Le président camerounais, Paul Biya, a donné son « très haut accord » pour l’octroi d’une « période d’exclusivité » en faveur de la direction générale de Commercial Bank Cameroun (CBC) dans le cadre de la cession partielle des parts détenues par l’État, selon une correspondance officielle consultée par EcoMatin. Cette exclusivité vise à permettre l’implémentation d’un mécanisme de management buy-out (MBO), un schéma par lequel les dirigeants et cadres d’une entreprise s’associent pour en devenir actionnaires majoritaires. Elle implique que l’État suspend, pour une durée déterminée, toute négociation avec d’autres investisseurs potentiels.
La correspondance présidentielle ne précise toutefois ni la durée exacte de la période d’exclusivité, ni le calendrier de finalisation de l’opération.
La banque, détenue à près de 98 % par l’État camerounais, est engagée depuis plusieurs années dans un processus de privatisation partielle, piloté avec l’appui de Rothschild & Co. Le schéma initial prévoyait la cession de 51 % du capital à un investisseur privé, l’introduction en bourse d’une partie des actions à la Bourse des Valeurs Mobilières de l'Afrique Centrale (BVMAC) et le maintien d’une participation résiduelle de l’État.
Lire aussi : Rachat de Commercial Bank Cameroon : Rothschild privilégie la Holding MBO
Selon des sources proches du dossier, le management de CBC a structuré une offre soutenue par des partenaires financiers locaux, incluant des investisseurs privés camerounais et des garanties bancaires. Le montage envisagé reposerait sur une augmentation de capital destinée à renforcer les fonds propres avant l’entrée des nouveaux actionnaires.
Placée sous administration provisoire après des difficultés financières, CBC a bénéficié d’un plan de redressement validé par la Commission Bancaire de l'Afrique Centrale (COBAC). Sous la direction actuelle, la banque a renoué avec la rentabilité, affichant un total bilan de plus de 776 milliards de FCFA et un bénéfice net de 4,3 milliards de FCFA en 2024. L’État, qui a injecté plusieurs milliards de FCFA pour stabiliser l’établissement, avait jusqu’ici exprimé de manière officieuse sa préférence pour une reprise nationale, dans un secteur bancaire dominé par des groupes étrangers.
L’issue du processus dépendra notamment de l’approbation des régulateurs et de la capacité du consortium porté par le management à mobiliser les financements nécessaires. Cette décision marque une nouvelle étape dans le processus de désengagement partiel de l’État camerounais du secteur bancaire.
Lire aussi : Rachat de Commercial Bank Cameroon : l’État donne une chance aux salariés de la banque
Au-delà de CBC, l’État camerounais demeure fortement présent dans le secteur bancaire. Il détient des participations majoritaires dans Union Bank of Cameroon (UBC) et NFC Bank, ainsi que dans Banque Camerounaise des PME (BC-PME), établissement public créé en 2018 pour soutenir le financement des petites et moyennes entreprises, mais confronté à des difficultés opérationnelles et financières persistantes. En 2025, le ministre des Finances a également signé un accord ouvrant la voie à la reprise par l’État des parts détenues par Société Générale Cameroun dans sa filiale camerounaise, deuxième banque du pays en termes de total bilan. Selon plusieurs sources proches du dossier, cette opération pourrait toutefois s’inscrire dans une stratégie transitoire, l’État envisageant de restructurer l’actionnariat avant de céder ultérieurement ces parts à un investisseur privé jugé stratégique.
Lire aussi : Au Cameroun, l’Etat recherche un nouveau preneur pour la Commercial Bank Cameroun (CBC)

