Le Cameroun lance ce 24 avril 2026 son quatrième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH), couplé au Recensement général de l’agriculture et de l’élevage (RGAE), dans un contexte marqué par des défis sécuritaires persistants. Dans les régions de l’Extrême-Nord, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, l’enjeu est de taille : produire des données fiables malgré l’impossibilité d’un dénombrement exhaustif sur le terrain.
D’un coût global de 13,2 milliards FCFA et mobilisant plus de 355 000 agents, l’opération se veut stratégique pour l’économie nationale. Les statistiques attendues depuis la dernière opération réalisée en 2005 doivent servir de base à la planification du développement, à l’allocation des ressources publiques et à l’élaboration des politiques sectorielles, notamment agricoles.
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Mais la contrainte sécuritaire constitue l’obstacle majeur. « Un autre défi majeur réside dans les contraintes sécuritaires, notamment dans la région de l’Extrême-Nord affectée par les exactions de Boko Haram, ainsi que dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, marquées par une crise sociopolitique persistante depuis près d’une décennie », a reconnu l’Institut national de la statistique (INS), le 23 avril à Yaoundé, lors de l’ouverture d’un atelier régional consacré aux recensements.
Face à cette situation, les autorités statistiques ont opté pour une approche innovante. « Pour faire face aux zones difficilement accessibles en raison de l’insécurité, le Cameroun, en collaboration avec WorldPop de l’Université de Southampton au Royaume-Uni, a élaboré une stratégie de recensement hybride », a expliqué l’institution.
Concrètement, cette méthode combine collecte classique et modélisation statistique. « Celle-ci repose sur des estimations issues de modèles statistiques afin de combler les lacunes dans les zones où la collecte exhaustive des données serait impossible », a précisé la même source. Ce recours à la modélisation constitue une rupture majeure par rapport aux précédents exercices. Il s’inscrit dans une réforme plus large visant à moderniser l’appareil statistique.
« Le quatrième RGPH, couplé au RGAE, se veut entièrement digitalisé », souligne l’INS, marquant ainsi l’entrée du Cameroun dans une nouvelle génération de recensements. Des tests grandeur nature ont déjà été réalisés, y compris dans des zones sensibles comme Bamenda 1er, Buea ou encore Mora, afin de valider les dispositifs techniques et opérationnels.
Ces expérimentations ont permis d’ajuster les outils numériques et les protocoles d’intervention dans les contextes à risque. Au-delà de l’innovation technique, l’enjeu est aussi de combler un retard statistique. Plus de 20 ans après le dernier recensement, les autorités entendent disposer de données actualisées pour mieux piloter l’économie.
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