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Cameroun : la Présidence enquête sur le trafic d’or après la découverte de flux hors circuit formel

Face aux écarts constatés entre la production d’or et les volumes officiellement exportés, la Présidence de la République lance une enquête pour identifier les acteurs impliqués dans les circuits parallèles.

Publiée mardi 10 mars 2026 à 16:18:42Modifiée mardi 10 mars 2026 à 16:18:42Temps de lecture 4 minPar Albert AMOUGOU

La présidence de la République du Cameroun (image AFP)

Par lettre n° B652/SG/PR datée du 23 février 2026, le secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, instruit l’ouverture d’une commission d’enquête mixte sur le trafic illégal d’or au Cameroun. La correspondance, adressée au secrétaire d’État auprès du ministre de la Défense chargé de la gendarmerie nationale et dont EcoMatin a consulté une copie, relaie les « Très Hautes Instructions » du chef de l’État visant à établir les responsabilités dans un secteur où une part importante de la production échappe aux circuits officiels. Le document demande la mise en place, en urgence, d’une enquête et la transmission d’un rapport destiné à la « Très Haute Appréciation du Président de la République », avec pour mandat d’identifier les acteurs impliqués dans le trafic d’or.

Le ministère de la Défense (Mindef), la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (Minmidt), la Société Nationale des Mines (Sonamines) et la Direction Générale de la Recherche Extérieure (DGRE), figurent parmi les administrations mises en copie.

Lire aussi : Or artisanal : le Cameroun menace de fermer des sites miniers après l’exportation de 15 tonnes non déclarées

La commission devra examiner les mécanismes de circulation de l’or et expliquer pourquoi, malgré l’existence d’un cadre réglementaire — notamment l’impôt synthétique minier libératoire (ISML) et les dispositifs de collecte pilotés par la société minière publique — une partie des volumes produits échappe au circuit formel. L’enquête devra également analyser les écarts entre la production issue des sites d’exploitation, souvent artisanale ou semi-mécanisée, et les volumes déclarés à l’exportation.

Rapport ITIE

Cette instruction intervient après la publication de données issues de la base UN Comtrade et reprises dans le rapport 2023 de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE). Selon ces informations, plus de 15 tonnes d’or en provenance du Cameroun ont été déclarées à l’importation par les pays partenaires en 2023. Sur la même période, les statistiques nationales font état de 22 kg d’exportations enregistrées par la Douane et de 953 kg de production déclarée par la société minière publique. L’écart entre ces données met en évidence des flux non captés par les circuits officiels.

Avant cette instruction présidentielle, le ministère des Mines avait publié plusieurs mises au point à la suite des révélations rendues publiques en décembre 2025. Les documents évoquent des circuits de commercialisation parallèles liés à l’exploitation artisanale. Selon le dernier rapport ITIE, les pertes fiscales associées à ces flux non tracés pourraient atteindre 165 milliards de FCFA. Ces ressources concernent notamment les recettes fiscales de l’État ainsi que les mécanismes de redistribution destinés aux collectivités des zones minières.

Lire aussi : Cameroun : face à un écart de 15 tonnes d'or exportées illégalement, l’Etat menace de fermer plusieurs sites

Le secteur aurifère camerounais repose en grande partie sur l’exploitation artisanale et semi-mécanisée, concentrée dans les bassins de Batouri, Bétaré-Oya et Ngoura, dans la région de l’Est. La production provient d’une multiplicité d’acteurs opérant sur des sites dispersés. Plusieurs rapports sectoriels indiquent que des volumes d’or quittent le territoire hors des circuits officiels pour être acheminés vers des plateformes de négoce internationales, notamment les Émirats arabes unis. Les autorités ont engagé différentes mesures d’encadrement, dont la réglementation de l’orpaillage mécanisé adoptée en 2016 et la décision du ministère des Finances d’avril 2025 relative à la collecte en nature. La commission d’enquête devra ainsi analyser l’efficacité de ces dispositifs et proposer des mesures pour améliorer la traçabilité de la production et des exportations.

Lire aussi : Cameroun : 15 tonnes d’or échappent aux circuits formels d’exportation (ITIE)

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