La Banque mondiale tire à son tour la sonnette d’alarme. Dans son rapport 2025 sur la situation économique du Cameroun, qu’elle vient de publier, l’institution de Bretton Woods alerte sur la vulnérabilité croissante du système bancaire national et régional face aux risques liés aux dettes publiques, dans un contexte de recours accru des États de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) aux marchés financiers pour financer leurs déficits. Selon ce rapport, les créances détenues par les banques sur les États de la sous-région représentaient plus du tiers de leurs actifs totaux à fin 2023, contre seulement 10% en 2015. Une progression spectaculaire qui reflète la dépendance croissante des trésors publics vis-à-vis des banques commerciales locales, lesquelles absorbent l’essentiel des émissions obligataires lancées sur le marché régional. Ce phénomène est d’autant plus préoccupant que les établissements camerounais n’achètent pas uniquement les titres émis par Yaoundé, mais aussi ceux des cinq autres pays membres de la Cemac. Ils se trouvent ainsi exposés, non seulement aux aléas budgétaires de l’État camerounais, mais aussi à ceux de leurs voisins, multipliant les risques de contagion en cas de choc macroéconomique.
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Cette inquiétude est également partagée par d’autres institutions internationales. Dans un rapport publié en juillet 2024, le Fonds monétaire international (Fmi) indiquait que le Cameroun est le quatrième pays d’Afrique subsaharienne où les banques sont les plus exposées au risque souverain, un classement qui témoigne de la vulnérabilité croissante du secteur bancaire face aux finances publiques. La Banque mondiale pointe également des déséquilibres structurels qui amplifient ces risques. D’un côté, les banques financent des titres publics à moyen et long termes. De l’autre, elles dépendent largement des dépôts à vue pour leurs ressources. Cette inadéquation de maturités crée des vulnérabilités en matière de liquidité, d’autant plus que le marché secondaire des titres publics demeure peu liquide, limitant les possibilités de revente rapide en cas de tension. Face à cette situation, les autorités prudentielles ont commencé à réagir. Depuis octobre 2024, la Commission bancaire d’Afrique centrale (Cobac) a instauré un nouveau cadre réglementaire plus strict sur la concentration des risques souverains. Ce dispositif introduit une modulation des pondérations de risque sur les obligations publiques, en fonction du respect par les États des critères de convergence régionaux : inflation moyenne inférieure à 3%, dette publique en deçà de 70% du PIB, équilibre budgétaire de référence et absence d’arriérés.
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Durcissement réglementaire
Ce durcissement réglementaire a déjà produit ses premiers effets. Selon la Banque mondiale, la participation des banques aux émissions de titres publics a reculé, tombant à 22,3% en janvier et à 16,1% en février 2025, contre 25,3 % un an plus tôt et 31,0 % en février 2023. Dans le même esprit, la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) et les États exigent désormais que les banques cèdent une part minimale de leurs obligations souveraines à d’autres acteurs économiques privés, afin de diversifier la base d’investisseurs et de réduire la concentration du risque. Pour l’institution financière, ces signaux vont dans la bonne direction, mais restent insuffisants. Elle appelle ainsi à poursuivre les réformes en renforçant la gestion de la liquidité bancaire, en approfondissant le marché secondaire et en élargissant le cercle des investisseurs institutionnels. À moyen terme, l’enjeu est d’éviter qu’une éventuelle crise de dette publique dans un pays de la Cemac ne se propage rapidement au reste du système bancaire régional.
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Dans un contexte marqué par des déficits persistants, une dette publique en hausse et une croissance encore fragile, la question de l’exposition souveraine devient ainsi un test critique pour la stabilité financière de l’ensemble de la zone. Cette préoccupation a d’ailleurs été réaffirmée récemment par les régulateurs eux-mêmes. Lors de la 14e édition de la concertation entre le président de la Cobac et la profession bancaire et financière de la Cemac, tenue le 31 juin dernier à Bangui (République centrafricaine), l’autorité de régulation a mis en garde contre une concentration excessive des risques et une dérive vers le financement quasi exclusif des États. Une tendance qui, selon elle, pourrait entraîner à terme un effet d’éviction pour le secteur privé, en limitant sa capacité d’accès au crédit et en freinant l’investissement productif, indispensable à la diversification et à la résilience des économies de la sous-région.

