Il aurait voulu renvoyer les deux camps dos à dos que Paul Biya ne se serait pas pris autrement. A cause du chef de l’Etat, la montagne que devait constituer la session extraordinaire du Conseil d’administration de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) du 25 juillet, en principe consacrée au changement à la tête de l’entreprise publique la plus importante du pays, a finalement accouché du statu quo. L’instance de décision a été réduite à examiner les comptes de l’exercice précédent, un sujet habituellement débattu lors d’une session ordinaire.
Un désaveu à priori pour le président du Conseil d’administration, obligé de tenir la réunion au Secrétariat général de la Présidence où il règne sans partage depuis plus d’une décennie, après le camouflet essuyé le 17 juillet, où les portes de l’entreprise restèrent closes pour les administrateurs, à l’initiative des Moudiki. Ferdinand Ngoh Ngoh fut aussi contraint d’utiliser l’entête du service qu’il dirige pour inviter les autres membres du Conseil.
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Comme si cela ne suffisait pas, Ferdinand Ngoh Ngoh a dû subir l’outrance d’Adolphe Moudiki qui s’était envolé cinq jours plus tôt pour la capitale française, afin d’honorer des rendez-vous professionnels prévus de longue date, obligeant le PCA à désigner un secrétaire de séance, rôle généralement dévolu à l’Administrateur-directeur général (ADG). Une suite de la session ordinaire tenue il y a quelques semaines par consultation et snobée cette fois par le PCA.
Le comble étant que le Conseil d’administration a finalement validé les nominations du directeur des ressources humaines et du chef de la division de la communication, signées le 15 juillet, en l’absence du signataire qui n’a pas eu besoin de justifier ces décisions individuelles auprès des administrateurs, comme cela est de coutume.
Si Ferdinand Ngoh Ngoh a dû avaler ces couleuvres, il a pris sa revanche sur Moudiki dans l’affaire Savannah Energy, en tirant un trait définitif sur une opération dans laquelle les deux hommes sont en opposition de phase. « Le Conseil a relevé que cette transaction n’a été approuvée ni par le chef de l’Etat, ni par le Conseil d’administration », renseigne le communiqué issu de ce conclave. Un désaveu définitif, mais également un rappel cinglant à Adolphe Moudiki de ce que, pour autant qu’elle soit étendue, sa marge de manœuvre dans un secteur aussi stratégique, où des intérêts économiques interagissent avec des considérations politiques, voire géopolitiques, reste bornée.
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La hache de guerre étant désormais ouvertement déterrée entre les deux principales figures dirigeantes de la SNH, les prochaines sessions de Conseil d’administration promettent de chaudes empoignades. A moins que la pratique de l’esquive par l’un ou par l’autre ne devienne la norme.
Adolphe Moudiki conserve certes son maroquin, après trois décennies de longévité. Mais, en faisant passer un boulet au-dessus de sa tête, en dépit de la proximité évidente qu’il partage avec lui, Paul Biya a tenu à lui rappeler – ainsi qu’à son proche collaborateur – qu’il demeure le maître du jeu. Il n’est pas exclu que les dernières péripéties au sein de ce pôle de pouvoir au Cameroun qu’est la SNH n’aient eu qu’un seul objectif : permettre au chef de tirer les marrons du feu. Car, subsiste une interrogation de poids : connaissant le compagnonnage presque cinquantenaire entre les deux hommes, Ferdinand Ngoh Ngoh se serait-il hasardé à tant d’effronterie et de culot à l’égard de l’ADG de la SNH sans la caution, même implicite, de son patron ?

