcement de la taille moyenne des concours bancaires, dans un environnement de coûts du crédit plus favorable.
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Le facteur déterminant de cette dynamique reste la baisse des taux débiteurs moyens. Au premier trimestre 2025, le taux moyen pratiqué par les banques s’est établi à 8,18 %, contre 8,80 % un an plus tôt. Le rapport de la BEAC souligne que cette détente résulte notamment des actions de sensibilisation, de formation et de contrôle menées par le Comité national économique et financier (CNEF), visant à renforcer le respect des règles encadrant le Taux effectif global (TEG) et à lutter contre les pratiques usuraires. Cette amélioration des conditions de financement a toutefois bénéficié de manière différenciée selon les catégories d’emprunteurs.
Le secteur privé capte 1 594 milliards FCFA
Le secteur privé concentre l’essentiel des nouveaux crédits, avec une enveloppe de 1 594,6 milliards FCFA, représentant 87,24% du total distribué, en hausse de 25,91% sur un an. Les grandes entreprises en captent la part la plus importante, à 1 306,6 milliards FCFA, soit 71,48% des crédits, contre 1 045,0 milliards un an auparavant. Cette montée en puissance s’explique en partie par la baisse significative de leur coût du financement : les taux débiteurs moyens appliqués aux grandes entreprises ont reculé de 92 points de base, à 6,88%, contre 7,80% un an plus tôt.
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À l’inverse, les PME, bien que bénéficiant d’un volume de crédits en hausse à 288,0 milliards FCFA contre 231,7 milliards un an auparavant, ont vu leurs conditions de financement se durcir. Les TEG moyens appliqués à ce segment ont progressé de 191 points de base, pour atteindre 11,84%, contre 9,94% un an plus tôt. Cette hausse du coût du crédit traduit une perception de risque toujours élevée sur ce segment, malgré son rôle central dans la création de valeur et d’emplois. Les crédits aux particuliers confirment, quant à eux, leur décrochage, reculant de 12,81 % à 121,1 milliards FCFA, dans un contexte de renchérissement des taux, passés de 14,52 % à 14,97 % sur un an.
Fait notable du trimestre, les administrations publiques et collectivités locales ont fortement accru leur recours au crédit bancaire. Les montants qui leur ont été accordés sont passés de 3,3 milliards FCFA au premier trimestre 2024 à 111,6 milliards FCFA un an plus tard. Cette progression s’est opérée dans un contexte de baisse des taux débiteurs moyens, à 7,28% contre 7,71% un an auparavant, traduisant une amélioration de l’accès au financement pour le secteur public.
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Le marché bancaire camerounais demeure par ailleurs largement fragmenté. Aucune banque ne domine significativement le marché, même si plusieurs établissements concentrent plus de 10% des parts en volume de crédits, notamment la BICEC (17,60%), suivie de AFG avec 13,26%, SCB Cameroun (13,22%), BGFIBANK (11,27%), SGBC (11,07%) et CBC (10,92%). Le financement de l’économie reste assuré quasi exclusivement par les banques, qui représentent 99,09 % des nouveaux crédits, les établissements financiers non bancaires demeurant marginaux.

