Le monde financier camerounais est en ébullition. La Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC), l'institution publique chargée de la gestion des fonds et avoirs inactifs, a pris une décision radicale en engageant des poursuites pénales contre plusieurs Directeurs Généraux de banques camerounaises, a appris EcoMatin de bonne source. Une action en justice sans précédent qui révèle un conflit majeur sur la gestion des avoirs abandonnés par leurs propriétaires. De fait, tout est parti de la lettre du ministre des Finances adressée au directeur général de la Caisse des Dépôts et consignations au mois d’août 2025. Dans cette correspondance au ton incendiaire, Louis Paul Motaze questionne la vision du Dg de la CDEC. « Il faudrait d’ailleurs se demander si votre vision conduisant à accuser beaucoup de responsables de détournement de deniers publics est frappé du bon sens, quand on sait tout ce que les banques, pour ne citer que celles - là, ont fait et continuent de faire pour appuyer l'Etat dans le financement de l'économie ».
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Selon une source au sein de l’Association des professionnels des établissements de crédit du Cameroun (Apeccam), l’affaire actuellement portée devant le Tribunal de grande instance du Mfoundi concerne sept banques : Afriland First Bank, Citibank, Ecobank, UBA, SCB, Société Générale Cameroun et CBC. Les directeurs généraux de ces établissements ont été entendus ces derniers jours dans le cadre de l'enquête judiciaire. Il leur est reproché des faits qualifiés de « coaction et complicité de détention sans droit des avoirs », de « refus de transfert des fonds » qui lui seraient légalement dévolus, ainsi que d’« usurpation de fonction ». Ces griefs, passibles de sanctions prévues par le Code pénal, constituent un nouvel épisode du différend portant sur la gestion des fonds et avoirs que la loi attribue à la CDEC.
Interrogée sur ces procédures, la CDEC a indiqué ne pas souhaiter commenter l’affaire, invoquant la nécessité de respecter le secret de l’instruction et de garantir la sérénité des enquêtes. Pour rappel, la Caisse des Dépôts et Consignations a été créée pour centraliser et gérer les fonds et avoirs en déshérence, y compris les dépôts abandonnés, les sommes issues de successions non réclamées, ou les avoirs de comptes bancaires bloqués. Cette mission vise à sécuriser ces fonds et à les réorienter vers le financement de projets d'intérêt public. Cependant, apprend-on, la CDEC qui s’est portée partie civile dans cette affaire, allègue que les banques, en refusant de transférer ces fonds, s'approprient de fait une fonction qui revient de droit à l'institution publique.
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Face à cette action en justice, les banques concernées ne sont pas restées inactives. Certaines auraient saisi le Premier ministre pour plaider en faveur d'une médiation. Elles estiment que la poursuite au pénal n'est pas la solution et qu'une résolution à l'amiable est préférable pour l'ensemble du système financier. Elles avancent que le transfert de ces fonds soulève des questions techniques et juridiques complexes qui nécessitent un dialogue plutôt qu'une confrontation judiciaire. Elles craignent également que ces poursuites ne nuisent à l'image du secteur bancaire et ne créent une incertitude préjudiciable à la stabilité financière du pays.
PCA

