Au Cameroun, la Société nationale des mines (Sonamines), une société à capitaux publics qui représente les intérêts de l'État dans le secteur minier, a officiellement repris le gisement de rutile d’Akonolinga, précédemment exploité par le groupe minier français Eramet. Ce dernier avait renoncé à ses permis de recherche en octobre 2023, ouvrant la voie à une nouvelle dynamique portée par l’acteur public. Selon une source consultée par EcoMatin, la décision de rétrocession a été confirmée par un document signé le 28 mai 2025 par Fuh Calistus Gentry, ministre par intérim des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique. Ce document stipule : « Je marque mon accord pour la rétrocession à la Sonamines du site de prospect rutilifère d’Akonolinga, objet des permis de recherche renoncés par la société Eramet Cameroun, conformément aux dispositions de la loi portant code minier en vigueur. »
Processus de retrocession
Pour s'assurer l'attribution de ce site, la Sonamines a « enclenché les démarches administratives auprès de son ministère de tutelle (Minmidt) en mars 2025 », apprend-t-on. Cette initiative s'inscrit dans le cadre de l'article 38 alinéa 7 du Code minier de 2023 du Cameroun, qui prévoit la rétrocession systématique des sites miniers abandonnés ou retirés à l'organisme public mandaté.
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Créée en décembre 2020 pour gérer, les intérêts miniers de l'État (incluant l'inventaire des indices, l'exploration, l'exploitation et la réhabilitation des sites), la Sonamines ajoute ainsi un projet d'envergure à son portefeuille. Ce dernier s'était déjà considérablement enrichi en mai 2022 avec un permis de reconnaissance calcaire. L'entreprise a également participé aux négociations des conventions minières pour la bauxite de Mini Martap et l'or de Mborguéné, où elle détient d'ailleurs 10% des parts de Codias, la société sur le point de lancer l'exploitation de la toute première mine d'or souterraine du Cameroun dans les prochains jours. La Sonamines n'a, pour l'instant, pas dévoilé sa stratégie de monétisation de cet actif.
Contexte de reprise et motifs d’abandon
Il faut noter que cette rétrocession intervient dans un contexte où le Cameroun cherche activement à attirer les investisseurs pour développer son secteur minier, dont la contribution au PIB n'est encore que d'environ 0,68%, particulièrement dans le domaine des minéraux critiques. Le 7 juillet dernier, Africa Intelligence a révélé des pourparlers du géant minier américain Tronox avec les autorités camerounaises pour le rutile local, confirmant ainsi le caractère attractif du secteur.
Par ailleurs, l'abandon du projet d'Akonolinga par Eramet, annoncé le 26 octobre 2023, résultait d'études techniques et économiques jugées défavorables par sa filiale locale. Eramet avait justifié cette décision dans une correspondance le 16 octobre 2023, expliquant que, malgré un investissement de 13,6 millions d’euros (environ 9 milliards de Fcfa) et plus de 2000 sondages, les résultats économiques n'étaient pas viables. La présence significative de particules ultrafines (75% ne décantant pas) posait des défis environnementaux majeurs et nécessitait des investissements colossaux, estimés à 180 millions d’euros (environ 118 milliards de Fcfa) pour le traitement des eaux, rendant ainsi le projet non rentable pour le groupe français.
Cette reprise marque ainsi un tournant important pour le secteur minier camerounais. En tant que bras séculier de l'État dans ce domaine, la Sonamines détient désormais les droits exclusifs pour rechercher les partenaires techniques et financiers nécessaires au développement de ce projet stratégique. Le rutile, un minéral titanifère de sable minéralisé, est crucial pour l'industrie mondiale. Il est principalement utilisé dans la production de pigments blancs (dioxyde de titane) pour les peintures, les plastiques et les cosmétiques, mais aussi dans l'industrie métallurgique pour la fabrication d'alliages légers et résistants, ainsi que dans la production de soudures et de céramiques. La relance de ce gisement pourrait donc avoir des retombées économiques significatives pour le Cameroun et renforcer sa position sur le marché international des minéraux critiques.
Rappelons que le gisement d’Akonolinga a été exploité de manière artisanale entre 1935 et 1955, avec une production estimée à 15 000 tonnes. Le Cameroun en évalue aujourd’hui le potentiel rutilifère à 2,849 millions de tonnes, ce qui en ferait la deuxième réserve mondiale derrière la Sierra Leone. En novembre 2019, Eramet avait obtenu cinq permis de recherche pour trois ans, suite à un appel d’offres lancé en septembre 2018. Toutefois, l’absence de calendrier clair pour le début de l’exploitation avait conduit, dès octobre 2023, à des tensions avec les autorités. Fuh Calistus Gentry avait alors menacé de rompre les relations avec Eramet Cameroun.
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