En berne depuis quelques temps, le projet de chemin de fer Edéa-Kribi-Lolabé (144 km) suscite l’intérêt d’un nouvel acteur. Il y a quelques mois, le consortium constitué d’Africa Global Logistics (AGL) et de Camalco a adressé une lettre d’expression d’intérêt au gouvernement, par l’entremise du ministre des Transports, Jean Ernest Massena Ngallé Bibehe, dans le but d’établir un partenariat public-privé. L’objectif immédiat serait de boucler les négociations afin de parvenir à la signature d’un mémorandum d’entente, lequel va permettre d’actualiser et finaliser de l’étude de faisabilité du projet.
« Dans le cadre de ce partenariat, le consorttium prendrait en charge la conception, l’ingénierie financière, la construction et l’exploitation de cette infrastructure ferroviaire, en mobilisant des capitaux privés et des financements institutionnels (DFI), par le biais de la signature d’un contrat de concession entre l’Etat camerounais et une société concessionnaire à créer par le consortium », mentionne le document consulté par EcoMatin, conjointement signé par Serge Agnero, le directeur régional Golfe de Guinée d’AGL, et Rana Patrap Singh, le patron de Camalco.
L’enjeu pour les partenaires consiste à trouver, à travers Kribi, un second débouché pour l’exportation de la bauxite de Minim-Martap, dont les mines, avec des réserves estimées à plus de 144 millions de tonnes et une teneur en alumine de 51,2%, sont exploitées par Camalco. Cette filiale de l’australien Canyon Resources vient de nouer un accord d’exploitation portuaire avec AGL pour des opérations de déchargement, de stockage et de chargement sur barges de ce minerai à partir du port de Douala, ce d’autant que les premières opérations d’exportation doivent débuter cette année. Si Douala et ses barges peuvent suffire dans un premier temps, Kribi, avec son port en eau profonde et, surtout, son futur terminal minéralier, offre un cadre idéal pour l’exportation de la bauxite lorsque l’exploitation atteindra sa vitesse croisière de 10 millions de tonnes annuelles.
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La constitution de ce consortium renforce le parténariat stratégique au Cameroun entre AGL, branche de l’armateur italo-suisse MSC, et le groupe indien Arise IIP. Ce duo vient d’acquérir, via la coentreprise Zone Industrielle Intégrée au Port de Kribi (ZIIPK), 55% des parts de la Kribi Port Industrial Zone (KPIZ), la société de projet appelée à gérer la zone industrielle intégrée adossée au port. Outre l’accord portuaire mentionné ci-dessus, Camalco a également conclu une convention d’exploitation ferroviaire avec Camrail, filiale d’AGL, pour sécuriser le transport du minerai de la région de l’Adamaoua vers la capitale économique camerounaise. Or Arise détient Canyon Resources – et donc Camalco – à travers son véhicule d’investissement Eagle Eye Asset Holdings.
Avant cet accord, l’acteur minier avait, en mars 2025, acquis 9,1% des parts de la compagnie ferroviaire et entend encore monter jusqu’à 35% dans son capital. Par ailleurs, Camalco va dans un premier temps injecter 7 millions de dollars pour réhabiliter des points critiques du réseau ferroviaire. Un investissement qui sera suivi d’un apport de 85 millions de dollars sur les trois prochaines années.
S’il venait à être concrétisé par le duo Camalco et AGL, ce projet ferroviaire Edéa-Kribi-Lolabé, dont la dernière estimation est de 744 milliards de F Cfa, va accroitre la présence de ce dernier dans la zone industrialo-portuaire de Kribi. Dans la mesure où la filiale du leader mondial du transport maritime et son concurrent français CMA CGM détiennent, à travers Kribi Terminal Holding, 60,45% de Kribi Conteneurs Terminal (KCT) qui exploite le terminal à conteneurs. Grâce à sa filiale Ceva Logistics, il a aménagé une base logistique dans la zone industrielle intégrée.
L’offre d’AGL-Camalco survient après celles du turc Yenugin qui a réalisé le complexe sportif de Japoma, à Douala, et du chinois CHEC qui a construit l’infrastructure portuaire de Kribi et se charge de son extension.
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